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Ces vétérans ukrainiens amputés font de l'escalade

Former Ukrainian service member Roman Govrylyak, 35, who was injured in the war against Russia and has a prosthetic right leg, takes part in an indoor climbing session at Climbing SPACE in Kyiv on Feb ...
Roman Govrylyak, ancien militaire ukrainien âgé de 35 ans, monte un mur de grimpe.Image: AFP

Ces ex-soldats amputés découvrent une «peur agréable» en Ukraine

Des dizaines de milliers d'Ukrainiens se retrouvent amputés d'au moins un membre. Pour eux, le retour à la vie civile n'est pas évident. Mais certains découvrent de nouvelles activités qui les stimulent, comme l'escalade.
22.03.2026, 15:5922.03.2026, 15:59
Magdalena PACIOREK, kiev / afp

«Une peur agréable»: en Ukraine, des vétérans amputés trouvent adrénaline et camaraderie dans les hauteurs d'un mur d'escalade, alors que le retour à la vie civile peut être difficile pour les dizaines de milliers de soldats rentrés des combats contre l'invasion russe.

Dans une salle d'escalade moderne de Kiev, des vétérans enchaînent burpees et marches en crabe au son d'une musique pop énergétique, des bandes de résistance enroulées autour de leurs jambes et prothèses.

Chacun ajuste son harnais avant de se lancer sur les voies, une prise de couleur après l'autre, jusqu'au sommet. Oleg Khmylevskiï, un ex-combattant tout en muscles de 38 ans qui a perdu sa jambe droite au front, témoigne:

«Ça fait peur, c'est intéressant, c'est de l'adrénaline, c'est un genre d'exercice physique inhabituel»
Former Ukrainian service members, who were injured in the war against Russia and now have prosthetic legs, take part in an indoor climbing session at Climbing SPACE in Kyiv on February 26, 2026, amid  ...
Une musique pop entraînante résonnait dans les haut-parleurs.Image: AFP

Des dizaines de milliers de soldats ukrainiens blessés dans les combats pour repousser l'invasion russe, entrée dans sa cinquième année, trouvent du réconfort dans les activités et communautés dédiées à ce public en pleine expansion.

L'Ukraine ne communique quasiment pas sur leur nombre. En 2024, le président Volodymyr Zelensky avait évoqué 370 000 blessés. D'après le Service national de la Santé, environ 95 000 amputations ont été réalisées pendant les trois premières années de la guerre.

Ces ex-soldats, en treillis militaire et béquilles, sont très visibles dans les rues de Kiev. Selon un sondage en décembre du centre d'études ukrainien Rating Group, plus des 75% d'entre eux craignent d'être confrontés à un manque de compréhension de la société, et presque autant redoutent le manque d'espaces inclusifs.

Oleg Khmylevskiï, tête rasée et yeux perçants, se souvient du trajet en voiture jusqu'à Kiev avec un ami pour rejoindre les combats aux premiers jours de l'invasion russe déclenchée en février 2022. Il raconte avec un petit rire:

«On avait tous les deux, c'était presque comme dans un film, deux casques, deux gilets pare-balles et une épée de samouraï.»

Six mois plus tard, il sautait sur une mine dans une forêt de la région de Lougansk (est). Le retour, une journée entière, est un supplice. Il refuse les antidouleurs les plus puissants pour rester capable d'ajuster le tourniquet bloquant l'hémorragie sur sa jambe. C'est ce qui lui a sauvé le genou et évité de perdre sa jambe entière, pense-t-il.

Former Ukrainian service personnel, some of whom lost limbs while fighting in the war against Russia, warm up together ahead of an indoor climbing session at Climbing SPACE in Kyiv on February 26, 202 ...
Cet homme a perdu ses deux jambes.Image: AFP

Aujourd'hui l'escalade lui donne une dose de «peur agréable et d'adrénaline». «Les vétérans militaires ont aussi besoin d'adrénaline après les combats, et les hauteurs vous la donnent», explique Oleksandr Pedane, animateur de télévision et fondateur du club d'activités pour vétérans «Second souffle». L'escalade les aide à se sentir de nouveau «en vie, plein d'énergie, athlétiques» et s'avère être «un outil extrêmement puissant pour la réhabilitation et la réintégration», ajoute-t-il.

Le travail, l'autre source d'angoise des vétérans

Roman Govrylïak, 35 ans, attend son tour pour se lancer sur la voie, sa prothèse posée par terre. Il a perdu sa jambe droite dans l'explosion d'une mine en 2023:

«La toute première chose que j'ai dite - je m'en souviens très bien - c'était mais comment je vais faire du ski?»

Désormais, il pêche et fait de la randonnée avec d'autres vétérans du club, qu'il considère comme «un grand cercle» de camaraderie. «Vous êtes au milieu de gens qui vous comprennent, vous n'avez pas besoin de leur expliquer quoi que ce soit», raconte-t-il.

Il travaille aujourd'hui dans le secteur de la technologie militaire. Le chômage après les combats est une crainte pour 73% des vétérans interrogés par Rating Group. Mais jusqu'à 60% d'entre eux retrouvent leur emploi d'avant-guerre, selon le ministère ukrainien pour les vétérans. «Un vétéran a de l'expérience et ne sera certainement pas remobilisé», a expliqué la ministre Natalia Kalmykova à l'agence de presse RBC Ukraine en décembre, ce qui en fait «un groupe particulièrement valorisé sur le marché du travail.

L'Ukraine a lancé cette année le déploiement de «hubs pour vétérans» avec espaces événementiels et de travail partagés, zones enfants et installations sportives. Alina Bilïakova, une instructrice d'escalade de 33 ans, considère ses élèves comme des modèles d'inspiration.

«Ils ne se plaignent de rien. Ils ne sont jamais en retard»

Admirative de leur détermination, ils peuvent souvent «en faire bien plus que ceux qui sont sans handicap», poursuit-elle.

Oleg Khmylevskiï en arrive parfois à oublier sa jambe amputée. Perdre une jambe en dessous du genou est finalement «le jackpot, considérant toutes les infortunes possibles», plaisante-t-il. Avant d'affirmer:

«En général, on peut vivre comme avant, juste avec quelques nuances»
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