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La Chine veut marcher sur la Lune d'ici 2030

La Chine veut décrocher la Lune d'ici 2030

Xi Jinping et son gouvernement veulent envoyer des astronautes chinois sur la Lune dès 2030.
Xi Jinping et son gouvernement veulent envoyer des astronautes chinois sur la Lune dès 2030.Image: Keystone / Montage Watson
La Chine envisage d'aller sur la Lune d'ici 2030 et pourrait viser Mars à l'horizon 2040. Voici un tour d'horizon du programme spatial chinois.
28.03.2026, 18:3228.03.2026, 18:32
Ludovic Ehret

Marcher sur la Lune d'ici 2030, y bâtir une base, avant (peut-être) d'aller sur Mars: forte d'une expertise patiemment affinée en 30 ans, la Chine bouscule le leadership des Etats-Unis sur les vols spatiaux habités.

Au moment où quatre astronautes (trois Américains, un Canadien) s'apprêtent à embarquer début avril avec l'agence spatiale américaine (Nasa) pour la mission Artémis 2, premier vol habité autour de la Lune en plus de 50 ans, où en est le programme habité chinois?

En solitaire depuis 1992

Progressivement écartée de la coopération internationale par les Etats-Unis, la Chine a développé seule son expertise depuis 1992 et mené une quinzaine de missions habitées depuis le premier vol d'un astronaute chinois, Yang Liwei, en 2003.

Interdite de Station spatiale internationale (ISS) par les Américains, elle a construit la sienne, Tiangong («Palais céleste»), qui a accueilli ses premiers occupants en 2021. Trois y séjournent actuellement. Elle lui permet d'accumuler une expérience cruciale (sorties dans l'espace, amarrages, maintenance, effets sur le corps humain) pour ses missions habitées.

La Chine progresse en suivant une feuille de route à long terme et non une succession de projets isolés. Les incidents sont rares, aucun n'a été mortel. Richard de Grijs, professeur à l'Ecole des sciences mathématiques et physiques de l'Université Macquarie en Australie le souligne:

«Cette efficacité s'explique par une ferme volonté politique au sommet de l'Etat, des financements stables, des ingénieurs spatiaux de rang mondial, la priorité donnée aux avancées techniques plutôt qu'aux pressions de calendrier et par l'intégration de toute la chaîne industrielle au projet»

«Comparé à l'approche occidentale, et particulièrement américaine, où le cap peut changer au gré des volontés politiques, ce modèle présente de nets avantages en matière de prévisibilité et de gestion des risques», ajoute Richard de Grijs.

La Lune d'ici 2030?

L'agence spatiale chinoise CNSA espère envoyer des astronautes sur la Lune d'ici 2030. Elle y a déjà envoyé plusieurs robots et ramené des échantillons. Une mission habitée nécessite toutefois un matériel différent, actuellement en période de test.

La Chine doit ainsi effectuer courant 2026 le vol d'essai en orbite de son nouveau vaisseau Mengzhou («Navire des rêves»). Remplaçant du vieillissant Shenzhou, c'est lui qui devra acheminer les astronautes vers l'orbite lunaire.

Les ingénieurs élaborent aussi une nouvelle fusée ultra-puissante d'environ 90 mètres (la «Longue marche-10»), indispensable pour propulser le vaisseau vers la Lune. Elle a effectué un premier vol à basse altitude le 11 février. L'atterrisseur Lanyue («Etreindre la Lune»), qui transportera les astronautes de l'orbite à la surface lunaire, pourrait effectuer son vol inaugural vers 2028-2029.

Une base lunaire en vue

La Chine espère d'ici 2035 avoir construit la version basique d'une base scientifique habitée, appelée Station internationale de recherche lunaire (ILRS). Elle doit être édifiée près du pôle sud lunaire, où la présence d'eau, sous forme de glace, est présumée. Le projet est mené avec la Russie et associe d'autres pays comme la Thaïlande, le Pakistan et le Bélarus.

La base devrait être construite avec des briques fabriquées sur place, à partir de sol lunaire, grâce à des imprimantes 3D. Testée sur Terre et sur Tiangong, la technique doit l'être sur la Lune durant la mission robotique «Chang'e-8», prévue vers 2028.

La CNSA dit vouloir y faire des recherches pour comprendre l'origine de la Lune, réaliser des découvertes scientifiques, des percées dans les technologies jugés stratégiques, ou encore exploiter les ressources lunaires. Une version élargie de la base est prévue vers 2040.

La Chine développe également une constellation de satellites autour de la Lune, dénommée «Queqiao», qui sera notamment chargée d'assurer des services (communications, navigation et télédétection) nécessaires aux futures activités sur l'astre.

En concurrence avec les Etats-Unis?

La Chine ne parle jamais de «course à la Lune» et de concurrence avec les Etats-Unis. Jonathan McDowell, astrophysicien et analyste spatial, prévient:

«Ils ont de l'ambition pour leur programme spatial et voient la Lune comme la prochaine étape logique de leur progression. Pour sa valeur propre, non par rivalité. Cela ne changerait rien pour eux si les Américains n'y allaient pas. Mais si la Chine installe une base lunaire la première, ça représenterait un sérieux défi pour la capacité des Etats-Unis à faire de même. Car les zones propices près du pôle sud lunaire sont très limitées»

Pour l'heure, la Chine «reste derrière les Etats-Unis» en matière de vols habités, juge Chen Lan, spécialiste du programme spatial chinois, qui pointe la supériorité des vaisseaux Dragon et Orion, utilisés par la Nasa, par comparaison avec l'actuel Shenzhou. Mais si elle marche sur la Lune en 2030 grâce à ses nouveaux vaisseau et alunisseur, elle rattrapera les Américains, estime-t-il.

Et ensuite, Mars?

Après 2040, la base lunaire chinoise servira à «valider les technologies et capacités pour une mission habitée vers Mars», affirme la CNSA. Des responsables d'entreprises spatiales et des scientifiques chinois ont évoqué dans le passé la planète rouge comme une potentielle destination pour des astronautes. Chen Lan tempère cependant:

«Mais je ne pense pas que des projets concrets vers Mars voient le jour avant l'alunissage et la première étape de la base lunaire»

(btr/afp)

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