Israël préparerait une opération radicale pour en finir avec le Hezbollah
Sous les chaussures de Hagar Kfir, le verre crisse. Au milieu du salon de sa grand-mère, dans le village de Haniel, au centre d'Israël, un fauteuil isolé se dresse entre des cadres de fenêtres que la violence de l'explosion a projetés à travers la pièce.
Une roquette du Hezbollah libanais a frappé la maison dans la nuit de mercredi à jeudi, lors des attaques les plus violentes depuis que le groupe armé a rejoint le conflit, dix jours auparavant.
👉 Notre suivi en direct de la situation au Moyen-Orient, c'est par ici
Des frappes d'une rare intensité
Hagar Kfir, jeune femme de 33 ans, qui habite à environ 150 mètres de là, témoigne:
Elle dit s'être précipitée peu après vers la maison de sa grand-mère, où seul le petit abri anti-aérien est resté intact. La femme de 86 ans et son aide-soignante en sont sorties indemnes.
Trois salves de roquettes et de drones en provenance d'Iran et du Hezbollah ont déclenché des alertes aériennes dans de larges pans du territoire israélien cette nuit-là. Les Gardiens de la révolution iraniens avaient, selon leurs propres déclarations, coordonné ces attaques pour la première fois avec la milice libanaise.
Selon l'armée israélienne, le Hezbollah a tiré plus de 200 roquettes et 20 drones sur le territoire israélien. La majorité a été interceptée; deux personnes ont toutefois été légèrement blessées.
Peu après, les frappes aériennes israéliennes les plus intenses depuis le début de la guerre ont touché les banlieues sud de Beyrouth. Des vidéos montraient des rues envahies par la fumée, des immeubles effondrés et des incendies.
Lors d'une frappe sur une promenade côtière de Beyrouth, où depuis plusieurs jours de nombreuses familles déplacées du Sud dormaient à la belle étoile, au moins sept personnes ont péri, selon le ministère libanais de la Santé.
Toujours en mesure de mener des attaques
Malgré les frappes israéliennes menées depuis deux ans et demi, le Hezbollah est encore capable de mener des attaques coordonnées contre Israël, bien que la majeure partie de sa direction ait été éliminée. Dans les milieux de la défense israélienne, on estimerait, selon des informations récentes, qu'environ 80% de l'arsenal du Hezbollah a été détruit. L'organisation chiite disposerait toutefois encore de 20 000 roquettes et de 2000 drones.
Heiko Wimmen, chef de projet pour la Syrie, l'Irak et le Liban au sein de l'International Crisis Group à Beyrouth, indique:
Le gouvernement libanais a certes réclamé la fin des attaques contre Israël, mais il redoute une confrontation directe. Le Liban a derrière lui une longue et douloureuse histoire de divisions religieuses et de violences.
Une prise de position risquée
Sur le plan politique, il s'agit d'un jeu dangereux pour la milice pro-iranienne. Quelque 800 000 personnes ont été déplacées au Liban depuis le début de la guerre, et plus de 600 ont été tuées.
Face à des Libanais lassés par la guerre, le Hezbollah s'est déjà attiré beaucoup de ressentiment en participant à l'attaque du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023 et aux représailles israéliennes qui ont suivi dans tout le pays, mais il a longtemps pu compter sur le soutien de la minorité chiite. Heiko Wimmen expose:
Vers une possible offensive terrestre
La direction du Hezbollah ne laisse cependant apparaître aucun changement de stratégie, notamment parce qu'elle se sent elle-même menacée par la guerre que les Etats-Unis et Israël mènent contre le régime iranien, souligne notre expert:
La direction israélienne, elle aussi, est confrontée à un dilemme. Bien que l'armée de l'air ait parfois frappé quotidiennement des cibles au Liban, y compris durant le cessez-le-feu en vigueur depuis novembre 2024, deux ans et demi de rigueur militaire n'ont pas suffi à vaincre totalement le Hezbollah sur le terrain.
Des soldats israéliens opèrent désormais dans la partie du Liban déclarée zone d'exclusion, au sud du fleuve Litani. Des observateurs voient dans le déploiement d'une brigade supplémentaire depuis la bande de Gaza vers le nord le signe d'une prochaine grande offensive terrestre.
La question reste ouverte de savoir ce qu'Israël entend accomplir par une telle opération. Une nouvelle occupation militaire durable, à l'image de celle menée entre 1982 et 2000, est jugée peu probable par les experts israéliens. Heiko Wimmen suppose:
