«Les stocks sont secrets»: Poutine a trouvé une faille
La défense ukrainienne n'est parvenue à intercepter aucun missile russe dans la nuit de mardi à mercredi. Cette nouvelle attaque met cruellement en lumière la vulnérabilité du pays. Sur les 28 engins tirés, pas un seul n'a été détruit. Au moins 17 personnes ont été tuées à Kiev et ses environs, et 44 autres blessées. Et ce n'est sans doute qu'un début pour l'Ukraine.
Son président, Volodymyr Zelensky exhorte les pays alliés à livrer davantage de moyens de défense antiaérienne depuis des mois. La pénurie de munitions pour les systèmes Patriot est particulièrement préoccupante. On considère les missiles PAC-3 de dernière génération comme le moyen le plus efficace pour intercepter les missiles russes Iskander, Zircon ou Kinjal. Ils ont été spécialement conçus pour cela, tandis que la version précédente, le PAC-2, est davantage adaptée à la destruction d'avions de combat.
Selon l'expert autrichien Gustav Gressel, les stocks ukrainiens de PAC-3 pourraient désormais être totalement épuisés.
«Une dernière livraison venue de Pologne»
«Les stocks sont secrets, mais s'il en reste, l'Ukraine ne dispose plus que d'un très petit nombre de ces missiles», explique Gustav Gressel.
Kiev n'a plus reçu de grosses livraisons depuis un certain temps. «La dernière est arrivée de Pologne, mais ces missiles ont été tirés depuis longtemps», précise le politologue, qui forme également les officiers de l'armée autrichienne.
Le président américain Donald Trump a récemment redonné espoir à Kiev en l'autorisant à produire sous licence des munitions pour les Patriot. Cette décision avait surpris, l'administration du républicain ayant longtemps rejeté les demandes de Kiev.
Mais la semaine dernière, Donald Trump est déjà revenu sur ses déclarations. Selon l'ambassadeur américain auprès de l'Otan, Matthew Whitaker, l'Ukraine n'obtiendra pas cette licence avant l'hiver. Une évolution qui ne surprend pas Gustav Gressel.
Licence pas garantie
«Je ne crois pas que l'Ukraine obtiendra réellement la licence. Les Américains finiront par s'y opposer», estime l'expert militaire. «En matière d'exportation d'armes, la bureaucratie américaine est extrêmement lente, sans même parler des revirements politiques du président». En outre, seule une autorisation de produire des missiles PAC-2 est actuellement évoquée, alors que leur efficacité contre les missiles balistiques russes reste limitée.
Si aucun missile supplémentaire n'a été livré, c'est parce que la guerre menée par les Etats-Unis contre l'Iran depuis fin février a fortement entamé les stocks américains. Selon une estimation récente du Center for Strategic Studies de Washington, l'armée ne disposerait plus que de 827 missiles Patriot, contre plus de 2300 avant le début des dernières opérations militaires.
Le chef d'état-major américain, Dan Caine, aurait lui aussi exprimé des réserves quant à la poursuite des livraisons à Kiev. Et ce, pour la même raison. Le président ukrainien a lui-même donné mercredi un aperçu de la gravité de la situation. Selon Volodymyr Zelensky, son pays ne reçoit désormais plus qu'un tiers des engins de défense antiaérienne qu'il recevait en 2025.
Dans ce contexte, Gustav Gressel se montre très inquiet pour les mois à venir. «L'hiver sera très difficile pour les Ukrainiens», prévient-il.
Selon lui, il faudra encore du temps avant que l'Ukraine puisse se défendre d'elle-même.
Pas pitié du côté du Kremlin
L'entreprise ukrainienne Fire Point développe actuellement son propre système de défense antiaérienne, baptisé Freyja, avec la participation du groupe allemand Diehl Defence. Celui-ci pourrait fournir les autodirecteurs infrarouges et radars utilisés dans le système Iris-T, déjà déployé en Ukraine. «Il faudra toutefois du temps pour développer entièrement le Freyja», souligne Gustav Gressel.
Selon les dernières déclarations de la directrice de Fire Point, Iryna Terekh, l'entreprise espère alors produire au moins 2000 unités par an.
Mais le Kremlin a bien conscience des faiblesses actuelles de la défense aérienne ukrainienne et les exploite sans aucune retenue. Selon les Nations unies, l'intensité des frappes augmente de mois en mois. D'après l'armée de l'air ukrainienne, la Russie a tiré à elle seule 376 missiles en juillet, soit plus du double du nombre enregistré en juin. Les chiffres les plus récents des Nations unies montrent que les mois de mai et de juin ont été les plus meurtriers pour les civils ukrainiens depuis le début de l'invasion russe en février 2022.
Au total, 1396 civils ont été tués au cours du premier semestre 2026 lors d'attaques russes, tandis que près de 8000 autres ont été blessés. Selon les Nations unies, cela représente une hausse de 37% par rapport à la même période de l'année précédente et de 114% par rapport au premier semestre 2024.
(Adaptation française: Valentine Zenker)

