La nouvelle avait fait le tour du monde il y a quelques jours: pas suffisamment rémunérés par leurs exploits sportifs, plusieurs athlètes participant aux Jeux olympiques de Paris ont trouvé une manière pour arrondir leurs fins de mois: s'inscrire sur OnlyFans, une plateforme controversée réservée à un public adulte.
Le principe est simple. Ses utilisateurs proposent du «contenu exclusif», auquel on peut accéder via le payement d'un abonnement mensuel. La plupart des cas, il s'agit d'images et de photos érotiques, voire pornographiques. La nudité n'est pas une obligation, mais est devenue la marque de fabrique d'OnlyFans, parfois qualifié d'«Instagram du porno».
La présence d'athlètes olympiques sur un tel réseau social peut donc surprendre et intriguer. Bien que certains affirment ne pas poster des photos de nu, on peut se demander ce que ces hommes et ces femmes ont décidé de montrer. On en a sélectionné quatre - et sorti la carte de crédit.
Le plongeur britannique Jack Laugher a ouvert la voie, en confiant au Daily Mail que sa présence sur OnlyFans lui a permis de cumuler plusieurs millions d'euros. Dans la brève description de sa page, l'athlète de 29 ans promet du «contenu exclusif en speedos, slips, boxers et plus encore!». Pour 10 dollars (8,7 francs), on peut accéder à 573 photos et 54 vidéos.
Une fois notre abonnement payé, on est accueilli par un message (automatique) de bienvenue:
L'athlète assure proposer du «contenu SFW», acronyme de «Safe for Work» («sûr pour le travail» en français) - une expression signifiant que ses images peuvent être consultées en toute sécurité au travail. Comprenez: pas de nudité.
Si ce dernier point est vrai, il faut dire que lesdits contenus sont plutôt explicites. La plupart du temps habillé d'un (très) petit caleçon, Jack Laugher s'immortalise en plusieurs positions. Selfies devant le miroir, clichés en contre-plongée, photos sous la douche, les cadrages insistent sur son corps musclé et sur son membre, qu'il palpe et empoigne par moments, toujours bien visible dans toute sa plasticité.
D'autres fois, le plongeur se montre dans son plus simple appareil, cachant ses attributs avec les mains, un linge, le lavabo de la salle de bain. Toujours avec le sourire aux lèvres, de manière (apparemment) très spontanée, au point de montrer allégrement ses coups de soleil.
Accompagnant chaque image, de courtes descriptions, allant de petites phrases de circonstance («rise and shine», ou «selfie matinal») à de fréquentes mises à jour concernant ses activités sportives. Les fans semblent apprécier. Les likes se comptent par centaines, tandis que les images récoltent des dizaines de dollars de «pourboire» chacune, soit de l'argent que les utilisateurs peuvent verser volontairement en signe d'appréciation.
Restons dans l'équipe britannique de plongeon, où la nouvelle des prouesses de Jack Laugher sur «OF» a créé des émules. L'un d'entre eux, Noah Williams, propose quelque 300 photos et vidéos au même prix affiché par son coéquipier, 10 dollars.
Les contenus sont également similaires, le plongeur de 24 ans enchaînant les selfies dénudés à la salle de bain, son membre toujours caché de justesse par le bord du miroir. On tombe également sur certaines «collaborations», des images où le jeune homme pose avec d'autres athlètes en petite tenue. Bien qu'on puisse se demander si de tels clichés seraient appropriés dans un open space, la nudité n'est pas au rendez-vous.
«Soutenez mon parcours olympique :)», demande Noah Williams dans la description de sa page, promettant des «discussions personnelles» avec lui et «deux posts par semaine». Avant de souligner que le contenu ne peut pas être copié, utilisé ou reproduit en dehors de sa page OnlyFans. «Le non-respect de cette règle entraînera des poursuites judiciaires», prévient-il.
Passons du côté des sportives, avec la perchiste canadienne Alysha Newman. Celle qui se qualifie d'«olympienne», «mannequin» et «reine du saut à la perche» accueille les visiteurs avec une image de couverture la montrant allongée sur le sable, nue, le corps couvert de peinture.
Le message de bienvenue («J'espère que tu apprécieras de découvrir une autre facette de moi❤️») est pourtant accompagné par une image plus sage, où on la voit sourire en robe de soirée - on dirait une photo Keystone.
Les 12,99 dollars de l'abonnement (11,3 francs) nous donnent accès à 312 photos et 69 vidéos; on y découvre l'athlète en tenue de gym, maillot de bain et, plus rarement, en sous-vêtements. Les clichés sont introduits par des phrases légèrement coquines: «J'aimerais ne pas être seule dans cette salle de fit», «me tenir compagnie ce soir? ❤️» ou encore «le dîner est servi (moi) 😛», message accompagnant une image d'Alysha Newman en bikini, une assiette de viande à la main.
Parfois, la perchiste se montre en compagnie de son chien, ou lors de ses compétitions. La plupart du temps, toutefois, elle pose en petite tenue, tout en adoptant des postures moins sexualisantes que celles montrées par Jack Laugher. Elle propose des contenus plus explicites, comme ce livestream promettant une «nudité totale dans le sauna» - au prix de 250 dollars (217 francs).
La basketteuse australienne Liz Cambage rappelle dans son message de bienvenue qu'elle «ne fai[t] pas de porno». «J'ai hâte de discuter avec toi et de t'envoyer du contenu!», ajoute-t-elle.
Et en effet, un message ne tarde pas à apparaître: «heyy comment vas-tu?», écrit-elle. «Bien, merci! Et toi?», réplique-t-on. Dix minutes plus tard, elle (ou les employés et les robots parfois utilisés dans ces cas, la question peut se poser) répond qu'elle va bien. Avant de nous proposer un «bundle», soit une dizaines d'images coûtant au total 15,99 dollars. Et de promettre:
Ses autres contenus, nettement moins nombreux par rapport à ceux postés par les autres athlètes, vont dans le même sens que ceux diffusés par Alysha Newman. Des images spontanées, la montrant en bikini, à la plage ou sur son lit, et accompagnées par des propos similaires («Seule dans ma chambre... que faire🥵»).
Contrairement à leurs deux collègues masculins, Jack Laugher en particulier, Cambage et Newman ne semblent pas récolter autant de pourboires. Nombreuses sont les images où aucun de ces «tips» ne figure, et les montants semblent nettement plus bas.
Il est difficile de savoir combien ces opérations rapportent vraiment aux athlètes, notamment quand ceux-ci ne se confient pas à la presse. Ce qui est sûr, c'est que ces contenus ne passent pas toujours bien. Elena Kulichenko en sait quelque chose. Cette Russe au passeport chypriote s'est attirée les critiques de son pays d'adoption à cause de sa présence sur «OF».
Le comité olympique chypriote était au courant et aurait prié la jeune femme, selon certaines sources, de fermer son compte.