Chantage à la sextape dans le Doubs, le prévenu se dit dépassé
Décrit en prédateur par l'accusation, un jeune bûcheron, accusé d'avoir fait chanter avec des vidéos intimes des dizaines de jeunes hommes, dont certains ont été violés, a évoqué ses difficultés à assumer son homosexualité pour tenter d'expliquer ses actes, vendredi devant la cour criminelle du Doubs.
A l'époque, le jeune homme prenait conscience de son attirance pour les garçons, mais «assumer d'être homosexuel, c'était impossible dans ma famille», a expliqué le prévenu, 25 ans, au cinquième jour de son procès, qui doit durer trois semaines.
Carrure trapue, torse épais et tatouage de sanglier sur le bras, le jeune homme a admis avoir créé sur les réseaux sociaux, en 2017, le profil d'Aurélie, une jolie bûcheronne blonde. Il explique:
Ensuite, «j'ai été dépassé par la situation», a-t-il poursuivi.
Comme son grand-père et son père avant lui, le jeune homme est «bûcheron, raciste et homophobe», mais lui a fini par faire son coming out, observe son avocat Jules Briquet. Certes, mais «il n'y a pas de lien entre ne pas assumer son homosexualité et violer des gens», tance l'avocat général Jérémy Lhadi.
Le jeune homme est accusé de viols, d'agressions sexuelles ou encore d'atteintes à la vie privée sur 43 personnes âgées de 13 à 19 ans, principalement des garçons, dans le nord du département du Doubs entre 2018 et 2023. Six d'entre elles ont dénoncé des viols. Le prévenu, qui reconnait l'ensemble des faits qui lui sont reprochés, encourt 20 ans de réclusion.
Dissimulé derrière le profil d'Aurélie, il entrait en contact avec des jeunes hommes de son entourage. Au fil des conversations, il obtenait d'eux des photos intimes. «Aurélie» les contraignait à avoir des relations sexuelles avec le prévenu, qu'elle disait également victime de son chantage, en menaçant notamment de diffuser leurs images.
«Postures dégradantes»
«Vous avez pris du plaisir à contraindre ces garçons»?, l'interroge le magistrat. L'air vaguement gêné, le jeune homme, qui dit ne pas se reconnaître dans le mot «prédateur», pince les lèvres et regarde le sol sans répondre.
La présidente, Delphine Thibierge, souligne les «termes crus et humiliants» des messages adressés à ses victimes, abusées pour certaines pendant près de deux ans, et les «postures dégradantes» qu'il imposait parfois à de jeunes hommes «attachés avec un collier, une chaîne». Elle remarque:
«J'ai pris conscience avec la procédure que c'était allé un peu loin. J'ai mal réagi, j'étais trop dans le personnage d'Aurélie», s'est défendu l'accusé au visage encore poupon, encadré d'une barbe châtain.
Il dit s'être «rendu compte» de la gravité des ses agissements après son arrestation.
Parmi les victimes, beaucoup sont «anéanties» et tenaillées par la «honte», et très peu se sont constituées parties civiles, avait pointé l'accusation avant l'ouverture du procès. (tib/ats)
