La Russie risque de devenir «une épave économique»
Ces derniers mois, l’Ukraine «a enfin commencé à faire ce qu’elle devait faire», selon les mots de l’historien militaire Phillips O’Brien sur la plateforme Substack. Kiev a concentré à nouveau ses attaques sur l’ensemble du système pétrolier russe, comprenant les raffineries, les oléoducs et les ports, après les avoir ralenties durant un temps. Le Britannique a poursuivi:
Phillips O’Brien estime que la Russie est réellement en train de s'approcher d'un moment décisif et que la répétition des attaques ukrainiennes «affaiblit enfin la capacité de la Russie à réparer ses raffineries».
Durant la seconde moitié du mois de juillet, l’Ukraine avait suspendu ses attaques ou les avait fortement réduites. L’approvisionnement s’était ainsi amélioré dans toute la Russie. Kiev a repris ses frappes de plus belle en août, avec 21 attaques de drones contre des raffineries russes selon l'agence Bloomberg, un nombre encore jamais atteint sur un seul mois.
Des capacités restreintes partout
Les attaques semblent produire leurs effets. Phillips O’Brien a dressé une liste des onze plus grandes raffineries russes en s'appuyant sur des sources ukrainiennes jusqu'ici fiables. Selon ces informations, aucune d'entre-elles ne fonctionnerait actuellement à plein régime. Dans l’une d’elles, «75% des capacités sont à l’arrêt», une autre a déjà été «attaquée à 15 reprises», tandis que d’autres sont «entièrement hors-service» ou tout simplement «à l’arrêt».
La Russie transforme actuellement un quart de pétrole brut en moins qu’avant le début de la guerre, rapporte Bloomberg. Il s’agit du niveau le plus faible depuis plus de vingt ans. Moscou ne chercherait même plus à véritablement réparer les raffineries: le pays se contenterait d’en tirer tout ce qu’il peut encore.
C’est du moins l’analyse de Mikhaïl Khodorkovski, qui fut autrefois l’un des oligarques les plus riches de Russie avant d’être jeté en prison par Vladimir Poutine. Il a affirmé sur X qu’à ses yeux, le succès de la campagne ukrainienne ne faisait aucun doute.
Une seconde crise de carburant cet été
Pour remettre les raffineries en état, il faudrait les arrêter pendant un certain temps, explique Mikhaïl Khodorkovski. Sans cela, la Russie ne ferait que poser un pansement sur les plaies ouvertes, puis un autre par-dessus, et encore un autre. Cela peut fonctionner pendant une période plus ou moins longue, mais personne ne peut en prévoir la durée. Le risque est donc grand que le système s'effondre un jour.
La question se pose donc de savoir ce qui se passera lorsque le point de bascule sera atteint. Mikhaïl Khodorkovski met notamment en garde contre les dangers pour les personnes vivant à proximité de ces raffineries. La seconde pénurie de carburant de l'été, évoquée par le média indépendant Meduza, constitue un autre signe de crise. Les prix seraient en hausse et 59 régions auraient instauré un rationnement. Le média ajoute:
De longues files se forment à nouveau devant les stations-service, même à Moscou. Selon Bloomberg, des queues de 30 à 50 voitures n’ont plus rien d’exceptionnel, tout en étant souvent vaines, puisqu'il n'y a pas forcément de carburant disponible, rapporte Meduza. D’après l’application russe Ben Zin Map, qui compile des informations publiques, seules 28% des stations-service seraient approvisionnées.
Un impact sur le prix de l'essence dans le monde
Cette pénurie d’essence et de diesel a des conséquences considérables, car une Russie qui ne dispose pas d’assez de carburants pour ses propres besoins ne peut pas en vendre à l'étranger. Vladimir Poutine a interdit les exportations de diesel dès le mois de juillet et a dû prolonger cette mesure à plusieurs reprises. Son pays étant le deuxième exportateur mondial de diesel, les prix ont inévitablement augmenté partout dans le monde.
Problème: l’offre mondiale était déjà limitée. L’Iran a bombardé de nombreuses raffineries dans le cadre de la guerre au Moyen-Orient. Celles encore en activité ailleurs sur la planète, principalement aux Etats-Unis, tournent donc à plein régime et réalisent des marges record.
En Suisse, cette situation, conjuguée au faible niveau du Rhin, a porté le prix du diesel à un niveau supérieur de 40 centimes au cours actuel du pétrole brut, soit pas moins de 2,23 francs le litre.
La Russie doit s'approvisionner à l'étranger
La Russie, habituellement considérée comme une superpuissance énergétique, est désormais contrainte de s’approvisionner en carburant à l’étranger. Le quotidien britannique The Guardian estime par conséquent que Moscou mène «une lutte désespérée pour importer du pétrole».
En définitive, le pays tire nettement moins de revenus de ses richesses naturelles. C’est pourquoi, selon Phillips O’Brien, les attaques ukrainiennes contre le système pétrolier russe constituent le meilleur moyen de priver Vladimir Poutine du véritable nerf de toute guerre: l'argent. L'expert britannique assène:
L’essentiel sera que l’Ukraine maintienne et étende sa campagne actuelle, et frappe plusieurs fois les mêmes raffineries.
La situation reste cependant une course contre la montre. L’hiver approche et Vladimir Poutine bombardera probablement les infrastructures énergétiques ukrainiennes, comme il l’avait déjà fait l’hiver dernier. L’Ukraine aura alors encore moins de missiles antiaériens américains à sa disposition. Phillips O’Brien met en garde:
Les enjeux de ces prochaines semaines seront donc très grands dans les deux camps. (btr/az)
Traduit et adapté de l'allemand
