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La société israélienne se divise sur cette question

JERUSALEM - AUGUST 15: Ultra-Orthodox Jews protest outside the Bastima cafe in West Jerusalem on August 15, 2026, saying the cafe was open on Saturday during Shabbat, when work is prohibited according ...
«Notre droit sacré de boire du café»: un café de Jérusalem est le théâtre de conflits autour du shabbat.Image: getty images

Un café ouvert le samedi fracture la société israélienne

Boire un cappuccino au café du coin le samedi matin, une activité a priori banale. En Israël, c'est pourtant le symbole d'une fracture grandissante entre juifs orthodoxes et laïcs.
22.08.2026, 11:5022.08.2026, 11:50
Shaun TANDON / afp

En ce jour de shabbat, Alma Ronen, israélienne, a troqué son uniforme de l'armée pour un t-shirt et un jean, et voudrait profiter de son jour de repos pour aller au café. Mais comme chaque semaine depuis juin, des ultra-orthodoxes cherchent à l'en dissuader.

Vêtus de costumes noirs, des dizaines d'hommes et d'adolescents scandent «Shabbat!» aux abords du café Basimta, situé non loin de leur quartier. En face, fort contraste avec les pancartes roses des juifs laïcs. Les contre-manifestants sifflent pour couvrir les cris de leurs opposants, l'un brandissant un carton sur lequel on lit:

«Notre droit sacré de boire du café»

Dans le centre de Jérusalem, le café Basimta est depuis deux mois au coeur d'un conflit entre laïcs et ultra-orthodoxes: ces derniers en réclament la fermeture pendant le shabbat, repos hebdomadaire observé par les juifs du vendredi soir au samedi soir.

Pendant cette période, la religion juive interdit de travailler, de circuler en voiture, d'allumer ou d'éteindre l'électricité. Chargée de tensions, la scène illustre deux facettes de la société israélienne, appelée aux urnes le 27 octobre, pour des élections législatives qui constitueront un référendum pour le premier ministre Benyamin Netanyahou.

Le dirigeant israélien, lui-même laïc, s'appuie sur le soutien des juifs ultra-orthodoxes depuis près de deux décennies. A la tête du gouvernement le plus à droite de l'histoire du pays, il a permis à cette communauté de renforcer son influence.

Aya Lewkowicz, membre du mouvement «Pink Front» venue de Tel-Aviv pour aider à protéger le café de Jérusalem, estime qu'il appartient à chaque Israélien de respecter ou non le shabbat: «Chacun devrait être libre de se reposer comme il le souhaite et ne pas se voir imposer une conduite par une petite minorité soutenue par le gouvernement». Amit Yair, 77 ans, craint quant à lui une théocratie:

«Les orthodoxes sont des parasites. Tout ce qu'ils veulent, c'est l'argent du gouvernement»

Il ajoute, en attendant sa commande: «Ils disent que nous sommes sur la terre de Dieu mais veulent tuer tout ce qui s'y trouve pour en faire un Etat halakhique». Ce terme désigne un Etat soumis à la loi juive.

Un juif orthodoxe lance à un de ses opposants: «Je ne veux pas que mes enfants voient un café ouvert en sortant de la maison [pendant le shabbat]. Ce n'est pas que je ne te respecte pas, mais cela porte atteinte à la foi de ma famille. Quand on dit qu'on est juif, cela implique un engagement».

Les manifestants ultra-orthodoxes approchés par les journalistes refusent de s'exprimer, expliquant que cela contreviendrait aux règles du shabbat. Nombre d'Israéliens laïcs supportent mal le fait que les juifs ultra-orthodoxes bénéficient d'allocations pour leurs études religieuses et, grâce au soutien de Benyamin Netanyahou, sont exemptés de service militaire. L'armée du pays, engagée sur plusieurs fronts, a pourtant besoin de davantage de soldats.

Alma Ronen, qui a combattu à Gaza et dans le sud du Liban, confirme:

«Je ressens de la colère à l'idée que seules certaines personnes soient obligées d'accomplir leur service militaire»

La question de la conscription est devenue un thème phare de la campagne électorale, les principaux rivaux du premier ministre israélien s'étant engagés à mettre fin à l'exception faite aux ultra-orthodoxes. Parmi les juifs israéliens, 53% se considèrent comme totalement ou en partie laïcs, selon une étude publiée l'année dernière par le centre Jewish People Policy Institute. Le traumatisme de l'attaque du 7 octobre 2023, la plus meurtrière de l'histoire du pays, a toutefois poussé davantage d'Israéliens vers la religion.

Mais selon Shlomit Ravitsky Tur Paz, directrice du programme «Religion et Etat» de l'Institut israélien pour la démocratie (IDI), la société israélienne s'est progressivement sécularisée, avec davantage de services disponibles pendant le shabbat. Parallèlement, elle note que les juifs pratiquants représentant une part de plus en plus importante de la population, du fait d'une forte natalité chez les juifs ortodoxes. Ceux-ci représentent 14,3% de la population d'Israël, selon une étude de l'IDI.

Quelques heures plus tard, les manifestants ultra-orthodoxes ont quitté les lieux. Ils seront de retour la semaine prochaine, et la file d'attente au café, chaque samedi plus longue que la précédente, aussi. (afp)

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