Ce que la chute d'Orban va changer pour l'Ukraine
La défaite de Viktor Orban aux élections hongroises a provoqué un immense soulagement à Bruxelles, contrainte depuis des années de composer avec un Premier ministre proche de Poutine et de Trump bloquant une avalanche de chantiers, dont celui de l'Ukraine.
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Avec l'arrivée de son successeur Peter Magyar, qui a promis de «travailler à une Hongrie libre, européenne», quels sont les dossiers qui pourraient bouger et à quelle vitesse?
Des milliards débloqués pour l'Ukraine?
C'est incontestablement la question prioritaire à Bruxelles: le départ d'Orban signifie-t-il que l'Ukraine Volodymyr Zelensky va enfin pouvoir mettre la main sur un prêt de 90 milliards d'euros de l'UE? Et si oui, quand?
Les dirigeants européens avaient validé cette enveloppe lors d'un sommet en décembre, mais le premier ministre hongrois, en pleine campagne, empêchait depuis des mois Kiev d'y accéder. Défait, Orban va-t-il lever son blocage avant de rendre le pouvoir? Berlin a appelé lundi à ce que ces fonds soient débloqués «très rapidement».
«Mon sentiment c'est qu'(Orban) ne voudra pas faire de grand geste pendant la période de transition», prédit une responsable européenne, assurant que son successeur Peter Magyar va donc «être sous une pression énorme pour débloquer le prêt».
Des sanctions pour frapper Moscou?
Même dynamique pour l'adoption de nouvelles sanctions économiques contre Moscou. Viktor Orban était le leader européen le plus proche du Kremlin. Il a stoppé durant des semaines l'adoption de ces mesures, les conditionnant à la reprise de livraisons de pétrole russe via un oléoduc traversant l'Ukraine. De nombreux dirigeants escomptent un déblocage de ce dossier, une fois Peter Magyar installé.
Mais gare à ne pas surestimer l'enthousiasme du prochain dirigeant hongrois à l'égard de l'Ukraine, tempère un diplomate qui prédit:
Cette même source appelle à «ne pas s'attendre à ce qu'il dise oui à tout ce qui se passe ici».
L'Ukraine bientôt dans l'Union européenne?
Cette posture pourrait se refléter dans l'épineux dossier de l'adhésion de l'Ukraine à l'UE, à l'arrêt et sans issue évidente face à un Viktor Orban inflexible. Ce processus d'adhésion, long et complexe, exige l'unanimité des 27 Etats membres à chaque nouvelle étape. Or «il ne faut pas penser que, tout d'un coup, la Hongrie va devenir méga-pro-adhésion de l'Ukraine», assure ce diplomate.
D'autant que d'autres pays expriment aussi, plus discrètement, un scepticisme quant à l'adhésion de l'Ukraine à l'UE. «La fin de l'obstruction hongroise à l'adhésion de l'Ukraine ne signifie pas son accélération», souligne Sébastien Maillard, conseiller spécial de l'Institut Jacques Delors.
L'Europe arrêtera-t-elle de se déchirer?
Sur ce dossier brûlant, comme sur bien d'autres, les dirigeants européens espèrent que les conversations se feront désormais de façon plus apaisée. Certains avaient notamment été refroidis par la publication par des médias de conversations téléphoniques entre Budapest et Moscou révélant le contenu de réunions à Bruxelles.
Le chancelier allemand Friedrich Merz, qui avait fustigé mi-mars la «déloyauté» d'Orban lors d'un sommet, s'est réjoui lundi de la possibilité «d'aboutir encore plus facilement à des décisions communes au sein du Conseil européen».
De l'argent va couler à nouveau pour la Hongrie?
En guise de main tendue au prochain dirigeant hongrois, Bruxelles pourrait, entre autres, pousser pour le déblocage rapide de fonds destinés à Budapest. L'UE gèle actuellement 18 milliards d'euros de fonds destinés à la Hongrie dans le cadre de différentes procédures liées à des inquiétudes concernant les droits des personnes LGBT+, des demandeurs d'asile, ainsi que les conditions de passation des marchés publics et les conflits d'intérêt.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a promis lundi de «travailler sans relâche» sur cette question, saluant les «engagements publics» de Peter Magyar en faveur de réformes durant la campagne. «Les Hongrois méritent» ces fonds, a-t-elle insisté lors d'un point de presse.
Dans un scénario similaire, l'UE, qui gelait des milliards d'euros à destination de la Pologne avait ainsi agi très vite, dès les premiers gages donnés par le gouvernement du Premier ministre proeuropéen Donald Tusk. «C'est le modèle exact qu'il faut utiliser», plaide une diplomate européenne:
(jah/afp)
