«Tout le monde veut nos systèmes»: ce géant de l'armement rayonne
Le premier groupe allemand de défense Rheinmetall a connu une forte croissance en 2025 et prévoit d'accélérer cette année, tirant parti du réarmement européen et des troubles sécuritaires mondiaux, notamment des «opportunités» qui découlent de la guerre au Moyen-Orient.
Avec un résultat opérationnel en hausse de 33%, à 1,8 milliard d'euros (1,64 milliard de francs), le plus gros fabricant de munitions pour chars et pièces d'artillerie du continent a poursuivi l'an dernier tambour battant son objectif: la création d'un «écosystème européen de défense», notamment face à la menace russe.
D'ici 2030, Rheinmetall estime que l’Europe dépensera «presque autant d’argent» pour sa défense que les Etats-Unis, qui exhortent les pays de l'Otan à prendre leur sécurité en main.
Dans l'immédiat, de nouvelles «opportunités» de croissance sont apparues, d'après Armin Papperger, président du directoire: la guerre au Moyen-Orient.
De nouvelles opportunités de croissance
Afin de défendre la région des représailles iraniennes aux bombardements israélo-américains, Rheinmetall déploie des systèmes de défense aérienne, qui ont permis d'abattre plus de 100 drones pilotés par Téhéran pendant le week-end, selon lui.
Le patron du groupe de Düsseldorf (ouest) a vanté, lors d'une conférence de résultats:
Rheinmetall s'estime par ailleurs «en excellente position» pour livrer des moteurs de lance-roquettes à l'armée américaine. Armin Papperger a également indiqué:
Pour l'heure, Rheinmetall réalise 80% de ses ventes en Europe.
De nouveaux records en perspective
Quant à l'Ukraine, engagée dans sa cinquième année de guerre face à l'envahisseur russe, Rheinmetall continue de lui livrer munitions, véhicules, équipements médicaux et électroniques et construit actuellement une usine d'obus dans le pays.
En 2025, le chiffre d'affaires du groupe s'est élevé à 9,9 milliards d'euros (9 milliards de francs), soit une hausse de 29%, la fourchette haute de sa prévision.
2026 sera encore plus faste, selon le fabricant d'armement: le chiffre d'affaires devrait cette année s'envoler de 40 à 45% et la marge opérationnelle devrait atteindre 19%, contre 18,5% en 2025. Le carnet de commandes affiche un record, s'élevant fin 2025 à 63,8 milliards d'euros (58 milliards de francs), en hausse de 36% sur un an. Malgré tout, le titre Rheinmetall reculait à Francfort de 2,69% vers 11h GMT (12h heure suisse).
L'essor du groupe puise sa source dans le changement d'époque à l'œuvre en Allemagne, pays à tradition pacifiste depuis la Shoah désormais engagé dans la hausse des dépenses militaires face à la menace russe.
Le chancelier conservateur Friedrich Merz a promis de faire de la Bundeswehr (l'armée allemande) la plus grande armée conventionnelle d’Europe.
Et en 2021-2025, l'Allemagne a dépassé la Chine pour devenir le quatrième exportateur d'armes, avec 5,7% des volumes mondiaux, selon l'institut suédois Sipri.
Des bateaux et des satellites
Rheinmetall étudie la cession de ses activités civiles, qui emploient environ 7000 personnes et dépendent essentiellement du marché automobile allemand en crise. Recentré sur la défense, il veut se renforcer dans le secteur maritime, avec l'acquisition en septembre de la division militaire du groupe de chantiers navals Lürssen.
Des «bateaux drones», navires sans pilote à usage civil ou militaire, sont «un projet à plusieurs milliards d'euros» avec le constructeur britannique Kraken Technologies, selon Papperger.
Rheinmetall lorgne aussi sur les satellites pour fournir à l'armée allemande un service internet similaire à Starlink, le réseau américain de SpaceX. Un premier satellite sera envoyé dans l'espace au troisième trimestre 2026, d'après le patron du groupe.
En 2025, l'essor des ventes a été conséquent dans ses trois divisions, des véhicules blindés (+32%) aux munitions (+27%) en passant par l'électronique de défense (+45%).
La plus petite en termes de chiffre d'affaires, cette dernière branche a néanmoins enregistré le plus de commandes en 2025, qui ont quasiment triplé à 14,2 milliards d'euros, notamment grâce au programme de numérisation des forces armées allemandes.
