Cette grand-mère russe fait «revivre» des tombes abandonnées
Natalia frotte minutieusement une plaque funéraire, recouverte de boue, sa mère Lidia ramasse les feuilles mortes et ses deux fils coupent les arbres qui ont poussé sur la tombe. Chaque week-end, la famille russe Kornilov-Belov nettoie des tombeaux abandonnés près de Moscou.
L'un des deux fils, Pavel, un ingénieur de 28 ans, a créé des blogs sur YouTube, Instagram et TikTok, dans lesquels il montre leur travail: les sépultures dans un vieux cimetière de leur ville natale de Domodedovo, au sud de la capitale russe, avant et après le nettoyage. Ses blogs sont suivis par plus de 25 000 abonnés.
Il déclare, en désignant une plaque funéraire en marbre blanc d'un enfant, avec un lapin qui pleure gravé dessus:
Pavel souligne que son projet est non lucratif:
Mais certains abonnés font des petits dons pour l'achat de fleurs artificielles que la grand-mère de Pavel dépose sur la sépulture, une fois le nettoyage fini.
Ses blogs intitulés Babouchka Lida (grand-mère Lida) lancés en septembre sont très vite devenus populaires. «Je n'ai jamais vu un tel nombre de commentaires positifs. Les gens se disent prêts à nettoyer des tombes abandonnées dans différentes villes de Russie et même dans d'autres pays», se réjouit Pavel.
Ainsi, à Saratov, sur la Volga, des bénévoles nettoient le cimetière de Voskressensk et développent un site en ligne non officiel de ce lieu avec une carte interactive sur laquelle l'on peut trouver les photos de chaque tombe et les biographies des défunts.
Tombes abonnées
Pavel explique:
En Russie, un pays qui s’étend sur 17 millions de km2, les gens déménagent souvent à des milliers de kilomètres de leur cité natale. Par ailleurs, près de 11 millions de Russes sont partis à l'étranger depuis la chute de l'URSS, dont près d'un million après le début de l'offensive russe contre l'Ukraine en 2022, selon les estimations des experts. La diaspora russe occupe la troisième place dans le monde après celles de l'Inde et du Mexique, selon l'ONU.
«Le pays est très grand. J'ai une amie dont le mari est parti vivre à Magadan, dans le nord, et le fils a émigré aux Etats-Unis, tandis que la tombe de sa mère est en Ukraine», ajoute la mère de Pavel, Natalia Kornilova, une ingénieure de 55 ans.
Elle raconte que l'idée de nettoyer les sépultures lui est venue par hasard. Elle a remarqué un jour une tombe en mauvais état. Sur la photo apposée, elle a reconnu ses voisins. Elle raconte:
Plusieurs compagnies privées proposent en ligne des services payants d'entretien des tombes à des prix allant de 3000 roubles (32 euros) à 16 000 roubles (172 euros). Mais pour Natalia et ses fils, c'est un projet de bienfaisance.
Marché noir
Dans les années 90, un marché noir de parcelles dans les cimetières fleurissait en Russie. Les administrations de ces lieux vendaient illégalement les tombes abandonnées; les anciennes plaques funéraires y étaient alors retirées et on y enterrait d'autres personnes, se souvient- elle.
Pour que cela ne se répète pas, «il est important de garder cette mémoire», insiste Natalia.
