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Poutine met en place son plan pour le chaos

Poutine met en place son plan pour le chaos et ça va agacer la Chine.
Image: keystone/watson

Le nouveau plan de Poutine risque de mettre la Chine en colère

Le président russe Vladimir Poutine utilise ses voyages en Corée du Nord et au Vietnam pour attiser de nouveaux foyers de tension. Ses menaces ne représentent pas seulement un danger pour l'Occident, mais également Pékin.
27.06.2024, 06:03
Patrick Diekmann / t-online
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Pendant longtemps, il laissait principalement à son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, le soin de gérer les relations internationales de la Russie. Vladimir Poutine lui-même voyageait de moins en moins souvent. Pendant la pandémie du Covid-19, il restait la plupart du temps à Moscou, une tendance qui s'est encore accentuée avec le début de sa guerre d'invasion en Ukraine.

Par ailleurs, depuis le début du conflit, de nombreux pays ne veulent plus l'accueillir. Lors de réunions internationales comme le sommet du G20, le président russe envoyait Sergueï Lavrov à sa place, probablement pour échapper aux critiques internationales sur son invasion et pour éviter d'être arrêté à l'étranger - Poutine est sous le coup d'un mandat international. Le chef du Kremlin ne se montrait, d'ailleurs, qu'en Chine ou dans des ex-républiques soviétiques, comme la Biélorussie.

Mais la tendance s'inverse.

Poutine sur le front diplomatique

Poutine s'engage à nouveau personnellement en politique étrangère. La semaine dernière, il s'est rendu en Corée du Nord et au Vietnam, après avoir personnellement accueilli, le 12 juin, le ministre turc des Affaires étrangères, Hakan Fidan, à Moscou. Cela allait à l'encontre de l'étiquette diplomatique, car Poutine, en tant que président, se situe hiérarchiquement au-dessus d'un ministre des Affaires étrangères. Pourtant, le chef du Kremlin semble avoir décidé de s'occuper de nouveau plus activement des problèmes de politique étrangère. Mais on peut voir là-derrière, un acte de désespoir.

Russian President Vladimir Putin, left, and Turkey's Foreign Minister Hakan Fidan shake hands during their meeting at the Kremlin in Moscow, Russia, Tuesday, June 11, 2024. (Mikhail Metzel, Sputn ...
Hakan Fidan et Vladimir Poutine.Keystone

En effet, la Russie a perdu beaucoup de son influence internationale en raison de l'invasion de l'Ukraine, et Poutine doit jouer des coudes pour se faire une place entre les Etats-Unis, l'Union européenne et la Chine. Le Kremlin a pris conscience du risque d'être écrasée entre ces forces et tente de réagir. C'est un signe de respect lorsque Poutine se déplace personnellement quelque part. Les propositions russes deviennent plus crédibles et les menaces plus dangereuses lorsque le chef du Kremlin les exprime lors d'un entretien en tête-à-tête.

Ses visites en Corée du Nord et au Vietnam montrent dans ce contexte la stratégie que le maître du Kremlin a décidé de suivre désormais. Il veut renforcer les relations russes, semer le chaos, effrayer l'Occident.

Mais dans ce contexte, il semble oublier son partenaire le plus important: la Chine.

La Russie envoie une menace à l'Occident

Il est, en effet, surtout dans l'intérêt de la Russie que les voyages de Poutine à l'étranger aient le plus grand impact possible à l'international. Cela inclut de nombreux rendez-vous de représentation, où le président russe doit serrer des mains, recevoir des fleurs, des accolades. La Corée du Nord a particulièrement exploité sa visite la semaine dernière à des fins de propagande. Poutine a conduit une voiture avec Kim Jong-un, a reçu des chiens en cadeau, et a été acclamé par des personnes que le dictateur avait rassemblées à Pyongyang en son honneur.

Tout cela visait à obtenir une aide militaire de la Corée du Nord pour la guerre en Ukraine et à faire une annonce qui a eu l'impact international souhaité par le président russe. C'était la véritable raison de son voyage.

La Russie et la Corée du Nord ont non seulement signé un traité de partenariat impliquant une obligation d'assistance mutuelle en cas d'attaque, mais les deux régimes se qualifient désormais également d'«amis invincibles». Poutine a également menacé de livrer des armes de précision à la Corée du Nord. Il a déclaré que cela pourrait être une réponse possible aux livraisons d'armes occidentales à l'Ukraine.

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Le président russe Vladimir Poutine et son homologue vietnamien To Lam.Keystone

Il s'agissait avant tout d'un avertissement au gouvernement sud-coréen, qui réfléchit actuellement à la livraison d'armes à l'Ukraine. «Ce serait une très grosse erreur», a commenté Poutine depuis le Vietnam:

«Si cela devait arriver, nous prendrions des mesures appropriées qui ne plairaient probablement pas aux dirigeants actuels de la Corée du Sud»

Le chef du Kremlin voulait surtout démontrer, en s'alliant avec la dictature de Kim, qu'il dispose encore d'une marge supplémentaire de capacité d'action. En cas de renforcement par l'Occident de son soutien militaire à l'Ukraine, la Russie pourrait attiser le chaos dans d'autres régions du monde. Cette menace, exprimée jeudi dernier par Poutine au Vietnam, était à peine voilée:

«Nous nous réservons donc le droit de livrer des armes dans d'autres régions du monde. Et où ces armes iront-elles ensuite?»

Poutine suggérait ainsi que la Corée du Nord pourrait vendre ces armes à des acteurs hostiles à l'Occident.

Après les menaces incessantes de guerre nucléaire, il s'agit de l'autre tentative d'intimidation du Kremlin. Le scénario est le suivant: avant que la Russie ne perde la guerre, Moscou mettra d'autres régions du monde à feu et à sang, et le Kremlin est même prêt à ignorer les sanctions de l'ONU contre la Corée du Nord, qui visent à interdire les livraisons d'armes et pour lesquelles la Russie avait elle-même voté.

Au final, les voyages de Poutine sont un signe de faiblesse

C'est loin d'être un signe de force pour la Russie, au contraire. Poutine sait que les Etats-Unis disposent encore d’une marge d’action supplémentaire pour soutenir l'Ukraine. Jusqu'à présent, les systèmes d'armement occidentaux les plus modernes ne sont, pour la plupart, pas encore présents sur les champs de bataille ukrainiens. A l'inverse, Moscou dû déployer ses soldats dans des chars datant du milieu du siècle dernier ou des adaptations peu efficaces.

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Poutine fait donc ce qu'il a appris en tant qu'officier du KGB. Il crée la peur et tente ainsi de diviser l'Occident. Car il sait que si de nombreux pays ne soutiennent pas activement l'Ukraine dans son combat, il n'y a presque aucun soutien actif à la Russie. Seuls les Etats crapuleux comme la Corée du Nord, la Biélorussie ou l'Iran soutiennent la guerre de Poutine avec des livraisons d'armements, notamment parce qu'ils sont de toute façon déjà mis au ban de la scène politique internationale et qu'ils n'ont pas grand-chose à perdre.

C'est pourquoi le Kremlin cherche maintenant à renforcer les alliances avec des pays qui dépendent fortement de la Russie sur le plan de la défense depuis la guerre froide, comme le Vietnam ou l'Inde. Ces pays ne peuvent pas se détacher brusquement de Moscou car leurs armées utilisent des systèmes d'armement russes. Cela a toujours donné à Moscou un grand pouvoir d'influence sur les gouvernements locaux. Poutine craint probablement que les Etats membres de l'Otan ne cherchent à renforcer leur coopération avec l'Inde ou le Vietnam. Le Kremlin veut à tout prix éviter qu'ils diversifient leurs importations d'armement — c'était aussi une des raisons de son voyage.

Un message à la Chine

Mais c'est aussi un problème pour la Russie. Poutine promet à l'étranger des armes dont il ne dispose en réalité pas en raison de sa guerre en Ukraine. Il doit promettre que ses entreprises d'armement pourront, à l'avenir, les produire en quantité suffisante pour approvisionner les clients étrangers. Dans ce contexte, la Russie a dû racheter en partie de ses marchandises à l'Inde en 2022, et les dirigeants indiens se sont plaints depuis le début de la guerre en Ukraine que Moscou n'honorait pas ses promesses de livraison.

C'est pour cela que les menaces de Poutine de militariser l'Est du continent asiatique avec des armes russes ne représentent pas une véritable menace immédiate pour la région. Elles doivent être comprises comme un avertissement envers l'Occident, mais aussi comme un signal à l'égard de la Chine. En effet, si la Russie mettait ses menaces à exécution, elle affaiblirait également la République populaire. Les armes russes pourraient inciter les voisins de Pékin à adopter une position plus confiante et pourraient conduire à un renforcement accru de l'engagement américain dans la région.

Samuel Greene, professeur de politique russe au King's College de Londres, a déclaré au New York Times:

«Si Poutine ne reçoit pas tout ce qu'il veut de Pékin, il cherchera ailleurs, et il n'y a pas beaucoup de supermarchés qui peuvent répondre à sa liste de souhaits – armes, main-d'œuvre et disposition à affronter Washington.»

Il a ajouté: «Le point essentiel est que Poutine reconnaît sa dépendance à l'égard de la Chine, mais il ne peut pas se permettre de laisser Pékin dicter le déroulement des efforts de guerre.» En effet, le sort du dirigeant du Kremlin est lié à l'issue de la guerre en Ukraine.

L'un des objectifs de Poutine est certainement d'amener son proche allié chinois à s'impliquer plus activement dans la guerre d'Ukraine aux côtés de la Russie. Jusqu'à présent, Pékin ne fournit que des biens à double usage comme des semi-conducteurs, pas des armes. Le président chinois Xi Jinping a récemment exclu à nouveau les livraisons d'armes, et la construction de gazoduc sino-russe «Force de Sibérie 2» est également au point mort. Le président russe, invité à Pékin mi-mai, n'a pas pu obtenir le résultat souhaité sur ces deux questions.

Pékin ne va pas permettre à Poutine de faire ce qu'il veut

Car Xi Jinping détient le levier économique principal, la Russie étant économiquement dépendante de la Chine depuis sa séparation avec l'Occident. C'est pourquoi l'approche de Poutine, surtout en ce qui concerne la Corée du Nord, est un jeu dangereux. Pékin ne permettra pas au dirigeant du Kremlin de plonger la région dans l'instabilité, ce qui affecterait également les Etats-Unis en raison de la présence de nombreux soldats américains en Corée du Sud et d'un allié proche, le Japon, également menacé.

C'est un dilemme pour la Russie. D'un côté, Poutine a besoin d'argent et veut s'assurer une influence dans la région grâce à des contrats d'armement. D'autre part, il voudra éviter une course aux armements en Asie pour ne pas fâcher la Chine. Une voie étroite, notamment parce que la dictature nord-coréenne de Kim est considérée comme imprévisible, même à Pékin.

La tournée asiatique de Poutine était une première étape du Kremlin pour tenir tête diplomatiquement à l'Occident dans sa propre sphère d'influence. Pour l'instant, Poutine voulait simplement semer le trouble. Peter Tesch, l'ambassadeur de l'Australie à Moscou de 2016 à 2019, a souligné dans le New York Times que Poutine préférait maintenir le monde dans le chaos, estimant que la Russie en tirait profit en déstabilisant d'autres pays. Son verdict sur les visites au Vietnam et en Corée du Nord: «Poutine est parfaitement satisfait que la Russie incarne sur la scène internationale l'oncle imprévisible et gênant lors des barbecues.» Le message est: « Oui, je suis un casse-pieds. Je peux agir de manière à compliquer encore plus les crises que vous essayez de résoudre.»

Traduit et adapté par Noëline Flippe

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