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Les célébrités se ruent sur l'Ukraine pour «se montrer du bon côté de l'histoire»

L'actrice Angelina Jolie visite un hôpital à Lviv.
L'actrice Angelina Jolie visite un hôpital à Lviv.Image: sda
Il ne se passe pratiquement pas un jour sans qu'une personnalité publique ne se rende en Ukraine. Si les Occidentaux y cherchent une crédibilité, cette attention est loin de déplaire aux Ukrainiens, analysent deux expertes.
12.05.2022, 18:2112.05.2022, 20:22
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L'expression «visite surprise de... en Ukraine» est désormais devenue courante. Dernier exemple en date: la ministre des affaires étrangères allemande Annalena Baerbock s'est rendue à Kiev et à Boutcha ce mardi. La veille, c'était le tour du premier ministre canadien Justin Trudeau. Le même jour, le président du Conseil européen Charles Michel était à Odessa, alors que dimanche, Bono se produisait dans le métro de Kiev et la first lady Jill Biden rencontrait furtivement son homologue Olena Zelenska près de la frontière slovaque.

Ce n'est qu'un petit aperçu de l'intense va-et-vient des personnalités publiques en Ukraine. Dirigeants politiques et célébrités du show-biz de toute sorte se ruent vers le pays et ce, depuis les premiers jours du conflit: l'acteur Sean Penn a participé à la première conférence de presse tenue par le président Volodymyr Zelensky après l'invasion. L'Ukraine est-elle devenue la nouvelle place to be?

Entreprises par des personnalités très différentes, ces visites répondent à plusieurs logiques, selon deux expertes interrogées par watson. «Avant tout, ces voyages sont une manière d’exprimer la solidarité avec le président Zelensky et le peuple ukrainien», explique Tatiana Kastouéva-Jean, chercheuse et directrice du Centre Russie/NEI de l'Ifri, en France.

«C'est un geste politique fort», confirme Isabell Burmester, assistante doctorante au Global Studies Institute de l'Université de Genève. Surtout au vu de la position délicate de certains pays membres de l'Otan:

«Pour les leaders occidentaux, se rendre en Ukraine est l'un des seuls moyens de signaler leur soutien sans s'impliquer directement dans le conflit»
Isabell Burmester

Culpabilité et crédibilité

D'autant plus qu'«il y a une forte conviction parmi les décideurs politiques que cette guerre ne concerne pas seulement les relations russo-ukrainiennes, mais aussi l’Europe, l’Occident et ses valeurs», poursuit la chercheuse. «Et cela se reflète également dans le discours ukrainien».

La présidente du Conseil national, Irène Kälin, entourée de militaires lors de sa visite controversée en Ukraine.
La présidente du Conseil national, Irène Kälin, entourée de militaires lors de sa visite controversée en Ukraine.Image: sda

Le président Zelensky recourt notamment à la technique du «name dropping», qui consiste à écrire sur les réseaux sociaux «j'ai parlé avec tel ou tel politique occidental», expliquait dans nos colonnes le chercheur français Alexandre Eyries. Cela permet de montrer que le pays n'est pas seul face à la Russie. Ce faisant, Kiev a su inclure le monde occidental dans la guerre en cours. Par conséquent, «les pays de l'Ouest se sentent presque coupables de ne pas participer», complète Isabell Burmester.

Autre avantage de la narration ukrainienne: mobiliser la population occidentale. «La stratégie de communication du président Zelensky est très efficace», explique Tatiana Kastouéva-Jean. «Elle y est pour beaucoup si les opinions publiques dans les pays occidentaux sont majoritairement acquises à la cause ukrainienne», ajoute cette spécialisée de la politique intérieure et extérieure russe et de l'Ukraine.

Et si les citoyens occidentaux sont acquis à la cause ukrainienne, cela n'est pas sans conséquence pour leurs dirigeants: «La population a des attentes vis-à-vis de la classe politique, elle lui demande d'aider les Ukrainiens et, ce faisant, lui met la pression», explique Isabell Burmester.

De ce point de vue, les visites des politiciens en Ukraine cachent «une motivation personnelle et politique», détaille Tatiana Kastouéva-Jean: «voir de leurs propres yeux les évènements historiques pour en parler à leur opinion publique ayant plus de crédibilité».

Etre sur place signifie donc «se montrer du "bon côté de l’histoire"», selon la chercheuse. Mais pas uniquement:

«Cela demande aussi du courage personnel, les villes comme Kiev ou Odessa ayant été bombardées lors du séjour des personnalités de rang internationale»
Tatiana Kastouéva-Jean
La ministre des affaires étrangères allemande Annalena Baerbock s'est rendue à Kiev et à Boutcha ce mardi.
La ministre des affaires étrangères allemande Annalena Baerbock s'est rendue à Kiev et à Boutcha ce mardi.Image: sda

Garder l'attention internationale

Et l'Ukraine, dans tout ça? La visite d'une personnalité publique demande un gros effort d'organisation, d'autant plus s'il s'agit d'un politicien. Des ressources dont un pays en guerre ne dispose pas forcément.

Une chose est pourtant sûre, selon Isabell Burmester: les bénéfices dépassent les coûts. La visite d'une personnalité n'apporte pas uniquement du soutien politique, mais aussi une denrée tout aussi importante: l'attention internationale. Isabell Burmester:

«L'attention des pays qui ne sont pas limitrophes de l'Ukraine est en train de diminuer. C'est un phénomène normal qu'on a déjà observé lors d'autres conflits qui s'enlisent. Pour cette raison, c'est très important pour Kiev de garder l'attention internationale sur la guerre. Inviter des dirigeants étrangers permet de le faire, de figurer toujours dans l'actualité et les médias internationaux.»
Isabell Burmester

Tatiana Kastouéva-Jean est du même avis, ces visites engendrent de l'attention. «Les leaders d’opinion font la promotion de la cause ukrainienne dans différents milieux décisionnels et auprès de l’opinion publique», résume-t-elle.

«Tous ces réseaux qui communiquent créent jour après jour une atmosphère propice à des actes de soutien et d’engagement de plus en plus marqués en faveur de l’Ukraine», conclut la chercheuse. A en juger les livraisons d'armes occidentales, de plus en plus généreuses, on peut dire que cette stratégie porte ses fruits.

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