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Cette tactique russe a pour objectif de semer la panique en Ukraine

Des pompiers interviennent sur le site d'une station-service détruite à la suite d'attaques menées par des drones et des missiles russes à Kiev, le 14 mai 2026.
Des pompiers interviennent sur le site d'une station-service détruite à la suite d'attaques menées par des drones et des missiles russes à Kiev, le 14 mai 2026.Image: ROMAN PILIPEY / AFP

«Ils raseront tout»: cette tactique russe sème la terreur en Ukraine

De plus en plus de stations-service ukrainiennes sont visées par les frappes russes. Au-delà des dégâts matériels, ces attaques font craindre des pénuries en cas d'évacuation.
16.08.2026, 16:0116.08.2026, 16:01
Mykola ZAVGORODNIY, Izioum, Ukraine / AFP

Une traînée dans le ciel, puis une détonation sourde. Vers Izioum, dans l'est de l'Ukraine, une station-service vient d'être réduite en cendres. Une scène devenue banale alors que les frappes russes se multiplient contre les infrastructures logistiques du pays.

Voiture criblée d'impacts, étendue de tôles froissées: après l'attaque, David Akopyan déambule parmi les décombres de ce qui était son lieu de travail.

A quelques minutes du drame

Quelques minutes avant la frappe, ce pompiste de 35 ans venait de fermer la station face au risque de bombardement. Il raconte, en désignant un petit local éventré:

«J’ai tiré la rubalise, chassé tout le monde, j’avais à peine atteint ma voiture que j’ai entendu le sifflement du missile»

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Autour, les blocs de béton qui étaient censés protéger le magasin n'ont été d'aucune utilité. Peu après, des roquettes, tirées depuis le front à trente kilomètres de là, ont achevé les installations.

Depuis le début de son invasion à grande échelle en 2022, la Russie attaque régulièrement les capacités énergétiques ukrainiennes, mais, ces derniers mois, c'est le réseau de distribution de carburant qui est dans le viseur de Moscou.

Depuis juillet, selon les médias ukrainiens, plus de 200 stations-service ont été touchées à travers le pays, principalement dans l'est et le nord-est du pays, le long des axes logistiques menant au front.

Criblé d’éclats, dressé au milieu des décombres, le panneau central de la station de David Akopyan affiche encore le prix du sans-plomb 95. Le pompiste, lui, ne peut qu’attendre les directives de sa hiérarchie. Un peu perdu, il lâche:

«Il nous reste deux ou trois stations en ville, je crois»
Cette photo montre une station-service détruite lors d'une frappe aérienne russe dans la région de Kharkiv, à l'est du pays, le 30 juillet 2026.
Cette photo montre une station-service détruite lors d'une frappe aérienne russe dans la région de Kharkiv, à l'est du pays, le 30 juillet 2026.Image: ROMAN PILIPEY / AFP

Une possible stratégie pour l'hiver prochain

Avec l'avènement des drones, les deux pays ciblent de plus en plus la logistique militaire adverse, en particulier les routes et les points d'approvisionnement.

Pourtant, ces récentes attaquent «n'affectent en rien» l'armée ukrainienne, affirme Serguiï Kouïoun, expert ukrainien de l'énergie. Il souligne:

«La défense dispose de son propre système d'approvisionnement en carburant»

Contacté, le ministère ukrainien de l'énergie estime de son côté que «ces frappes visent à endommager les infrastructures civiles, perturber la logistique et rendre la situation humanitaire et économique aussi difficile que possible à l'approche du prochain hiver». En 2025, les bombardements ont plongé des millions de personnes dans le noir et le froid.

Pour l'heure toutefois, les destructions de stations-service n'ont provoqué «aucun dommage fondamental», assure Serguiï Kouïoun, les principaux distributeurs de carburant ayant déjà remis en service environ «80%» des pompes endommagées.

Un panache de fumée s'élève d'un incendie provoqué par l'impact d'une attaque de missiles survenue dans la nuit à Kiev, en Ukraine, le 1er août 2026.
Un panache de fumée s'élève d'un incendie provoqué par l'impact d'une attaque de missiles survenue dans la nuit à Kiev, en Ukraine, le 1er août 2026.Image: Imago

Dans les environs d'Izioum, une alarme aérienne retentit. Au loin, une nouvelle explosion se fait entendre. A l'écart d'une station-service dissimulée sous des filets de protection contre les drones explosifs russes, un employé fume nonchalamment une cigarette.

Malgré la menace, civils et militaires patientent au volant de leur véhicule, en file sur la route, dans l'attente de la fin de l'alerte et de la réouverture des pompes.

Semer la panique

Le long des routes de la région d'Izioum, les carcasses de stations-service font partie du décor, amas de métal déchiqueté et calciné. Dans cette ville-garnison, plusieurs habitants ont confié craindre de manquer de carburant en cas d'évacuation si les combats s'intensifient.

Certains commencent à constituer des réserves, tandis que d'autres envisagent déjà de partir face au risque de pénurie. Serguiï Kouïoun observe:

«Les gens sont nerveux, et le personnel aussi»
Une colonne de fumée noire s'élève au-dessus des champs agricoles et d'une lisière de forêt dans l'oblast de Kharkiv, en Ukraine, le 12 août 2026.
Une colonne de fumée noire s'élève au-dessus des champs agricoles et d'une lisière de forêt dans l'oblast de Kharkiv, en Ukraine, le 12 août 2026.Image: Imago

Selon le ministère ukrainien de l’énergie, les frappes s'accompagnent également d'une «vaste campagne médiatique» russe visant à «semer la panique et le découragement au sein de la population». Car, en Ukraine, les très nombreuses stations-service sont bien plus que de simples pompes à essence.

Les enseignes rivalisent d'ingéniosité pour attirer les clients, à coups de cartes de fidélité ou de cadeaux promotionnels. Elles font aussi office de restaurants, de lieux de rencontre et parfois même de bars, fréquentés par des militaires, mais surtout des civils.

Début juillet, une femme a perdu la vie lors d'une attaque sur une station dans la région de Dnipropetrovsk (centre-est) et certaines situées à plus de 200 km de la ligne de front portent les stigmates de frappes de drones. Le pompiste David Akopyan se veut serein:

«Même s'ils bombardent toutes les stations, il y aura toujours des solutions. D'une façon ou d'une autre, on continuera à travailler.»

Cet ancien militaire dit avoir l'habitude des drones russes sur les stations-service, dont certaines proches du front étaient visées dès 2022. Ce qui l'inquiète n'est pas tant l'essence que les bombes russes. Il conclut:

«Pour l'instant, ils essaient de pousser les civils à quitter la ville. Ensuite, ils raseront tout»
Un pompier tente ici d'éteindre l'incendie d'une station-service à Kharkiv, prise pour cible par des drones russes, le 10 février 2024.
Un pompier tente ici d'éteindre l'incendie d'une station-service à Kharkiv, prise pour cible par des drones russes, le 10 février 2024.Image: Imago
Plus d'images de véhicules russes détruits en Ukraine
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Une partie d'un char russe endommagé dans le village de Mala Rohan, près de Kharkiv, en Ukraine, le 13 mai 2022.
source: sda / sergey kozlov
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Video: watson
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