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Le boss de Rheinmetall scandalise avec ses propos sur l'Ukraine

Armin Papperger, PDG de Rheinmetall (à droite), ici lors d'une visite de l'usine allemande d'Harzgerode (centre) en janvier.
Armin Papperger, PDG de Rheinmetall (à droite), ici lors d'une visite de l'usine allemande d'Harzgerode (centre) en janvier.Image: Hannibal Hanschke / EPA

Il n'aurait pas dû se moquer des «drones Lego» de l'Ukraine

Armin Papperger, PDG de l'entreprise d'armement Rheinmetall, s'est moqué de la production ukrainienne de drones dans un article. Pendant ce temps, Zelensky conclut des accords avec les Etats du Golfe.
31.03.2026, 05:2931.03.2026, 05:29
Bojan Stula

Qu'est-ce qui a bien pu passer par la tête d'Armin Papperger? Depuis 48 heures, les réseaux sociaux ukrainiens s'embrasent. La raison: une déclaration de l'industriel allemand de l'armement dans le magazine américain The Atlantic.

Le patron du groupe d'armement allemand Rheinmetall a comparé la fabrication de drones en Ukraine au fait de «jouer avec des briques Lego» et a ouvertement remis en question la capacité du pays en guerre à produire une véritable innovation technologique.

Une avalanche de réactions

Il a même qualifié les producteurs ukrainiens de «femmes au foyer» qui assembleraient des pièces avec des imprimantes 3D dans leurs cuisines. «Ce n'est pas de l'innovation!», a lancé Papperger en établissant une comparaison avec les grands groupes d'armement mondiaux, tels que Lockheed Martin, General Dynamics ou sa propre entreprise.

Ce faisant, Papperger s'en prend précisément au pays avec lequel il a conclu plusieurs coopérations lucratives dans le domaine de l'armement, et dont la résistance victorieuse a fait s'envoler le cours de l'action Rheinmetall en Bourse en l'espace de quatre ans. Les réactions n'ont pas tardé.

Sous le hashtag #LEGODrones, une vive critique s'est organisée sur les réseaux sociaux. Des voix influentes, comme celle de l'ancien champion du monde d'échecs et opposant à Poutine Garry Kasparov, ont condamné les propos de Papperger.

Oleksandr Kamychine, conseiller du président Volodymyr Zelensky, s'est montré particulièrement cinglant sur X, répondant ainsi au sarcasme de Papperger par un bilan sobre et implacable:

«Nos drones Lego ont détruit plus de 11 000 chars russes»

Peu après, il a récidivé en soulignant le rôle central des femmes dans l'industrie de l'armement ukrainienne en rappelant que celles-ci travaillent sur un pied d'égalité dans les usines et méritent le respect, non le mépris.

De fait, le développement de drones ukrainiens est considéré comme l'un des facteurs déterminants dans la résistance du pays face à la Russie. Depuis le début de l'invasion, l'Ukraine n'a cessé de concevoir et perfectionner des systèmes peu coûteux, souvent improvisés.

Avec des moyens relativement modestes, reposant fréquemment sur des composants disponibles dans le commerce, les forces ukrainiennes parviennent régulièrement à détruire du matériel militaire russe valant des millions.

Oleksandr Kamyshin n'a pas apprécié les propos d'Armin Papperger.
Oleksandr Kamychine n'a pas apprécié les propos d'Armin Papperger.Image: Imago

Des accords avec les Etats du Golfe

Tandis que Papperger remet en cause la portée technologique de ces avancées, l'Ukraine continue d'élargir ses coopérations dans le domaine de la défense à l'échelle internationale. Le président Zelensky vient de conclure des accords de défense à long terme avec plusieurs Etats du Golfe. Ceux-ci prévoient non seulement des livraisons d'armes, mais aussi une production conjointe et des échanges de savoir-faire.

Zelensky souligne par ailleurs que la force de son pays dépasse désormais largement le seul domaine des drones: l'expérience des soldats ukrainiens en matière de défense aérienne et leur expertise dans la guerre électronique sont également très recherchées.

Dans ce contexte, la controverse autour des déclarations de Papperger fait figure de véritable but contre son camp sur le plan de la communication. D'autant que le patron de Rheinmetall avait déjà eu recours à des formulations similaires l'année précédente, sans susciter alors de grandes réactions, rappelle le quotidien économique allemand Handelsblatt.

La virulence actuelle des critiques témoigne également de la sensibilité croissante du sujet: pour l'Ukraine, les drones ne sont pas seulement un symbole d'improvisation, mais un pilier central de sa survie militaire.

Une vision différente de l'industrie

Des voix plus mesurées se lèvent toutefois. L'ancien conseiller du gouvernement ukrainien Anton Gerachtchenko recommande ainsi:

«C'est un article important, qui mérite d'être lu en entier et non d'être cloué au pilori pour une seule déclaration»

Il existerait, selon lui, différentes visions de l'industrie de l'armement, et il faudrait pouvoir débattre de ces positions divergentes.

Face aux dégâts d'image provoqués, Rheinmetall a finalement pris position dimanche après-midi, après avoir dans un premier temps ignoré les demandes des médias. «Nous avons le plus grand respect pour les efforts extraordinaires du peuple ukrainien pour résister aux attaques russes», a écrit le groupe sur X, sans toutefois présenter d'excuses explicites pour les propos de Papperger.

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Un bâtiment en flammes après un bombardement russe, Kiev.
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Comment l'Ukraine a capturé des soldats avec des drones terrestres
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