Cette tactique de l'Ukraine malmène la réputation de Poutine
«Chers habitants de Novorossiisk, il n'y a actuellement pas d'essence disponible dans les stations-service», a communiqué l'administration municipale de la ville du sud de la Russie vendredi matin. Alors qu'en juin la pénurie d'essence en Russie suscitait encore la panique, la situation est devenue une nouvelle réalité pour de nombreux habitants, les contraignant à renoncer à leur mode de vie.
Partie de la péninsule annexée de Crimée, la crise des carburants provoquée par les drones ukrainiens a affecté, au cours des deux dernières semaines, le quotidien de la population dans presque toute la Russie.
Pour de nombreux Russes, il est devenu plus difficile de recourir à des taxis au cours du mois écoulé. En raison des prix élevés du carburant, de nombreux chauffeurs ne se rendent même plus au travail.
Dans les régions de province, les horaires des transports publics ont été allégés en raison de la pénurie de diesel. Le trafic maritime est également touché. Par ailleurs, le carburant représente, désormais, plus d'un tiers des dépenses totales des compagnies aériennes russes. Cela se traduit à la fois par une hausse des prix des billets et par une baisse du nombre de passagers.
De l'aide venue du Kazakhstan et de l'Inde
La crise des carburants qui sévit en Russie a déjà déclenché une réaction en chaîne dans les pays d'Asie centrale, dont certains dépendent des importations de carburants russes. Au matin du 3 juillet, les autorités kirghizes ont demandé à la Russie, au Kazakhstan et à la Biélorussie de les soutenir dans leur approvisionnement en carburant.
Dans le cadre d'un accord avec le Kremlin, le Kazakhstan livrera 50 000 tonnes d'essence à la Russie au titre de l'aide humanitaire. Par ailleurs, selon Reuters, au moins 60 000 tonnes d'essence ont déjà été expédiées par voie maritime depuis l'Inde vers la Russie.
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Il en résulte une situation extrêmement inconfortable pour Vladimir Poutine. Auparavant déjà, la cote d'approbation du président russe avait enregistré un recul en raison de nombreuses interdictions et restrictions d'accès à Internet. Selon de récents sondages, la confiance envers Poutine a chuté de 3,4 points de pourcentage la semaine dernière; actuellement, 22,1% des Russes déclarent ne pas lui faire confiance.
Le Kremlin tente d'apaiser les esprits
Le 28 juin, Poutine a présidé une réunion de crise au cours de laquelle il a reconnu la pénurie de carburant, tout en affirmant qu'il existait «des réserves d'essence suffisantes dans le pays pour stabiliser la situation». Des files d'attente de plusieurs heures devant les stations-service ainsi que des restrictions sur la vente de carburant laissent toutefois entrevoir le contraire.
Selon les calculs du journal russe Novaïa Gazeta, les raffineries russes touchées par les attaques ukrainiennes n'ont pas produit environ 2,7 millions de tonnes d'essence au cours des bombardements.
Les problèmes de politique intérieure s'accumulent pour Poutine comme une boule de neige, et aucun miracle économique n'est en vue pour l'instant. Le carburant importé de l'étranger augmentera certes légèrement l'offre sur le marché, mais ne contribuera nullement à faire baisser les prix. Les travaux de réparation des installations endommagées devraient durer de nombreux mois, en particulier là où les sites ont été bombardés à plusieurs reprises avec succès par l'Ukraine. Le chef du Kremlin ne se débarrassera pas de sitôt de cette crise.
