ciel couvert
DE | FR
5
Société
Chirurgie

BBL: Le danger de la chirurgie des fesses prisée des Suissesses

Explosion des chirurgies des fesses en Suisse: les femmes «risquent leur peau»

En 2021, davantage de Suissesses ont opté pour le lifting brésilien des fesses (BBL), la chirurgie esthétique qui connait la croissance la plus rapide du monde. Pourtant, cette dernière est aussi celle ayant provoqué le plus de décès. Des chirurgiens romands démystifient la tendance.
14.11.2022, 05:5324.11.2022, 16:41
Suivez-moi

Taille fine, hanches larges, volume du fessier accentué: voici le trio gagnant du galbe féminin le plus en vogue du moment. Sur les réseaux sociaux, on ne compte plus le nombre d'internautes qui ne jurent que par cette silhouette. Alors, pour celles n'ayant pas reçu de mère nature le fameux corps de callipyge, la solution est toute faite et se trouve derrière trois lettres: «BBL».

L'acronyme de «Brazilian butt lift» (pour «lifting brésilien des fesses») a été popularisé par les influenceurs américains, eux-mêmes galvanisés par une tendance culturelle née en Amérique latine et en Afrique. En dix ans, des émissions de téléréalités suivant des people comme Kim Kardashian jusque dans leur consultation chez le médecin ont démocratisé les interventions chirurgicales autrefois taboues.

BBL: le danger de la chirurgie des fesses prisée des Suissesses
L’influenceuse genevoise Astrid Nelsia n’hésite pas, sur les réseaux sociaux, à dévoiler comment elle augmente régulièrement ses fesses.Capture d’écran Instagram du 20 avril 2022

Désormais revendiqué par les nouveaux gourous du bon goût comme l’influenceuse suisse Astrid Nelsia, le lifting brésilien des fesses est devenu, entre 2015 et 2019, l'intervention affichant la plus forte croissance au monde (+77,6%) parmi les procédures chirurgicales disponibles. Alors que les Suissesses se révèlent de plus en plus friandes de la tendance, plusieurs médecins romands, travaillant tant dans le public que le privé, tirent la sonnette d’alarme: aussi célèbre que soit devenu le BBL, ce dernier inquiète sérieusement. Il s'agit de l'une des opérations de chirurgie esthétique les plus mortelles qui existent.

Gonfler ses fesses en quatre façons

Mais comment obtient-on un lifting brésilien? La patiente qui vise à augmenter la taille de ses fesses par cette voie est soumise à deux étapes: dans un premier temps, le chirurgien réalise une liposuccion, au niveau de ses poignées d’amour ou de son ventre, afin d’amincir sa silhouette. La graisse retirée est, par la suite, purifiée avant d'être réinjectée dans le corps de cette dernière, au niveau des fesses, par lipofilling. «C'est ce qu'on appelle une autogreffe», nous éclaire la docteure Alice Thürlimann, cheffe de clinique en chirurgie plastique, reconstructive et esthétique aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG).

Dans le cas où il n'y aurait pas assez de graisse disponible, l'experte des HUG liste d'autres procédés chirurgicaux afin d'y parvenir:

  • A commencer par celui qui use d'acide hyaluronique. Seul bémol: la substance naturellement présente dans le corps se résorbe dans les neuf à douze mois. La patiente insatisfaite est alors amenée à retourner sur le billard, à plusieurs reprises, parfois dû à des réactions granulaires, augmentant ainsi le risque de complications, mais aussi les coûts qui dépassent, de loin, son budget initial.
  • Il y a aussi celui utilisant des implants. Ils permettent de maintenir le volume des fesses et donc, par la suite, le résultat escompté. Problème: cet élément est un corps étranger. Son intégration à l'intérieur de la patiente augmente de manière significative les risques de déhiscence et donc d'infection sévère.
  • Une autre technique peut finalement faire appel au silicone liquide ou autres injectables permanents et semi-permanents. Mais en Suisse, la question de passer par cette voie ne se pose même pas: «Elle est fortement déconseillée», alerte la docteure Thürlimann.

Elle souhaitait se gonfler les lèvres… Elles ont triplé de volume

Vidéo: watson

Boost de confiance

Quelle que soit la technique d'augmentation des fesses choisie, en Suisse, seules les cliniques privées peuvent entrer en matière. Concernant le BBL, soit l'augmentation des fesses par autogreffe, le docteur Yann Favre en réalise plus de deux par semaine, en moyenne. D'ailleurs, ce praticien qui a fondé La Clinique Bellefontaine dans laquelle il opère, à Lausanne, a constaté une demande en forte hausse au cours de l’année 2021, dans son cabinet. Rien d'étonnant du moins pour le spécialiste vaudois qui avoue que le lifting brésilien des fesses est son «intervention préférée»:

«C’est l’opération chirurgicale qui transforme le plus la femme et qui lui donne un boost de confiance inégalable»
Le docteur Yann Favre, chirurgien plastique, reconstructive et esthétique et fondateur de la clinique Bellefontaine, à Lausannewatson

A Genève, on loue le même bienfait à la chirurgie du BBL. Depuis une trentaine d'années, les docteurs Marc Abécassis et Bachir Athmani promulguent ce type d'intervention, au sein de la clinique La Croix d'Or. Tous deux insistent cependant sur un point: ces derniers n'interviennent que s'ils perçoivent une «réelle gêne psychique» dans le discours des personnes qui se présentent à eux. Ils signalent avec fermeté:

«Si leur unique motivation et de ressembler à quelqu’un d’autre, nous n’hésitons pas à refuser l’opération»
Les docteurs Marc Abécassis et Bachir Athmani, chirurgiens esthétiques de la clinique La Croix d'Or, à Genèvewatson
En 2018, l'influenceuse suisse Astrid Nelsia a publié son corps avant et après une intervention chirurgicale lui augmentant les fesses. La femme de 27 ans a indiqué en vouloir «toujours plus».
En 2018, l'influenceuse suisse Astrid Nelsia a publié son corps avant et après une intervention chirurgicale lui augmentant les fesses. La femme de 27 ans a indiqué en vouloir «toujours plus».capture d'écran instagram

Alors, en cas de motivations désespérées ou irréalistes, les experts suisses contactés s'accordent à aisément rejeter les demandes de ce type d'intervention. Des réserves qui poussent, de nombreuses Suissesses à faire le choix du voyage à l'étranger. Avec des conséquences qui se révèlent parfois néfastes.

Médecins étrangers «moins regardants»

Le docteur Athmani cite la Turquie comme le nouvel Eldorado des Helvètes voulant faire gonfler leur fessier. Un rêve qui, en Suisse, est souvent paralysé par des obstacles, certes éthiques, mais surtout financiers. Et ce tourisme médical n'est pas vu d'un bon œil du point de vue de plusieurs des experts. A commencer par la docteure Marie-Christine Gailloud-Matthieu, spécialiste lausannoise en chirurgie esthétique. Pour cette praticienne qui refuse de réaliser des BBL dans son cabinet privé, le procédé mis en place par de nombreuses cliniques étrangères est «dramatique»:

«La plupart des chirurgiens sont moins regardants que ceux pratiquant en Suisse. Rares sont, en effet, les discussions avant l’intervention. Et l'opération étant faite à l’étranger, il n’y a pas non plus de suivi post-opératoire qui puisse être promulgué. Dans ce type de clinique, le but est davantage d'augmenter les chiffres de l'entreprise et de proposer un maximum d'interventions auxquelles la patiente n'a, au départ, parfois même pas pensé.»
Docteure Marie-Christine Gailloud-Matthieu, spécialiste FMH en chirurgie esthétique, à Lausannewatson

C'est notamment pour éviter ce type de situation problématique que le docteur Stéphane de Buren a fondé Novacorpus, il y a plus de quinze ans. Cet organisme suisse aide des patients à se faire opérer à l’étranger dans des cliniques contrôlées et suivies. Mais pour le fondateur et directeur, ici, le problème n'est pas lié aux chirurgiens étrangers – selon lui, pas moins compétents que leurs confrères helvètes. C'est l'intervention du BBL en elle-même qui dérange. Depuis 2019, il a constaté, avec étonnement, une «augmentation énorme» de demandes liées au lifting brésilien hors du pays. Mais chez Novacorpus, les réponses sont sans équivoque:

«Nous les refusons toutes et recommandons à ces patientes de ne pas faire de BBL, car au vu des risques, ce n'est pas raisonnable»
Docteur Stéphane de Buren, fondateur et directeur de Novacorpuswatson

Chirurgie esthétique la plus mortelle

Les méthodes d'augmentation des fesses comme celles faisant appel à l'acide hyaluronique, les implants ou le silicone liquide ne sont pas les seules à comporter de hauts risques. Le BBL en présente tout autant. Alors que ce procédé est vendu par certains de ses pairs comme un boosteur de confiance en soi, le docteur de Buren rappelle que près de 30% des cellules meurent dans les semaines ou les mois qui suivent l’opération. «Ce qui résulte en un aspect fondu de la silhouette nécessitant, très souvent, une réintervention».

Dans les cas les plus graves, il en revient uniquement aux services publics d’agir, ajoute le docteur Thürlimann. Laquelle précise que, depuis deux ans, les HUG sont particulièrement sollicités dans les chirurgies réparatrices dues aux liftings brésiliens des fesses.

Ce résumé de l'émission «Complément d'enquête» pourrait vous intéresser

Mais avec le BBL, certains autres aléas plus spécifiques à cette intervention font davantage froid dans le dos. A tel point que, pour le docteur de Buren, le danger entourant cette dernière devrait aller au-delà de «la volonté de la subir». L'injection de la graisse «réalisée à l’aveugle le plus souvent entre la peau et le muscle des fesses» devient, en effet, un «véritable danger» si la graisse est malencontreusement injectée dans un vaisseau sanguin de la patiente.

Cette graisse peut alors rapidement se diriger vers les poumons ou le cerveau de cette dernière «et conduire à une embolie graisseuse, qui est potentiellement catastrophique car pouvant causer un accident vasculaire cérébral (AVC), ou, pire, la mort de la patiente», met en garde le spécialiste.

«Avec le BBL, il y a un risque accru de tout simplement y laisser sa peau. Quel que soit le complexe, je pense qu'opter pour cette voie est simplement trop dangereux»
Docteur Stéphane de Buren, fondateur et directeur de Novacorpuswatson

Ces mises en alerte, les docteures Thürlimann et Gailloud-Matthieu les soutiennent ardemment. Et même s'il pratique le BBL, le docteur Favre rappelle également que, jusqu'en 2017, cette opération des fesses était considérée comme la chirurgie esthétique la plus mortelle des Etats-Unis, avec un cas sur 3000 succombant au cours ou après l'intervention, explique-t-il en faisant référence à de nombreux articles journalistiques dont celui du Guardian.

Bien qu'en Suisse, aucun registre des décès liés au lifting brésilien des fesses n'est établi, nous affirme l'Office fédéral de la statistique (OFS), les morts provoquées par les BBL – et plus globalement les chirurgies esthétiques – demeurent rares dans le pays, arguent, la majorité des chirurgiens contactés.

La fin du «corps en 8»?

Toutefois, à cause des scandales médicaux survenus outre-Atlantique, peu sont les chirurgiens suisses à, depuis, oser s'aventurer dans les BBL. Même si des recommandations telles que l'interdiction d'injecter de la graisse dans le muscle des fesses et l'utilisation de canule rigide de quatre millimètres ont été mises en place afin d'amoindrir la dangerosité du lifting brésilien des fesses, pointe le docteur Favre.

A cet effet, des techniques ont aussi été nouvellement pensées. Le praticien lausannois affirme que l’EVL (pour «expansion», «vibration» et «lipofilling») se révèle être «l’unique procédé au monde augmentant le volume d’injection dans les fesses de 30%, sans exposer la patiente à des embolies graisseuses», et d'ajouter que sa clinique serait l'une des deux seules en Suisse à le proposer.

Alors, le combo «BBL+EVL» pour détenir le corps de Kim Kardashian est-il l'ambition des patientes se rendant dans son cabinet? Pas forcément, rétorque le docteur Favre:

«La plupart des Suissesses veulent seulement avoir une silhouette harmonisée. Pas ressembler à Kim Kardashian»
Docteur Yann Favre, chirurgien plastique à la clinique Bellefontainewatson

Mais le corps de Kim Kardashian, même la principale concernée n'en veut pas. Ou, du moins, plus. Depuis le mois de juillet 2022, la prêtresse du «corps en 8» a changé de fusil d'épaule. Sur son compte Instagram et sur les plateaux télévisés, elle n'a jamais semblé aussi mince, révélant au public étonné une poitrine – et surtout un fessier – amaigris. Une source s'étant entretenue avec The sun a rapidement déclaré qu'à 40 ans, la mère de quatre enfants avait cessé de réaliser des BBL. Serait-ce donc la fin des gros fessiers? Il se pourrait bien, présage la docteure Gailloud-Matthieu:

«Selon l’époque, l'idéal de beauté n'a pas été le même. La plupart des femmes ont d'abord voulu une grosse poitrine, ensuite une plus petite. Pendant une dizaine d'années, il y a eu un intérêt grandissant pour les fesses voluptueuses, et cela est déjà en train de changer.»
Docteure Marie-Christine Gailloud-Matthieu, spécialiste FMH en chirurgie esthétiquewatson
Kim Kardashian, le 14 octobre 2022
Kim Kardashian, le 14 octobre 2022capture d'écran instagram

Pour d'autres spécialistes comme le docteur de Buren néanmoins, ces tendances ne justifient pas le choix de toutes les femmes. Certaines recourent à une augmentation des fesses à cause d'une réelle souffrance personnelle, «penser le contraire est réducteur».

Des mèmes sur l'automne, parce que c'est joli, l'automne:

1 / 16
Des mèmes sur l'automne, parce que c'est joli, l'automne:
source: watson
partager sur Facebookpartager sur Twitterpartager par WhatsApp
5 Commentaires
Comme nous voulons continuer à modérer personnellement les débats de commentaires, nous sommes obligés de fermer la fonction de commentaire 72 heures après la publication d’un article. Merci de votre compréhension!
5
Se lisser les cheveux augmenterait le risque de cancer
Les femmes qui utilisent fréquemment des produits de lissage des cheveux multiplient par 2,5 leur risque de développer un cancer de l'utérus, selon une étude américaine publiée le 17 octobre dernier.

Utiliser des produits capillaires chimiques pour se lisser les cheveux accroît le risque de développer un cancer de l'utérus. Ce sont les conclusions d'une étude américaine menée sur plus de 30 000 femmes en six ans. Selon l'étude, les femmes noires qui ont recours plus fréquemment au lissage chimiques sont davantage touchées.

L’article