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Ukraine: l'UE veut acheter des armes avec l'argent russe

Putin mit Euro
Des milliards de fonds russes sont gelés en Europe. Désormais, Vladimir Poutine pourrait tout perdre.Image: imago images/shutterstock

L'UE veut armer l'Ukraine avec les milliards de Poutine, mais il y a un risque

Plus de 200 milliards d'euros de la banque centrale russe sont gelés en Europe. L'UE commence à avoir des vues sur cette manne financière, mais la question suscite des réactions.
21.03.2024, 16:45
Remo Hess, bruxelles et Renzo Ruf, Washington / ch media
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«Poutine doit payer pour sa guerre contre l'Ukraine», demandent régulièrement les politiques occidentaux. Si les sanctions ne causent que des dommages limités à l'économie russe, les contribuables européens et américains, eux, en revanche, doivent mettre la main au portefeuille pour soutenir Kiev. En témoignent l'augmentation du coût de la vie et les paquets d'aide de plusieurs milliards qui maintiennent l'état ukrainien en vie depuis plus de deux ans.

Mais la pilule a de plus en plus de mal à passer. Aux Etats-Unis comme en Europe, les gouvernements peinent désormais à débloquer les fonds nécessaires.

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Le chancelier allemand Olaf Scholz soutient le projet de prélever des intérêts sur les fonds publics russes bloqués et de les mettre à disposition de l'Ukraine pour l'achat d'armes.Image: keystone

Il existe pourtant une solution quasiment clé en main: 260 milliards d'euros de la banque centrale russe sont bloqués dans le monde depuis l'invasion de l'Ukraine. Environ 210 milliards dorment sur le territoire européen, la majeure partie auprès de l'organisme international de traitement des paiements Euroclear en Belgique. Alors, pourquoi ne pas récupérer ce pactole et le mettre à la disposition des Ukrainiens? Il semble que ce soit la décision la plus évidente, tant sur le plan pratique que moral.

Les 27 cherchent désormais à mettre le grappin sur cet argent, du moins en partie. Mercredi 20 mars, la Commission européenne a proposé, dans un premier temps, de prélever les intérêts des fonds bloqués de la banque centrale et de l'utiliser pour financer des armes pour l'Ukraine. Selon l'évolution des taux, cela pourrait rapporter environ 3 milliards d'euros par an. A cela s'ajoutent les impôts à hauteur d'1,5 milliard que la Belgique perçoit grâce aux fonds gelés.

Mise en garde de la Banque centrale européenne

Pourquoi donc une telle retenue? Pourquoi ne pas confisquer l'intégralité des 210 milliards et les transférer au pays attaqué? Depuis des mois déjà, le président américain Joe Biden pousse les Européens à franchir le pas dans le cadre du G7. Au sein de l'UE, les pays baltes et ceux de l'Est ne demandent pas autre chose.

La Russie a été condamnée à une écrasante majorité par l'Assemblée générale de l'ONU pour son invasion contraire au droit international, a déclaré le ministre polonais des Affaires étrangères Radoslav Sikorski lors d'un récent entretien avec les médias à Washington. En conséquence, nous n'avons pas seulement une base, mais une obligation d'utiliser les ressources de l'agresseur pour réparer les dommages causés.

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Nicolas Véron, Experte für Finanzfragen bei der «Bruegel»-Denkfabrik in Brüssel und dem «Peterson Institute for International Economics» in Washington.
Nicolas Véron, expert en questions financières auprès du groupe de réflexion Bruegel à Bruxelles et du Peterson Institute for International Economics à Washington.Image: zvg

Seulement voilà: la Banque centrale européenne (BCE) met en garde contre la tentation de puiser dans les réserves publiques russes. Elle estime que si l'UE confisque les milliards de Poutine, d'autres banques centrales pourraient également perdre confiance dans la place financière européenne. Et dans le pire des cas, l'euro, pourrait y laisser des plumes.

Les experts avertissent en effet contre des conséquences incalculables pour le système financier mondial en cas de confiscation. Les états sont protégés par le principe de l'immunité souveraine et il serait malvenu de réagir à une violation du droit international par une autre violation du droit, selon Nicola Véron du groupe de réflexion économique bruxellois Bruegel.

Il faut aussi s'interroger sur l'objectif d'une telle manœuvre: pour les Russes, cela ne change presque rien. Ils n'ont de toute façon pas accès aux fonds publics. Et le spécialiste de poursuivre:

«La Russie a déjà amorti les dépôts. Elle sait très bien qu'elle ne reverra plus cet argent tant que Poutine sera au pouvoir».

La riche Europe n'a pas besoin de l'argent de la banque centrale russe pour aider l'Ukraine. Les membres de l'Union ont encore de nombreuses ressources pour aider de manière autonome, affirme Véron. Les dommages causés par la confiscation seraient disproportionnés par rapport aux avantages qu'elle apporterait.

La Maison-Blanche pousse, l'Europe retient

Reste à savoir pourquoi les Etats-Unis font autant pression. La réponse est évidente: à Washington, l'aide à l'Ukraine ne passe pas la rampe au Congrès et il s'avère donc plus facile de pousser l'UE à confisquer des milliards. Ce scénario serait idéal pour les Etats-Unis: la part du lion des réserves financières russes se trouve en Europe et celle-ci assumerait, le cas échéant, le risque inhérent à une confiscation.

Il faut cependant garder en tête le rapport différent des Etats-Unis au droit international: en tant que superpuissance et avec le dollar comme monnaie de référence mondiale, ils trouvent toujours un moyen de faire valoir leurs intérêts. Contrairement à l'UE.

L'argent des Russes en Suisse
En Suisse, outre les 7,5 milliards de francs de particuliers et d'entreprises russes sanctionnés, 7,4 milliards de la banque centrale russe sont également gelés. Alors que le Conseil fédéral refuse une saisie directe des avoirs privés russes pour des raisons d'Etat de droit, il suit de près les discussions internationales sur une éventuelle utilisation des réserves publiques. Dans une motion, le Parlement a récemment chargé le Conseil fédéral de s'impliquer au niveau international dans l'élaboration d'un mécanisme de paiement de réparations à l'Ukraine. (rhe)

Mais il n'est pas dit que l'Europe campe éternellement sur ses positions. L'essentiel est de savoir si, à un moment donné, l'argent se fera tellement rare que le risque de turbulences sur les marchés financiers passera alors au second plan.

La livraison de chars, celle d'avions de combat, les négociations d'adhésion de l'Ukraine à l'Europe: depuis l'invasion russe, l'Occident a déjà franchi de nombreuses lignes rouges.

(Adaptation française: Valentine Zenker)

Vladimir Poutine dans tous ses états
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Vladimir Poutine dans tous ses états
Poutine en mode chasseur, 2010.
source: ap ria novosti russian governmen / dmitry astakhov
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Les drones navals ukrainiens sont impitoyables
Video: watson
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