Cette «révolution» permet à l’Ukraine de frapper jusqu’à 90% plus vite
L’Ukraine a considérablement intensifié son utilisation d'images satellites commerciales directement sur le front. Des clichés à haute résolution parviennent désormais parfois en l’espace de quinze minutes sur les appareils utilisés par les soldats, rapporte le New York Times. Il y a encore un an, plusieurs jours pouvaient être nécessaires avant que pareilles images n’atteignent les unités déployées sur le front.
Cette évolution change avant tout l’utilisation des drones contre des cibles susceptibles de se déplacer rapidement. Grâce à des images satellites récentes, les unités ukrainiennes peuvent notamment repérer des logements de troupes, des dépôts de munitions, des centres logistiques ou des systèmes de défense antiaérienne.
Elles peuvent aussi planifier des trajectoires de vol et vérifier après une attaque si une cible a été touchée. Le commandant de régiment Mykola Kolesnyk a qualifié ces nouvelles capacités de reconnaissance d’«aide incroyablement précieuse», selon le New York Times.
Le Wall Street Journal avait déjà souligné en juin à quel point cette technologie pouvait accélérer les opérations. Lors d’essais, elle aurait permis de réduire jusqu’à 90% le délai entre la détection d’une cible russe et son attaque.
Une entreprise américaine joue un rôle central
Jusqu’à présent, en Ukraine, les données satellites étaient principalement réservées aux échelons supérieurs du commandement. Les images devaient passer par plusieurs intermédiaires avant de parvenir aux unités. Dans le cas de cibles mobiles, les informations pouvaient déjà être obsolètes lorsqu’elles arrivaient à destination.
Mais, maintenant, une partie de ce circuit est désormais supprimée. L’entreprise américaine Vantor joue un rôle central dans ce dispositif et exploite aujourd’hui dix satellites, indique le New York Times. Ceux-ci peuvent couvrir jusqu’à sept millions de kilomètres carrés par jour et photographier un même endroit jusqu’à quinze fois quotidiennement.
L’entreprise néerlandaise Bravo1Alpha a également développé un système permettant aux soldats de consulter ces données sur un appareil ressemblant à une console de jeux portable. Ils peuvent y rechercher des cibles, définir des trajectoires de vol et, dans certains cas, contrôler les armes embarquées par les drones.
Will Cocos, cadre chez Vantor, a expliqué au New York Times jusqu’où va désormais cet accès:
Les traces au sol révèlent des cibles
Les images sont particulièrement utiles là où les drones de reconnaissance classiques atteignent leurs limites. Ceux-ci courent davantage le risque d’être abattus ou perturbés électroniquement. Ils ne couvrent en outre qu’une zone limitée à la fois.
Les satellites permettent, à l’inverse, d’effectuer des comparaisons sur de plus longues périodes. Les soldats peuvent par exemple repérer de nouvelles traces de véhicules ou des arbres abattus, autant d’indices susceptibles de révéler où la Russie dissimule du matériel militaire.
Lors d’une opération, une unité ukrainienne a ainsi repéré des changements autour de bâtiments qui servaient encore d’entrepôts de céréales avant le début de la guerre d’agression russe. Selon le Wall Street Journal, des traces de pneus récentes laissaient penser que des munitions y avaient été livrées. La 422e brigade ukrainienne a ensuite attaqué le site à l’aide de drones.
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La technologie a également déjà été employée dans le sud de l’Ukraine. En juin, des soldats du 422e régiment de systèmes sans pilote ont utilisé des images satellites pour attaquer plusieurs installations russes servant à brouiller les signaux Starlink dans la région occupée de Zaporijjia. Selon le New York Times, le régiment a également participé à des attaques contre des systèmes russes de défense antiaérienne dans la péninsule occupée de Crimée.
En Ukraine, les troupes dissimulent leur matériel
Cette course technologique transforme également l’apparence du front. Les grands regroupements de véhicules ou de soldats se font plus rares en raison de la menace permanente des drones. Le matériel militaire est de plus en plus souvent dissimulé. Le commandant Kolesnyk l'a lui-même constaté:
Robert Tollast, expert militaire au Royal United Services Institute de Londres, a estimé dans le New York Times que cette évolution avait une portée considérable. «Dans l’ensemble, cela ressemble à une révolution dans les technologies militaires», a-t-il déclaré.
Le système ne fonctionne toutefois pas sans mécanismes de contrôle. Selon le quotidien américain, les soldats ukrainiens doivent toujours obtenir l’autorisation de commandants de rang supérieur avant de pouvoir attaquer des cibles. L’armée ukrainienne entend ainsi éviter que des unités inexpérimentées n’agissent sur la base d’informations erronées ou mal interprétées.
Enfin, des limites techniques subsistent également. Une épaisse couverture nuageuse peut gêner les prises de vue satellites et, contrairement à un drone, un satellite ne peut pas suivre en permanence une cible en mouvement. La différence décisive tient donc avant tout à la rapidité de transmission des informations, qui peuvent parvenir aux soldats ukrainiens en quelques minutes. (trad. hun)

