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«Vos bras sont intacts, allez vous battre»: la Russie maltraite ses soldats

Une affiche de propagande à Moscou.
Une affiche de propagande à Moscou.image: keystone
Par le mensonge et la violence, l'armée russe contraint de jeunes conscrits à faire la guerre. Des e-mails déclassifiés montrent l'ampleur des méthodes brutales employées.
17.08.2022, 05:4917.08.2022, 08:29
Martin Küper / t-online
Un article de
t-online

Le massacre de Boutcha, la destruction de Marioupol, des attaques aveugles contre les populations: les horreurs visant les civils font partie de la tactique de l'armée russe, elle en apporte chaque jour la preuve dans sa guerre contre l'Ukraine. Sauf que, même les soldats russes ne sont pas épargnés par la brutalité de l'armée, leur armée, comme l'établit une enquête du portail indépendant russe The Insider.

Selon ce magazine, dans des e-mails transmis au parquet militaire russe, des soldats ou leurs proches se plaignent de traitements injustes ou dégradants. Il y est question de conscrits trompés et envoyés au front en violation du droit russe, de blessés de guerre qui n'ont pas été traités correctement et de parents qui ne reçoivent aucune information au sujet de leurs enfants tués. The Insider, en collaboration avec le réseau de recherche Bellingcat, a examiné les documents transmis au parquet militaire russe et les a jugés authentiques.

Des conscrits sur le Moskva, qui a coulé le 14 avril?

Des centaines de ces courriels montreraient que l'armée envoie des conscrits se battre, autrement dit enrôle des soldats non professionnels dans la guerre, malgré une directive contraire du chef du Kremlin, Vladimir Poutine.

De nombreux conscrits auraient ainsi été présents sur le croiseur lance-missiles Moskva, le navire amiral de la flotte russe de la mer Noire, qui a coulé le 14 avril, vraisemblablement après une attaque ukrainienne.

Le Kremlin a affirmé qu'un incendie à bord avait envoyé le navire par le fond et que l'équipage avait pu être sauvé. Il est en réalité probable qu'une part importante des 500 hommes à bord soit morte. La mère de Kozyr Akim Aleksandrovich, 23 ans, porté disparu, veut connaître la vérité. Dans l'un des e-mails visés par The Insider, elle écrit ceci:

«Pour le moment, je n'ai aucune information sur mon fils. Veuillez me dire où se trouve mon enfant»

Des mensonges en pagaille

Envoyer des recrues à la guerre en cachant la chose sous des mensonges semble être une pratique répandue dans l'armée russe. Dans un courriel, des parents sans nouvelles de leurs fils demandent au parquet militaire de «[les] retrouver (...) et de les emmener d'urgence de la frontière vers un endroit sûr».

Leurs enfants étaient des conscrits au moment où la guerre a éclaté, le 24 février. Ils n'avaient pas l'intention de signer un contrat d'engagement dans l'armée. Mais, le 7 mars, une psychologue servant dans les forces russes a annoncé à ces parents que leurs fils étaient désormais des soldats sous contrat.

«Nous, parents, pensons que nos enfants ont été incorporés de manière frauduleuse dans des troupes de combat et que leur vie est désormais en danger»
Des parents dans un courriel adressé au parquet militaire russe

«J'ai 21 ans et je veux vraiment vivre»

Souvent, les conscrits qui résistent à leur enrôlement dans des troupes de combat sont quand même envoyés à la guerre. Cela ressort de lettres adressées au parquet militaire.

Des parents y racontent que leurs enfants ont été menacés de coups ou d'un procès pour désertion; dans d'autres cas, la signature sur les documents d'incorporation a simplement été falsifiée. Dans un courriel, un jeune soldat se plaint lui-même auprès du parquet militaire: il n'a pas été envoyé en Syrie comme prévu, mais en Ukraine: «J'ai 21 ans et je veux vraiment vivre.»

Les soldats russes blessés en Ukraine n'ont visiblement pas accès des soins médicaux appropriés. L'épouse d'un soldat se plaint dans un e-mail du traitement reçu par son mari à l'hôpital de Belgorod, une ville russe proche de Kharkiv. Là-bas, on lui aurait dit: «Ce n'est qu'un traumatisme psychologique, tes bras et tes jambes sont intacts, tu peux continuer à te battre.» Son mari souffrait de maux de tête et de dos, ainsi que de pertes de mémoire, mais au lieu de lui faire passer une IRM, il n'aurait eu droit qu'à de l'aspirine.

Une mère demande le corps de son fils

Dans un autre e-mail, une mère raconte que son fils a été par deux fois grièvement blessé en Ukraine. La première fois, il s'est présenté dans un hôpital de campagne avec une blessure à la tête causée par un éclat d'obus et des engelures aux jambes. Après deux jours sans soins, il a été renvoyé à son unité.

La deuxième fois, son fils a de nouveau été blessé à la tête, cette fois-ci par une mine. A l'hôpital, les médecins ont constaté des symptômes graves tels que la perte de l'ouïe et de la vue, mais leur fils n'a pas été à proprement parler soigné.

Visiblement, dans l'armée russe, seuls les morts sont moins bien traités que les vivants. Ainsi, la mère d'un jeune homme de 22 ans rapporte que son fils a été tué début mars dans la région de Tchernihiv, au nord de Kiev. C'est un de ses camarades qui le lui a annoncé.

«Au sein de l'unité militaire, cette information n'est pas confirmée, car il est fort probable que le corps soit resté sur le champ de bataille», écrit la mère au procureur militaire.

«Je vous demande d'enquêter sur cet incident monstrueux et de me rendre le corps de mon fils afin que tous les responsables soient punis»
La mère d'un soldat tué

Il est impossible de dire avec précision combien de soldats russes ont été tués ou blessés en Ukraine. La semaine dernière, le gouvernement américain a estimé à 20 000 le nombre de soldats russes tués, de 50 000 à 60 000 celui des blessés, portés disparus ou faits prisonniers par les Ukrainiens.

Actuellement, l'armée russe perdrait 500 hommes par jour, selon le New York Times, citant des sources du Pentagone. Le Kremlin, de son côté, annonce 1351 soldats russes tués. Dernier bilan officiel communiqué. C'était en mars.

Traduit de l'allemand par Nicolas Varin.

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