Voici qui sort victorieux de la rencontre entre Trump et Xi
Parfois, le lieu dit l'essentiel. Au deuxième jour de sa visite à Pékin, Donald Trump fut admis derrière les murs du mythique quartier gouvernemental de Zhongnanhai. Le président américain était visiblement impressionné par la composition soignée des jardins et par des arbres dont certains comptent plus de mille ans.
C'est alors que Trump, au cœur du centre du pouvoir chinois, s'adressa à Xi Jinping d'un ton lourd de sens:
Deux rapports, deux réalités
Les Chinois ont manifestement percé le code Trump. La mise en scène du sommet dans la capitale chinoise était habilement conçue pour flatter l'ego du visiteur venu de Washington: il fut notamment accueilli à l'aéroport avec fracas et fanfares, acclamé par des enfants agitant des drapeaux devant la Grande Salle du Peuple.
Visuellement, la visite de Trump à Pékin était fastueuse et chaleureuse. Sur le fond, en revanche, une seule des deux parties peut vraisemblablement se targuer d'un succès.
Quiconque a eu accès aux premiers résultats écrits des discussions a eu l'impression de lire deux récits fondamentalement différents. Selon la partie américaine, les échanges avec les Chinois auraient porté sur l'endiguement des précurseurs du fentanyl; sur le fait que la Chine achèterait à l'avenir davantage de produits agricoles américains; qu'elle soutient l'ouverture du détroit d'Ormuz et s'oppose à une bombe atomique iranienne. La déclaration chinoise, elle, n'incluait pas un seul de ces points.
Des tonalités plus amicales sur le plan économique
Pékin a au contraire placé la question de Taiwan au cœur de ses exigences. George Chen, spécialiste de la Chine auprès du cabinet de conseil The Asia Group (TAG), indique:
Sur le plan économique, Xi Jinping a en revanche adopté un ton nettement plus chaleureux. Le message était que les entreprises chinoises ont besoin d'ouverture et de fiabilité. Et même si cela n'a pas encore été confirmé, les deux parties devraient se faire des concessions mutuelles: Washington aurait ainsi accordé des autorisations d'exportation à dix des principales entreprises technologiques chinoises, leur permettant d'acheter les puces H200 de pointe au géant américain Nvidia.
La Chine s'est, selon Trump, engagée à acheter 200 avions Boeing et à augmenter ses importations de produits agricoles américains. Fait notable, l'action Boeing a chuté de 4% après l'annonce. Le marché s'attendait à un volume d'échanges nettement plus important.
Trump n'en vendra pas moins ses «deals» à l'opinion publique nationale comme un succès. Mais à y regarder froidement, les résultats semblent peu ambitieux du point de vue américain. Manifestement, Washington ne pouvait pas obtenir davantage. Rush Doshi, politologue à l'université de Georgetown, a expliqué à la radio américaine NPR:
Une ligne plus offensive pour la Chine
Le tournant dans les relations s'est produit il y a tout juste un an: lorsque Trump a annoncé de nouveaux droits de douane punitifs sur les produits chinois, Xi a répliqué par des contrôles à l'exportation sur les terres rares. La panique que cette mesure avait semée au sein des entreprises américaines a contraint le président américain à céder.
Depuis lors, Pékin répond à chaque escalade envisagée par le président américain par des contre-mesures au moins aussi sévères. La République populaire est parvenue à ce que peu d'Etats avaient réussi avant elle: maintenir son accès au marché américain grâce à sa puissance économique.
Donald Trump dispose bien sûr lui aussi d'atouts solides dans son jeu, et le système du dollar lui offre même l'arme financière ultime. Mais, en définitive, ce qui compte, c'est quel chef d'Etat est prêt à imposer les plus grands sacrifices à son peuple. Et sur ce point, Xi Jinping estime son système avantagé: tandis que les consommateurs américains montent aux barricades dès que les prix de l'essence ou des œufs grimpent et peuvent exprimer leur mécontentement dans les urnes, Xi Jinping dispose d'un appareil de surveillance complet, d'un contrôle absolu sur les médias traditionnels et d'une puissante police de sécurité.
De plus, il prépare sa population depuis des années à une lutte historique pour laquelle il faut être prêt à se serrer la ceinture.
Après Trump, c'est au tour de Poutine
Si Pékin s'accommode mieux de Trump 2.0 que de sa première présidence, la raison en est simple: presque tous les proches collaborateurs de Trump au sein du gouvernement sont des partisans d'une ligne dure envers la Chine, mais ils n'ont désormais pratiquement plus voix au chapitre. Donald Trump fixe lui-même l'orientation de la politique étrangère, et, en tant que négociateur transactionnel, il n'est pas entravé par des œillères idéologiques. Bien au contraire, il nourrit une certaine fascination fondamentale pour le pouvoir autoritaire.
«Un bel endroit. Je pourrais facilement m'y habituer», a dit le président américain vendredi matin, alors que Xi Jinping le guidait à travers les jardins de Zhongnanhai. Vladimir Poutine pourrait bientôt marcher dans ses pas: selon le South China Morning Post de Hongkong, le président russe devrait également se rendre à Pékin le 20 mai pour un sommet.
