Comment l'Ukraine a étendu la «zone de mort»
Dans l’ombre de la guerre de Donald Trump contre l’Iran, l'Ukraine a répondu à l’assouplissement des sanctions pétrolières américaines contre la Russie par une offensive aérienne sans précédent sur des installations pétrolières d’Oust-Louga et de Primorsk, dans la région de Saint-Pétersbourg, à 1000 kilomètres de sa propre frontière.
Ces attaques s’inscrivent dans une stratégie plus large. Comme le rapporte l’agence Reuters, environ 40% de la capacité d’exportation de pétrole russe est désormais hors-service. La deuxième plus grande raffinerie du pays, Kirichi, au sud-est de Saint-Pétersbourg, a aussi été durement touchée.
Une source de revenus centrale
Il s’agirait de «la perturbation la plus grave de l’approvisionnement pétrolier dans l’histoire moderne de la Russie», selon Reuters. Comme les exportations d’énergie constituent une source de revenus centrale pour Moscou, le budget de l’Etat russe est ainsi durement frappé et, avec lui, le financement de la guerre.
40% of russian 🇷🇺 oil exports are currently stopped after Ukraine 🇺🇦 attacked the Primorsk, Ust-Luga and Novorossiisk crude oil ports.
— Clément Molin (@clement_molin) March 25, 2026
At the same time, the Druzhba pipeline remains closed and multiple refineries have been hit. This is a big blow to Russia.
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Parallèlement, les indices d’un basculement notable dans le cours global du conflit se multiplient. Alors que la Russie continue officiellement de s’en tenir à une vaste offensive de printemps et d’été, l’Ukraine reprend progressivement l’initiative, sur le plan militaire, technologique et stratégique.
1. La guerre des drones déplace le front
Le correspondant militaire Stefan Korschak décrit, dans une tribune publiée par le Kyiv Post, comment l’Ukraine, grâce à son industrie innovante de drones, aurait instauré une nouvelle dimension dans cette guerre.
Les drones intercepteurs ont permis de trouver un contre-moyen efficace face aux vagues d’attaques aériennes russes de type Shahed et Geran. Lors d’une audition au Sénat, le lieutenant-général américain Steven Whitney a récemment qualifié la défense aérienne ukrainienne de meilleure au monde:
Des drones ukrainiens de longue portée frappent des objectifs stratégiques loin dans le territoire russe, comme le prouvent les attaques contre l’industrie pétrolière.
Grâce à l’emploi massif de drones kamikazes continuellement perfectionnés, l’Ukraine est parvenue à compenser dans une certaine mesure ses lacunes en effectifs et à contrer efficacement les attaques terrestres russes. La «zone de mort» s’étendrait désormais à plus de 100 kilomètres derrière le front. Les mouvements de troupes russes seraient repérés tôt et «de plus en plus stoppés par des drones, de l’artillerie et des mines», selon Stefan Korschak.
NEW: A prominent Russian milblogger issued a lengthy critique of the Russian military’s inability to achieve victory in Ukraine and called for serious force generation and defense industrial reforms.
— Institute for the Study of War (@TheStudyofWar) March 26, 2026
More Key Takeaways:
Russian President Vladimir Putin’s continued insistence… pic.twitter.com/BFReczBI81
Cette supériorité technologique contraint la Russie à s’adapter. D’après l’Institute for the Study of War (ISW), des contre-attaques ukrainiennes réussies ainsi que des frappes précises contre la logistique et les infrastructures suscitent des critiques croissantes jusque dans les cercles militaires russes. Dans le même temps, il deviendrait plus difficile pour Moscou de préparer une offensive coordonnée.
2. La Russie perd son élan
C’est pourquoi une tendance nette apparaît dans la guerre au sol. L’expert allemand Erhard Bühler décrit, dans son podcast «Was tun, Herr General?», la dégradation marquée de la situation russe: l’Ukraine serait parvenue à «priver l’attaque russe de son élan sur presque tous les secteurs du front».
Les forces armées ukrainiennes n’auraient pas seulement stoppé les avancées russes, mais, par des contre-attaques ciblées et des frappes sur le ravitaillement et les communications, elles auraient sapé les conditions nécessaires à une offensive.
La Russie aurait ainsi été contrainte d’engager des réserves plus tôt que prévu et de redéployer des forces qui ne sont désormais plus disponibles, ou seulement avec du retard, pour sa propre offensive d’été. Le général à la retraite l'affirme:
L’analyse d'Erhard Bühler, considéré comme l’un des plus prudents parmi les experts militaires germanophones, est corroborée par d’autres évaluations de la situation.
3. Des problèmes structurels côté russe
S’y ajoutent des difficultés structurelles croissantes. Selon l’ISW, même des blogueurs militaires proches du Kremlin critiquent de plus en plus l’incapacité de l’armée russe à se réformer.
Parallèlement, la réduction de la durée de formation des nouvelles recrues de quatre semaines auparavant à parfois une seule semaine, indique des problèmes aigus de personnel, selon Erhard Bühler:
A l’intérieur du pays, les voix critiques se multiplient et la pression augmente. Un sondage de l’Institut Levada montre que 67% des Russes interrogés se prononcent en faveur de l’ouverture de négociations de paix. Un niveau inédit, malgré un soutien toujours élevé à la guerre contre l’Ukraine en tant que telle (72%).
4. L’Ukraine mise sur l’adaptation et la réforme
Tous ces facteurs ne constituent pas encore un renversement fondamental en faveur de l’Ukraine, car elle est aussi sous pression, notamment en raison de problèmes de financement et du manque de réserves de personnel.
Le nouveau ministre de la Défense Mykhaïlo Fedorov a annoncé, après des discussions avec des soldats au front, des «changements centraux» dans la mobilisation et la conduite des troupes, comme le rapporte le Kyiv Independent. L’objectif est de corriger de manière systématique des problèmes tels que des durées de déploiement trop longues, un manque de rotation et des déficits d’équipement.
Dans un long rapport de situation, Mykhaïlo Fedorov esquisse les priorités stratégiques des mois à venir. Au centre, une modernisation globale des forces armées: l’Ukraine veut encore accroître l’utilisation des drones, avec notamment des livraisons mensuelles garanties aux brigades.
De plus, la logistique et même une partie du ravitaillement doivent être remplacées de plus en plus par des systèmes sans pilote, afin de réduire les pertes. Mykhaïlo Fedorov formule un leitmotiv clair:
(btr/az)
