Il n'aurait pas dû se moquer des «drones Lego» de l'Ukraine
Qu'est-ce qui a bien pu passer par la tête d'Armin Papperger? Depuis 48 heures, les réseaux sociaux ukrainiens s'embrasent. La raison: une déclaration de l'industriel allemand de l'armement dans le magazine américain The Atlantic.
Le patron du groupe d'armement allemand Rheinmetall a comparé la fabrication de drones en Ukraine au fait de «jouer avec des briques Lego» et a ouvertement remis en question la capacité du pays en guerre à produire une véritable innovation technologique.
Une avalanche de réactions
Il a même qualifié les producteurs ukrainiens de «femmes au foyer» qui assembleraient des pièces avec des imprimantes 3D dans leurs cuisines. «Ce n'est pas de l'innovation!», a lancé Papperger en établissant une comparaison avec les grands groupes d'armement mondiaux, tels que Lockheed Martin, General Dynamics ou sa propre entreprise.
I asked Europe's main producer of tanks and artillery what he thinks about the cheap drones wrecking all those tanks and artillery pieces in Ukraine.
— Simon Shuster (@shustry) March 27, 2026
"This is not innovation," he said of the Ukrainian weapons. "This is how to play with Legos."
An exclusive interview with Armin… pic.twitter.com/yhi4M9S5dp
Ce faisant, Papperger s'en prend précisément au pays avec lequel il a conclu plusieurs coopérations lucratives dans le domaine de l'armement, et dont la résistance victorieuse a fait s'envoler le cours de l'action Rheinmetall en Bourse en l'espace de quatre ans. Les réactions n'ont pas tardé.
Sous le hashtag #LEGODrones, une vive critique s'est organisée sur les réseaux sociaux. Des voix influentes, comme celle de l'ancien champion du monde d'échecs et opposant à Poutine Garry Kasparov, ont condamné les propos de Papperger.
Oleksandr Kamychine, conseiller du président Volodymyr Zelensky, s'est montré particulièrement cinglant sur X, répondant ainsi au sarcasme de Papperger par un bilan sobre et implacable:
Peu après, il a récidivé en soulignant le rôle central des femmes dans l'industrie de l'armement ukrainienne en rappelant que celles-ci travaillent sur un pied d'égalité dans les usines et méritent le respect, non le mépris.
Rheinmetall says our #LEGODrones are #MadeByHousewives in their kitchens. Fine. Meanwhile our #LEGODrones already burned more than 11 thousands of russian tanks. @RheinmetallAG
— Alexander Kamyshin (@AKamyshin) March 28, 2026
De fait, le développement de drones ukrainiens est considéré comme l'un des facteurs déterminants dans la résistance du pays face à la Russie. Depuis le début de l'invasion, l'Ukraine n'a cessé de concevoir et perfectionner des systèmes peu coûteux, souvent improvisés.
Avec des moyens relativement modestes, reposant fréquemment sur des composants disponibles dans le commerce, les forces ukrainiennes parviennent régulièrement à détruire du matériel militaire russe valant des millions.
Des accords avec les Etats du Golfe
Tandis que Papperger remet en cause la portée technologique de ces avancées, l'Ukraine continue d'élargir ses coopérations dans le domaine de la défense à l'échelle internationale. Le président Zelensky vient de conclure des accords de défense à long terme avec plusieurs Etats du Golfe. Ceux-ci prévoient non seulement des livraisons d'armes, mais aussi une production conjointe et des échanges de savoir-faire.
Zelensky souligne par ailleurs que la force de son pays dépasse désormais largement le seul domaine des drones: l'expérience des soldats ukrainiens en matière de défense aérienne et leur expertise dans la guerre électronique sont également très recherchées.
We have reached an important Arrangement between the Ministry of Defense of Ukraine and the Ministry of Defense of the Kingdom of Saudi Arabia on defense cooperation. The document was signed ahead of our meeting with the Crown Prince of Saudi Arabia, Mohammed bin Salman Al Saud.… pic.twitter.com/j3aXzLXSNr
— Volodymyr Zelenskyy / Володимир Зеленський (@ZelenskyyUa) March 27, 2026
Dans ce contexte, la controverse autour des déclarations de Papperger fait figure de véritable but contre son camp sur le plan de la communication. D'autant que le patron de Rheinmetall avait déjà eu recours à des formulations similaires l'année précédente, sans susciter alors de grandes réactions, rappelle le quotidien économique allemand Handelsblatt.
La virulence actuelle des critiques témoigne également de la sensibilité croissante du sujet: pour l'Ukraine, les drones ne sont pas seulement un symbole d'improvisation, mais un pilier central de sa survie militaire.
Une vision différente de l'industrie
Des voix plus mesurées se lèvent toutefois. L'ancien conseiller du gouvernement ukrainien Anton Gerachtchenko recommande ainsi:
Il existerait, selon lui, différentes visions de l'industrie de l'armement, et il faudrait pouvoir débattre de ces positions divergentes.
Face aux dégâts d'image provoqués, Rheinmetall a finalement pris position dimanche après-midi, après avoir dans un premier temps ignoré les demandes des médias. «Nous avons le plus grand respect pour les efforts extraordinaires du peuple ukrainien pour résister aux attaques russes», a écrit le groupe sur X, sans toutefois présenter d'excuses explicites pour les propos de Papperger.
We have the utmost respect for the Ukrainian people’s immense efforts in defending themselves against the Russian attack - now for more than four years. Every single woman and man in 🇺🇦 is making an immeasurable contribution. It is to Ukraine’s particular credit that it is…
— Rheinmetall (@RheinmetallAG) March 29, 2026
