Certains disent que ChatGPT n'est pas la révolution annoncée et d'autres assurent qu'elle est déjà entrée dans les mœurs pour l'éternité. Son boss, Sam Altman a été bombardé de surnoms, parfois même surnommé «l'Oppenheimer de son époque» en référence au père de la bombe atomique.
Inutile de chercher midi à 14h, ChatGPT a chamboulé le marché du travail et notre quotidien. Alors qu'une partie de la population s'est appropriée l'outil, cette avancée significative de l’IA générative est considérée comme une révolution technologique majeure qui s’appuie sur plusieurs décennies de mutation numérique.
«L'intérêt des organisations, mais également du grand public demeure très haut. Et le sujet continue de passionner», observe Johan Rochel, chercheur à l'EPFL et philosophe valaisan, co-fondateur du laboratoire sur l'innovation Ethix.
Il poursuit:
Une nouvelle proximité dont le public s'est emparé. Les médias ont décortiqué les bienfaits et les méfaits d'une telle technologie entre les mains de monsieur et madame Tout-le-monde. Les pourfendeurs de la technologie ont voulu se mesurer à la machine. Le philosophe français Raphaël Enthoven, par exemple, a relevé le défi et a battu la machine, en réussissant un 20/20 lors de l'épreuve du bac philo. ChatGPT s'est contenté d'un 11/20.
Cette opposition entre l'homme et la machine anime la race humaine depuis longtemps. Désormais, elle est plus réelle que jamais et entretient une peur, issue de la science-fiction: être dominé par les cerveaux numériques.
Pourtant, l'agitation autour de l'IA semble stagner. «Pour révolutionner les habitudes de consommation, c'est oui, mais pour une révolution complète, c'est non. Les modèles sont très forts pour générer du texte et du code. Je le fais tous les jours. Mais ils ne sont pas capables d’apprendre encore dans le monde physique», renseigne Raphaël Sculati, directeur technologie de The Computer Firm (TCF).
Selon Johan Rochel, «l'euphorie et la hype entretenues par l'industrie s'essoufflent un peu», concède-t-il.
Cette constatation, selon le chercheur, souligne que «tout le monde prend conscience qu'utiliser les outils d'IA demandent de l'entraînement et du temps, qu'il ne suffit pas d'ouvrir son programme et d'attendre que les choses se passent».
Johan Rochel explique que les demandes formulées par ses clients évoluent:
L'IA générative essaime le monde et le secteur de l'emploi. Ils sont nombreux à torcher leur lettre de motivation grâce à ChatGPT. L'IA a aussi trouvé sa place au bureau. De la formulation simplifiée à la planification, les différents métiers se connectent à la plateforme d'OpenAI pour optimiser leur temps. Des sociétés l'utilisent, par exemple, pour des procès-verbaux de séance.
Des personnes actives dans le secteur bancaire confirment l'utiliser pour certaines taches. Même constat dans la branche médicale, où des médecins nous confient questionner le chatbot pour muscler leur diagnostic. Dans le secteur de l'éducation spécialisée, des professionnels nous expliquent même user du chatbot pour simplifier leur discours.
Raphaël Sculati est lui-même convaincu par l'objet: «Je discute avec une IA pour m'aider dans ma planification sportive et mieux cerner comment gérer des conflits».
En 2023, la technologie du chatbot conversationnel a même fait son entrée dans l'arène politique, lorsqu'un parlementaire japonnais a utilisé ChatGPT pour formuler des questions au Premier ministre Fumio Kishida à l'élaboration d'un projet d'amendement relatif à la politique de lutte contre la pandémie de Covid-19.
Le bébé d'OpenAI s'est mué en un assistant 2.0 dans une bonne partie de la population mondiale. Selon les données du site Similarweb, plus d'un quart de milliard de visiteurs uniques ont consulté ChatGPT.com chaque mois entre juin et août 2024, entraînant une moyenne de 2,5 milliards de visites par mois.
Or il y a toujours le revers de la médaille. Aujourd’hui, certains éminents scientifiques en matière d'IA évoquent les limites de la philosophie (propre à OpenAI) du «plus c’est gros, mieux c’est».
Ilya Sutskever, cofondateur des laboratoires d'IA Safe Superintelligence (SSI) et OpenAI, a récemment déclaré à Reuters que de nouvelles idées sont désormais nécessaires pour franchir le prochain palier. Raphaël Sculati approuve:
La montée en flèche d'OpenAI, devenue en peu de temps l’entreprise occidentale non cotée la plus capitalisée de l’Histoire, est en phase d'adaptation. Le coût de production d'une telle technologie est astronomique et des milliards sont nécessaires pour faire tourner la boutique.
D'un point de vue énergétique, aussi, l'addition est salée, avec des conséquences environnementales. Pour répondre à la forte demande en énergie, les centrales électriques à charbon ont vu leur temps de vie prolongé pour nourrir l'IA.
Un acteur majeur du secteur, Microsoft, a par ailleurs abandonné ses propres objectifs climatiques pour être en mesure de participer à cette révolution numérique qui ne fait que débuter.