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Cette évolution en Ukraine rappelle la Première Guerre mondiale

Une image des troupes ukrainiennes dans la région de Donetsk (est). (Photo d'archive)
Une image des troupes ukrainiennes dans la région de Donetsk (est). (Photo d'archive)Image: IMAGO / Diego Herrera Carcedo

Cette «révolution de l'art de la guerre» enlise la Russie en Ukraine

La guerre du président russe Vladimir Poutine en Ukraine s'enlise. Un haut gradé ukrainien établit un parallèle historique. L'ambiance change aussi au sein de la population russe.
06.07.2026, 05:3606.07.2026, 05:36
Peter Riesbeck / t-online
Un article de
t-online

Le parallèle historique est frappant. Le haut gradé Oleksandre Syrsky, commandant en chef de l'armée ukrainienne, est cité sur la plateforme X en ces termes:

«Actuellement, nous n'utilisons pratiquement plus de véhicules blindés. Comme l'ennemi, notre personnel progresse effectivement à pied, comme lors de la Première Guerre mondiale.»

Depuis plus de quatre ans, le chef d'Etat russe Vladimir Poutine mène sa guerre d'agression contre l'Ukraine. Les lignes de front se sont, entre-temps, largement figées.

Une phase de la guerre à l'issue incertaine

Les spécialistes qualifient une telle situation de «guerre de position», un terme surtout associé à la Première Guerre mondiale, de 1914 à 1918. Sur le front occidental, de la Belgique à la France, le front s'était déjà figé quelques semaines seulement après le début de la guerre, en août 1914. Un observateur notait alors:

«Comme d'importantes forces étaient immobilisées face aux Russes, le front occidental a dû se limiter à la défense. C'est ainsi qu'est née la guerre des tranchées.»

L'enlisement d'une ligne de front a des conséquences sur la stratégie militaire, et pas seulement en Ukraine. La fondation Carnegie (réd: un ensemble de plusieurs institutions philanthropiques et think tanks) parle d'une «révolution de l'art de la guerre» et conclut, dans sa dernière analyse consacrée à la guerre menée par la Russie en Ukraine:

«Contrairement au passé, où les opérations offensives étaient généralement favorisées par une vitesse, une précision et une concentration des effets de combat supérieures, la transformation actuelle semble, du moins dans sa phase actuelle, favoriser la défense.»

Le prédécesseur d'Oleksandre Syrsky, Valeri Zaloujny, avait déjà comparé, il y a trois ans, la situation sur le champ de bataille à la guerre de position de la Première Guerre mondiale. Il avait notamment analysé auprès de l'Economist:

«Tout comme lors de la Première Guerre mondiale, nous avons atteint un niveau technologique qui nous place dans une situation d'impasse»

Dans une telle situation, une percée serait, selon lui, improbable. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, l'avait toutefois immédiatement contredit, affirmant:

«Il n'y a pas d'impasse»

Zelensky a besoin de succès. Notamment pour faire pression sur Poutine dans le cadre d'éventuelles négociations sur un cessez-le-feu.

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Voici un décryptage de la situation militaire, de ses conséquences stratégiques pour la conduite de la guerre et de ses répercussions sur la recherche d'une paix durable.

Oleksandre Syrsky (à gauche), ici en compagnie de Volodymyr Zelensky.
Oleksandre Syrsky (à gauche), ici en compagnie de Volodymyr Zelensky.Image: Imago

La situation actuelle sur le front ukrainien

L'Institute for the Study of War (ISW), institut indépendant basé à Washington, dresse, dans son analyse du 1er juillet, un bilan peu flatteur de l'offensive russe. La région de Donetsk, dans l'est de l'Ukraine, en est un exemple. Selon l'ISW, Vladimir Poutine a désormais fixé à ses troupes un quinzième ultimatum pour la conquête de cette région depuis le début de la guerre.

Cela montre que la situation militaire sur le terrain ne correspond pas aux objectifs ambitieux fixés par Moscou. L'ISW relève ainsi dans l'une de ses études:

«Les délais fixés par le Kremlin pour ses objectifs militaires continuent de contredire la réalité des performances des forces armées russes sur le champ de bataille.»

Quant au bilan dressé par les analystes militaires pour le mois écoulé:

«En juin 2026, les troupes russes ont progressé en moyenne de 3,79 km² par jour, un rythme largement inférieur à celui d'août 2025, lorsqu'elles gagnaient 16,65 km² par jour.»

Le gel de la ligne de front a des conséquences tactiques. L'armée de Poutine attaque, lors de raids aériens nocturnes, les infrastructures civiles de Kiev et d'autres villes ukrainiennes. L'armée ukrainienne répond par des attaques de drones, également renforcées contre Moscou.

Sur le champ de bataille terrestre, en revanche, peu de choses bougent. C'est ce qui amène Oleksandre Syrsky à sa comparaison avec la Première Guerre mondiale: «Actuellement, nous n'utilisons pratiquement plus de véhicules blindés.» Et il ajoute:

«Pour atteindre la ligne de front en vue d'opérations offensives, le fantassin doit parfois marcher entre 10 et 15 kilomètres.»
Un soldat d'une unité ukrainienne spécialisée dans les drones (photo d'archive). Malgré les nouvelles technologies, les forces terrestres restent essentielles.
Un soldat d'une unité ukrainienne spécialisée dans les drones (photo d'archive). Malgré les nouvelles technologies, les forces terrestres restent essentielles.Image: IMAGO / Diego Herrera Carcedo

La comparaison avec la Première Guerre mondiale

«Plan Schlieffen»: c'est ainsi que se nommait la tactique des armées des Etats allemands, de la Prusse à la Bavière, lors de la Première Guerre mondiale. Il s'agissait d'une idée du général prussien Alfred von Schlieffen (1833-1913) pour mener une guerre sur deux fronts contre la Russie et la France.

Les troupes allemandes devaient progresser en tenaille à travers la Belgique neutre pour attaquer la France, y remporter un succès militaire rapide, avant de se consacrer à la guerre contre l'Empire tsariste russe. Sur son lit de mort, Alfred von Schlieffen aurait encore averti: «Renforcez-moi l'aile droite.»

Les choses tournèrent autrement. Le front se figea après quelques semaines seulement, sur les champs de bataille des Flandres et du nord de la France. Les troupes s'enterrèrent, la guerre devint une bataille de matériel et d'usure.

En novembre 1918, le haut commandement de l'armée, autour d'un Paul von Hindenburg (ancien président de l'Allemagne, 1847-1934) dépassé par les événements, céda et déclara la guerre sans issue et perdue. Ce fut l'armistice de la forêt de Compiègne.

Un aperçu du champ de bataille de la Première Guerre mondiale (photo d'archive). Les troupes alliées ont stoppé l'avancée allemande, mal coordonnée, au bout de quelques semaines.
Un aperçu du champ de bataille de la Première Guerre mondiale (photo d'archive). Les troupes alliées ont stoppé l'avancée allemande, mal coordonnée, au bout de quelques semaines.Image: United Archives International /imago

Les différences dans cette nouvelle guerre

Les drones dominent la guerre en Ukraine. Les experts de la fondation Carnegie parlent, dans leur analyse, d'une «révolution de la guerre». Les experts expliquent:

«Depuis des décennies, la supériorité aérienne constitue la pierre angulaire des concepts occidentaux de conduite de la guerre. La maîtrise de l'espace aérien permet la liberté de mouvement au sol, protège ses propres forces armées et permet la destruction systématique des formations et infrastructures ennemies.»

L'Ukraine continue ainsi de miser sur de nouveaux développements. Delta est le nom d'un système de l'armée ukrainienne qui rassemble en une image les données issues des drones de reconnaissance électronique, de capteurs acoustiques et de satellites, ainsi que les signalements de soldats et d'unités de reconnaissance sur le terrain.

Le commandant en chef de l'armée ukrainienne, Oleksandre Syrsky, a désormais appelé à de nouveaux progrès technologiques. Il s'agit notamment de systèmes de drones assistés par intelligence artificielle, qui modifient également la situation sur le champ de bataille terrestre. Il entrevoit:

«Tous les systèmes d'armement conventionnels; chars, véhicules blindés et de combat d'infanterie, artillerie, retrouveront une nouvelle vie et seront à nouveau largement employés.»
Les missiles de croisière FP-5 Flamingo sont une conception ukrainienne (photo d'archive). Le pays est considéré comme un leader mondial dans le domaine du développement des drones.
Les missiles de croisière FP-5 Flamingo sont une conception ukrainienne (photo d'archive). Le pays est considéré comme un leader mondial dans le domaine du développement des drones.Image: Efrem Lukatsky / AP / dpa

Les chances d'une solution diplomatique

La guerre en Ukraine a transformé le champ de bataille. L'historien militaire Sönke Neitzel notait toutefois récemment, dans le Frankfurter Allgemeine Zeitung:

«Certes, les progrès technologiques ne changent pas tout d'un coup. Aucun drone ne reconquiert de territoire. Pour cela, il faut toujours des chars, de l'artillerie et surtout des hommes sur le terrain.»

Les soldats au sol restent donc déterminants, même dans la guerre moderne et de demain.

Mais plus la guerre en Ukraine se prolonge, plus un second enseignement de la Première Guerre mondiale gagne en importance: moins une solution peut être obtenue sur le champ de bataille, plus une solution politique s'impose. Depuis des semaines, le président ukrainien Volodymyr Zelensky appelle le chef d'Etat russe Vladimir Poutine à négocier. La réponse de ce dernier, mardi, fut sans appel: de nouvelles frappes aériennes sur l'Ukraine.

Avec les récentes pénuries de carburant et l'attaque réussie de Kiev sur Moscou, l'ambiance semble toutefois évoluer au sein de la population russe. Selon la plateforme d'opposition Meduza, le taux d'approbation de Poutine est tombé à 69% en juin, passant ainsi pour la première fois sous la barre des 70%.

Meduza a par ailleurs rapporté qu'un nombre record de Russes cherchaient sur Internet à savoir combien de temps les combats en Ukraine pourraient encore durer.

Sur le moteur de recherche russe Yandex, plus de 137 000 requêtes de ce type portant sur la fin de la guerre en Ukraine ont ainsi été enregistrées lors de la dernière semaine de juin. Un record, selon Meduza, depuis le 24 février 2022. Fait notable: près de 13% de ces requêtes du mois écoulé provenaient de Moscou et de Saint-Pétersbourg.

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Un bâtiment en flammes après un bombardement russe, Kiev.
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