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Appel téléphonique frauduleux en Suisse au nom de la police

Technique d'escroquerie: un message vocal fait croire que l'appel provient de la police.
Technique d'escroquerie: un message vocal fait croire que l'appel provient de la police.Image: shutterstock

Des milliers de Suisses ont reçu cet appel téléphonique suspect

Depuis des semaines, une vague d'appels frauduleux via un mystérieux enregistrement au nom des autorités policières déferle sur la Suisse. Voici comment les criminels procèdent pour obtenir ce qu'ils veulent et, surtout, comment s'en protéger.
26.04.2024, 06:0226.04.2024, 09:14
Oliver Wietlisbach
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Les Suisses sont harcelés en masse par des appels téléphoniques de faux policiers. L'affaire dure depuis plusieurs mois. Au bout du fil, il n'y a en vérité pas d'être humain, mais une «machine». Ces dernières semaines, la dernière vague d'attaques a battu tous les records, rapporte l'Office fédéral de la cybersécurité.

Comment fonctionne l'arnaque?

Un numéro de portable s'affiche. Au premier abord, il s'agit bien d'un numéro suisse. Lorsque l'on décroche, on entend une voix d'ordinateur, généralement anglophone, qui prétend faire partie «de la police fédérale», «d'Interpol» ou «d'Europol». L'interlocuteur prétend par exemple que des données de compte bancaire personnel ont été volées ou que des activités frauduleuses ont été constatées sur la SwissID (identité numérique) ou la carte de crédit. C'est pourquoi un mandat d'arrêt est en cours contre vous et que l'on vous incite à parler d'urgence à la police.

Il existe diverses variantes de cette escroquerie. Elles circulaient déjà en 2022 dans les pays germanophones. Entre-temps, elle a pris de l'ampleur. Tous les scénarios ont en commun le fait qu'une voix générée par ordinateur vous invite à appuyer sur le chiffre «1» de votre téléphone pour obtenir des informations supplémentaires (vous trouverez ici un exemple sonore). On est alors mis en relation avec quelqu'un qui se fait passer pour un collaborateur des forces de l'ordre.

Quelle est l'intention des arnaqueurs?

Les faux agents des forces de l'ordre «tentent de soutirer des données sensibles, de l'argent et des objets de valeur à travers ces conversations. Ils ont notamment recours à des menaces d'emprisonnement», avertit la police cantonale zurichoise sur le site telefonbetrug.ch.

Les victimes sont invitées à transférer de l'argent via e-banking et à installer un logiciel de télémaintenance pour permettre à la «police» d'accéder à l'ordinateur ou au smartphone. A l'aide de ce programme, il est ensuite possible de contrôler à distance les appareils des victimes et, le cas échéant, d'accéder aux services bancaires en ligne.

Dans certains cas, les escrocs demandent d'acheter des cartes de valeur (par exemple d'Apple ou de Google) et de transmettre leurs codes de déverrouillage.

Combien de victimes?

Il y en a beaucoup. Selon le magazine des consommateurs Espresso de la radio SRF 1:

«Rien qu'au cours des dernières semaines, plus d'une douzaine de personnes ont été dépouillées de leur argent avec cette arnaque à l'enregistrement»

Depuis l'été 2023, l'Office fédéral de la cybersécurité (OFCS) reçoit de plus en plus d'appels au sujet de ces prétendues autorités policières. Au cours des trois dernières semaines, les messages relatifs à ce phénomène ont «presque triplé et sont responsables du plus grand nombre de signalements depuis la création du centre d'appel», écrit le service.

Récemment, l'Office fédéral de la cybersécurité a reçu des rapports faisant état de plus de 1000 faux appels d'autorités par semaine. Les cas signalés correspondent à une fraction des appels factices réels. Il est probable que des centaines de milliers de personnes en aient reçu.

Les cybercriminels ont intensifié leurs tentatives d'escroquerie, ce qui est agaçant lorsqu'on en est victime à plusieurs reprises. Mais le nombre élevé de signalements n'est pas uniquement négatif, explique l'OFCS. Cela peut aussi signifier «qu'une grande partie de la population est sensibilisée, comprend rapidement l'arnaque et interrompt immédiatement l'appel. Les escrocs devraient par conséquent passer plus d'appels pour générer suffisamment de victimes potentielles.»

Les efforts des escrocs sont supposés être plus importants, mais ils ont, toutefois, déjà réagi avec une «nouvelle» astuce.

L'astuce d'appuyer sur la touche «1»

Au cours des dernières années, des victimes potentielles ont été directement appelées par des escrocs se faisant passer pour des employés de Microsoft, par exemple. Ils prétendaient que l'ordinateur était infecté par un virus. L'OFCS écrit:

«Comme la plupart des personnes appelées ont tout de suite compris l'arnaque, soit elles ont raccroché immédiatement, soit les escrocs ont eu affaire à des personnes en colère qui ont exprimé leur mécontentement face à de tels appels frauduleux. Les malfaiteurs auraient donc "imaginé une variante plus efficace.»

Et de détailler:

«Dans la variante actuelle, ce n'est plus un être humain qui appelle, mais une machine. Celle-ci essaie toute la journée des numéros de téléphone suisses au hasard. Si le numéro n'est pas valable, elle appelle immédiatement le suivant, si elle en trouve un valable, la bande avec l'annonce est lue et la victime est invitée à appuyer sur la touche «1». Ce n'est qu'après avoir appuyé sur la touche «1» que la personne appelée est mise en relation avec l'escroc. Et c'est là que se cache la raison pour laquelle il faut appuyer sur la touche «1»: seules les personnes qui croient au moins un peu à l'histoire sont ainsi mises en relation avec les escrocs.»
Office fédéral de la cybersécurité (OFCS)

Dans un premier temps, les escrocs trient donc de manière automatisée, grâce à l'appel généré par ordinateur, tous ceux qui ne sont pas dupes. Ils n'ont donc plus qu'à convaincre, lors d'une conversation directe, ceux qui ne se doutent de rien au départ et qui composent le «1», de leur envoyer de l'argent ou de leur donner accès à leur appareil. Il ne s'agit, bien sûr, que d'une petite minorité, ce qui réduit extrêmement les efforts des criminels.

Comment obtiennent-ils les numéros?

Ils n'ont pas besoin de connaître les numéros. Les escrocs utilisent un logiciel qui compose automatiquement des numéros de téléphone portable suisses. «Il pourrait appeler en une journée pratiquement n'importe quel numéro en Suisse», soulève l'OFCS.

Comment brouillent-ils les pistes?

Les cybercriminels utilisent la téléphonie par Internet pour leurs appels et peuvent ainsi falsifier leur numéro d'appel. Ils peuvent faire apparaître n'importe quel numéro de téléphone chez les personnes appelées, y compris des numéros de portables suisses. Cela augmente les chances que les personnes appelées répondent ou rappellent.

Pourquoi ces numéros ne sont-ils pas bloqués?

Cela n'est pas possible, car même s'ils ont l'apparence de vrais numéros, ils demeurent faux. En les bloquant, on bloquerait également de vrais numéros de téléphone qui n'ont rien à voir avec les appels.

«Comme le numéro affiché appartient à une personne qui n'a rien à voir avec l'appel, il ne peut pas être simplement bloqué»
OFCS

Les cyberescrocs peuvent simuler n'importe quel numéro de portable suisse. Parfois, le numéro affiché appartient à un utilisateur de téléphone portable en Suisse. Dans d'autres cas, le numéro n'est attribué à personne. Swisscom et consorts ne peuvent donc pas bloquer les numéros, car cela reviendrait à bloquer également les numéros de personnes non concernées.

Le propriétaire du numéro de téléphone ne se rend compte que son numéro a été utilisé à mauvais escient que lorsqu'il reçoit des rappels de personnes mécontentes en retour.

Comment se comporter face aux appels?

Bien sûr, il ne faut pas taper sur la touche «1», mais simplement raccrocher. Selon la police cantonale zurichoise:

  • Mettez immédiatement fin à l'appel lorsque vous entendez le message enregistré.
  • N'appuyez sur aucune touche.
  • Ne vous laissez pas entraîner dans une conversation et n'accordez jamais à de tierces personnes l'accès à votre ordinateur ou à votre smartphone, même pas via un logiciel de télémaintenance (n'installez pas de programmes / d'applications inconnus via des liens envoyés).
  • Ne communiquez jamais de données sensibles ou personnelles.
  • Faites preuve de méfiance! La vraie police ne fait jamais écouter des messages enregistrés au téléphone. Elle ne demande JAMAIS d'argent, d'objets de valeur ou la communication de données sensibles et personnelles au téléphone.

En cas de dommage potentiel, l'Office fédéral de la cybersécurité recommande:

  • Dans un premier temps, désinstallez le programme d'accès à distance.
  • Si vous soupçonnez une infection, faites immédiatement examiner votre ordinateur par un spécialiste et nettoyez-le si nécessaire. La variante la plus sûre est de réinstaller complètement l'ordinateur. N'oubliez pas de sauvegarder au préalable toutes vos données personnelles.
  • Si vous avez subi un préjudice financier, signalez le cas à votre banque et portez plainte.
Voici des sources d'informations sur les fraudes et escroqueries actuelles.
- Cybercrimepolice.ch (police cantonale zurichoise)
- Telefonbetrug.ch (police cantonale zurichoise)
- Bundesamt für Cybersicherheit (OFCS)
- La Poste
- DHL
- UPS
- CFF
- Twint
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