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Tempête à Dubaï: voici comment ça se passe quand il pleut

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«Un éclair a frappé à quelques mètres»: j'étais dans la tempête à Dubaï

Ce mardi 16 avril, il a énormément plu à Dubaï. Du jamais vu en 75 ans. Je vous raconte comment cette journée apocalyptique s'est déroulée.
17.04.2024, 12:0317.04.2024, 16:31
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Hier matin, je me suis levée en me disant: «Génial! Il pleut!» Il peut tout à fait pleuvoir au mois d'avril à Dubaï, mais quelques millimètres seulement. Je suis donc sortie courir avec mon chien, naïve et sûre de moi. Je l'ai regretté après à peine 20 minutes. Je me suis fait ramasser par la tempête: un vent si fort que j'ai failli en perdre mes AirPods et une pluie si dense qu'on voyait comme à travers une pelle.

Quand il pleut autant à Dubaï, il n'y a plus de différence entre le trottoir et la route. Tout était inondé. J'avais de l'eau jusqu'aux chevilles. Après qu'un éclair a frappé un paratonnerre à quelques mètres de moi et mon chien, j'avoue, j'ai eu peur. Mais j'ai pensé très fort à Mike Horn et j'ai couru aussi vite que j'ai pu jusque chez moi, avec mon chien qui accessoirement déteste l'eau. Je suis rentrée saine et sauve, j'étais rassurée. C'était la première vague. Il y en aura deux autres, plus violentes.

Quand il pleut à Dubaï, c'est un peu comme quand il fait caniculaire en Suisse. La ville n'est pas adaptée. Il n'y a pas de tout-à-l'égout, alors les routes sont facilement inondées. Les plus téméraires qui osent prendre leur voiture (parce qu'ils n'ont pas le choix ou parce qu'ils ont confiance en leur 4x4) se retrouvent dans des bouchons monstrueux et il arrive souvent de croiser des voitures abandonnées. J'ai conduit dans ces conditions en février et je ne menais pas large. La clé, c'est de ne pas s'arrêter (et de ne pas paniquer).

Quand il pleut, tout tourne au ralenti. Les écoles et les crèches sont fermées et donc les gens travaillent à la maison. Ce mardi midi, j'ai tenté de me commander à manger sur Deliveroo: impossible. La grande majorité des restaurants et cafés étaient fermés.

RIP limousine.
RIP limousine.watson

L'avantage, à part l'air frais (il faisait 23 degrés, hier, contre 30 la veille), c'est que les chantiers s'arrêtent. A Dubaï, si on ne vit pas à côté d'un immeuble en construction, c'est qu'on a de la chance. Celui en face de chez moi s'est arrêté net au moment où il a commencé à pleuvoir. J'ai pu ouvrir les fenêtres, parce que sinon, c'est un boucan d'enfer jour et nuit. D'ailleurs, à chaque fois qu'il se met à pleuvoir, c'est-à-dire anormalement souvent depuis le mois de février, les ouvriers se mettent à hurler de joie comme des écoliers à qui on aurait dit que leur professeur est malade. Pour eux, ça veut dire que la journée est terminée.

Deuxième vague

Vers 15 heures, le ciel s'est à nouveau assombri. Il faisait presque nuit, on avait l'impression de vivre une de ces tempêtes floridiennes, ce qui n'est jamais rassurant. Pour cette nouvelle vague, j'ai eu l'intelligence de rester à l'intérieur. Mon mari, lui, était parti un peu plus tôt dans la journée à son bureau qui se situe de l'autre côté de la ville. Il allait s'en mordre les doigts.

Il s'est mis à pleuvoir si fort qu'on ne voyait plus rien. La pluie tapait violemment sur les vitres. Un peu d'eau est venue se glisser sous la fenêtre d'une des chambres, mais rien comparé à chez certains. J'ai par exemple reçu la vidéo d'un homme faisant du paddle dans sa maison. Lui aussi, il a probablement pensé très fort à Mike Horn.

Dans l'entrée de mon immeuble, tous les meubles ont été poussé des vitres.
Dans l'entrée de mon immeuble, tous les meubles ont été poussé des vitres.watson

Ces pluies avaient été annoncées, mais personne ne s'attendait à une telle violence. La nanny de mon bébé, 14 ans à Dubaï, n'avait jamais vu ça. Mais elle n'avait pas l'air stressée pour autant. D'origine philippine, elle en a vu d'autres. Elle me racontait que dans son pays, quand ils ont de l'eau jusqu'aux genoux, ils mettent les bébés et les enfants dans de petites embarcations gonflables. Un autre monde.

Des groupes WhatsApp anxiogènes

Comme souvent à Dubaï, les infos de ce type circulent principalement par WhatsApp via des groupes. Je fais partie d'un groupe en particulier qui réunit les habitants de mon quartier. On m'a transféré des messages de plusieurs responsables du contrôle du trafic aérien... l'ami d'un ami d'un ami. J'ai reçu une tonne de vidéos et de photos devenues virales sur les réseaux sociaux où l'on voit des canapés s'envoler d'un balcon, une photo où la route s'est carrément effondrée.

Vidéo: watson

Et puis, il y a les photos et les vidéos des amis qui montrent le plafond de leur maison éventré. C'est tout aussi impressionnant, mais ça fait un peu plus mal au cœur. Alors, on croise les doigts en espérant que rien ne nous arrive. Régulièrement dans la journée, je vérifiais les coins des fenêtres pour m'assurer qu'il n'y avait pas d'infiltration.

Vers 18 heures, après s'être envoyé mille et une vidéos apocalyptiques, certaines personnes du groupe WhatsApp ont cru voir de la fumée sortir du Burj Khalifa, alors qu'il s'agissait juste de condensation... Comment faire paniquer tout le monde. Pendant ce temps-là, mon mari était coincé dans sa voiture sur le chemin du retour.

Cette photo est devenue virale.
Cette photo est devenue virale.

Dans mon quartier, certains parkings ont été inondés et plusieurs arbres ont été déracinés. L'entrée de mon immeuble a été plongée un instant dans le noir. Heureusement, les ascenseurs fonctionnent encore, ce qui n'est pas le cas dans d'autres immeubles. Des sacs de sable sont également calés contre les portes des entrées des buildings pour éviter que l'eau ne s'infiltre. C'est un peu comme mettre un pansement sur une fracture ouverte.

Alors que je promenais mon chien, entre deux vagues de vent, un 4x4 aussi gros qu'un frigo américain s'est offert le luxe de rouler sur le trottoir avant de couper dans le gazon pour s'éviter une mare d'eau. Ceux qui n'ont pas évité les mares sont restés bloqués. En marchant, j'ai croisé plusieurs voitures abandonnées.

L'un des parkings dans mon quartier.
L'un des parkings dans mon quartier.

A 22 heures, il pleuvait encore à Dubaï. Mon mari a tenu quatre heures dans les bouchons sur Cheikh Zayed, la principale autoroute de Dubaï. Il me disait:

«J'ai fait 5 mètres en 1 heure, je ne sais pas ce qui bloque»

Il a finalement lui aussi abandonné sa voiture et a marché environ une heure, pieds nus, le pantalon retroussé, à la recherche d'un hôtel. Heureusement, ce genre de mésaventure l'amuse beaucoup. Moi, à sa place, je me serais recroquevillée en position fœtale sur l'asphalte et j'aurais pleuré. J'ai d'ailleurs un peu pleuré en l'imaginant dans cette situation.

Dans mon quartier, certains arbres ont été déracinés.
Dans mon quartier, certains arbres ont été déracinés.

En ce mercredi 17 avril, c'est le calme après la tempête. Il fait grand beau, mais les autorités appellent les gens à continuer à travailler à distance. L'heure est au grand nettoyage, les camions pompent l'eau sur les routes et dans les parkings, notamment le mien.

Mon mari m'a raconté qu'il n'y avait aucun taxi ni Uber ce matin. Il a marché jusqu'à sa voiture en traversant la fameuse autoroute à huit voies à pied, croisant de nombreux chauffeurs en costume-cravate qui ont, eux aussi, dû abandonner leur voiture la veille. En fait, si ça n'avançait pas la veille, c'est parce qu'un peu plus loin sur Cheykh Zayed, l'eau avait carrément englouti plusieurs voitures. Même avec le meilleur des 4x4, personne n'aurait pu passer.

Cheikh Zayed en ce mercredi 17 avril. Normalement, cette autoroute est blindée de voitures.
Cheikh Zayed en ce mercredi 17 avril. Normalement, cette autoroute est blindée de voitures. watson

Malgré ce qu'on pourrait croire, l'ambiance était bon enfant. Après avoir récupéré sa voiture, à la pompe à essence, on lui a proposé un verre d'eau. «On sent qu'il y a de l'entraide», me raconte-t-il. Par contre, il m'explique que cette fameuse autoroute est encore complètement inondée, que certaines voitures sont englouties par l'eau, que des gens marchent le long des barrières, que les voitures vont dans les deux sens, «on dirait un paysage post-tsunami.»

Finalement, il mettra encore une heure pour rentrer. Dans son malheur, il a eu de la chance. Au lendemain de cette journée infernale, on entend des histoires à droite et à gauche, comme celle de sa collègue. Son mari est rentré à pieds, il a mis 8 heures et est arrivé à 5 heures du matin.

Sur Cheikh Zayed, certains endroits sont encore sous l'eau en ce mercredi matin.
Sur Cheikh Zayed, certains endroits sont encore sous l'eau en ce mercredi matin.watson

Les Emirats ont enregistré 254 millimètres de pluie. Il n'avait jamais plu autant depuis 75 ans (probablement qu'avant cette année, il n'y a pas de données). Mais malgré le déluge, ce mercredi matin, les arrosages automatiques fonctionnaient à plein régime. Circulez, il n'y a rien à voir.

Dubaï frappée par de violents orages

Vidéo: watson

Au fait👇

Par contre, quand il ne pleut pas, Dubaï, c'est comme ça👇

1 / 19
Dubaï la magnifique
Hummer rose barbie Dubaï
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