Ces nouveaux drones russes font craindre le pire
Le mécanicien de locomotive et son assistant n'avaient aucune chance: au petit matin de jeudi, un drone Shahed russe a détruit la locomotive d'un train de voyageurs dans la région d'Odessa (sud). La cabine de conduite a été touchée avec précision, et les deux employés des chemins de fer sont morts sur le coup.
Le directeur général des chemins de fer ukrainiens, Oleksandr Pertsovsky, a écrit sur les réseaux sociaux:
Le président Volodymyr Zelensky a lui condamné cette attaque contre une «cible entièrement civile» comme un acte terroriste, mené selon lui délibérément par les pilotes du drone.
Today in the Odesa region, the Russians once again destroyed an ordinary passenger train locomotive with a jet-powered drone. There were 340 people on the train. And whoever was operating that drone certainly could not have been unaware that the target was entirely civilian. As… pic.twitter.com/ON9HjtyuXj
— Volodymyr Zelenskyy / Володимир Зеленський (@ZelenskyyUa) August 13, 2026
Une avancée technologique qui inquiète
La particularité de cette attaque tenait au fait qu'elle avait été menée à l'aide d'un drone à propulsion par réacteur. Cela ne fait que renforcer une tendance observée depuis des mois par les experts militaires en Ukraine. Au lieu des Shahed lents, à hélice, produisant un vacarme comparable à celui d'un cyclomoteur, la Russie déploie de plus en plus de drones kamikazes à propulsion par réacteur.
Avec un ancien modèle de Shahed, les deux mécaniciens auraient probablement encore eu le temps de se mettre en sécurité. Avec les Geran 3 ou 4 (c'est ainsi que se nomment, côté russe, les versions modernisées des Shahed), capables d'atteindre jusqu'à 500km/h, ce n'était plus possible.
👉 L'actu en direct sur la guerre en Ukraine, c'est ici
Cette vitesse environ quadruplée par rapport aux modèles à hélice pose également d'énormes problèmes à la défense antiaérienne ukrainienne, ce qui était bien entendu l'objectif recherché de ce perfectionnement.
L'analyste français Clément Molin a constaté un net recul des attaques menées avec des drones Shahed conventionnels en juillet. Il l'explique par le fait que la Russie est en pleine transition vers la production de masse de la version à réaction. Le développement technique, révélateur de cette guerre d'usure, y progresse à une vitesse fulgurante.
Comme l'écrit le portail spécialisé indépendant Militarnyi, la Russie a déjà arrêté la production de la version à réaction Geran 3, jugée instable, et a reconverti les lignes de production de Ielabouga, au Tatarstan (est de Moscou), vers les versions perfectionnées Geran 4 et Geran 5.
Ces dernières sont encore plus rapides, ont une portée plus grande et peuvent transporter une charge explosive plus lourde. De plus (et c'est ce qui les rend particulièrement dangereuses), elles peuvent être équipées d'autodirecteurs («seeker») permettant une détection autonome lors de l'approche de la cible. En contrepartie, elles coûtent au moins quatre fois plus cher que les anciens Shahed, dont le prix avoisinait les 25 000 dollars (environ 20 000 francs).
Bientôt la moitié de toutes les attaques de drones
Alors que le Geran 4 ressemble encore, par son apparence, au modèle Shahed d'origine iranienne, le Geran 5 est une conception entièrement nouvelle, plus proche d'un missile de croisière. Il peut également être lancé en vol depuis des avions de chasse.
En s'appuyant sur des sources des services de renseignement, Militarnyi écrit que le taux de production mensuel des modèles Geran 4/5 atteindrait déjà les 3000 unités. Des images satellites de la «zone économique spéciale» de Ielabouga montrent d'importants travaux de construction, laissant présager des capacités de production encore plus importantes dans les prochains mois.
Dès juin, le commandant en chef des armées ukrainien, Oleksandr Syrsky (entre-temps limogé), avait averti que les versions Geran à propulsion par réacteur pourraient bientôt représenter 50% de l'ensemble des attaques de drones russes.
Ce phénomène pose un problème particulier pour la défense antiaérienne. La vidéo d'une précédente attaque contre un train de voyageurs ukrainien en juillet dernier montre de manière frappante à quel point le temps de réaction disponible pour une interception est réduit.
This Is Horrific! A Jet-Powered Shahed Strikes a Locomotive in Zaporizhzhia
— NEXTA (@nexta_tv) July 22, 2026
People were standing just metres away from the train cars. pic.twitter.com/flTnnIdbzP
Préparer de nouvelles défenses en urgence
Fin juillet, Volodymyr Zelensky a désigné le développement de nouvelles mesures de défense contre les «drones à réaction» russes comme l'une des tâches les plus urgentes pour la défense du pays.
En juin, le fabricant ukrainien Skyfall a présenté un nouveau drone «tueur de jets». Wild Hornets, le groupe à l'origine du drone intercepteur Sting, ayant déjà fait ses preuves, revendique quant à lui déjà «des dizaines» de destructions de Geran 3/4 à son actif.
Des mesures de défense électronique et des brouilleurs sont également testés. Mais ce sont, jusqu'à présent, les avions de chasse de types F-16, MiG-29 et Mirage 2000-5 qui semblent les plus efficaces pour la défense, bien que l'armée de l'air ukrainienne n'en dispose qu'en nombre limité. (trad. ysc)
