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Une étude inquiétante sur l'Iqos publié pas la Croix-Bleue

Deux laboratoires ont analysé la cigarette électronique Iqos Iluma One et ses sticks de tabac «Terea Amelia Pearl» (image d'illustration).
Deux laboratoires ont analysé la cigarette électronique Iqos Iluma One et ses sticks de tabac «Terea Amelia Pearl» (image d'illustration).Image: shutterstock/watson

L'Iqos serait plus dangereuse qu'annoncé et Philipp Morris se défend

Une étude de laboratoire commandée par la Croix-Bleue montre que la cigarette électronique Iqos Iluma One de Philip Morris contient de l'acétylfurane: une substance chimique qui peut mettre la vie en danger. Philip Morris critique la méthodologie de l'analyse.
03.09.2023, 08:00
Aylin Erol
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Les cigarettes électroniques Iqos du fabricant de cigarettes Philip Morris International ne sont pas saines, mais en tout cas «plus saines» que les cigarettes traditionnelles, selon le fabricant. Et ce parce qu'elles libèrent moins de substances nocives. En effet, le tabac n'est pas brûlé, mais simplement «chauffé». C'est ce qu'assure Philip Morris.

La Croix-Bleue Berne-Soleure-Fribourg a voulu en savoir plus et a commandé une enquête auprès de deux laboratoires accrédités sur le dernier modèle Iqos, l'Iluma One, et ses sticks au goût «Terea Amelia Pearl». L'organisation suisse, qui vient en aide aux personnes dépendantes, a publié ce vendredi les résultats d'analyse.

Il ressort de l'analyse de laboratoire que la fumée de l'Iqos Iluma One contient plus de 40 substances, dont certaines sont toxiques. Par exemple, l'isopulégol ou l'éther n-butylique, qui peuvent provoquer des irritations des voies respiratoires même en cas d'inhalation unique. Ce résultat ne surprend pas la Croix-Bleue. L'organisation a déjà identifié par le passé ces substances nocives, qui peuvent également être présentes dans les cigarettes traditionnelles.

Mais les chercheurs mandatés ont découvert une autre substance, qu'ils n'avaient jamais détectée auparavant dans la fumée d'Iqos-Iluma et que l'entreprise Philip Morris ne déclare pas: l'acétylfurane.

Qu'est-ce que l'acétylfurane?

Dans l'industrie alimentaire, l'acétylfurane est utilisé comme substance aromatique. Les quelques études qui existent sur ce produit chimique suggèrent que l'acétylfurane est inoffensif en petites quantités dans les aliments. Cependant, les effets de la substance sur le système respiratoire sont encore largement inexplorés.

Thermo Fisher Scientific, le fournisseur américain d'équipements de laboratoire, a publié, le 8 mars 2022, une fiche de données de sécurité sur l'acétylfurane. Sous la section «dangers potentiels», Thermo Fisher Scientific a écrit:

L'enquête de la Croix-Bleue
Sur mandat de la Croix-Bleue Berne-Soleure-Fribourg, un laboratoire accrédité en Allemagne a recueilli la fumée de l'Iqos Iluma One sur deux tampons filtrants à l'aide d'un procédé standardisé. Pour ce faire, le laboratoire a d'abord écrasé les capsules aromatiques contenues dans les sticks de tabac au goût «Terea Amelia Pearl» avant de les faire fumer. Les experts ont ensuite recueilli la fumée de cinq sticks Terea de dix bouffées chacun sur un pad filtrant. Ce processus a eu lieu deux fois. Un laboratoire suisse a finalement analysé les tampons filtrants pour détecter d'éventuelles substances résiduelles.
«Toxique en cas de contact cutané; provoque une sévère irritation des yeux; danger de mort en cas d'ingestion ou d'inhalation.»

Par contre, on ne sait pas à partir de quelle concentration ces effets se produisent sur le corps et combien de microgrammes d'acétylfurane inhalés deviennent dangereux. Et ce, bien que la substance soit également présente dans les cigarettes traditionnelles.

Markus Wildermuth est responsable de l'information et la prévention à la Croix-Bleue Berne-Soleure-Fribourg.
Markus Wildermuth.Image: croix-bleue

Markus Wildermuth est responsable de l'information et la prévention à la Croix-Bleue Berne-Soleure-Fribourg. Il a commandé l'enquête et assure:

«Ce qui est choquant, ce n'est pas seulement que Philip Morris utilise l'acétylfurane malgré le manque d'études sur sa nocivité potentielle, mais aussi que l'entreprise ne déclare pas la substance à ses clients.»

L'acétylfurane ne figure pas non plus sur la liste officielle des ingrédients de tous les produits que l'entreprise vend en Suisse. Cette liste est établie par Philip Morris à l'intention des autorités suisses et doit être complète. Elle ne mentionne toutefois pas non plus quelle substance est utilisée dans quel produit, ni sa concentration.

Philip Morris esquive et critique

Nous avons envoyé à Philip Morris le rapport de laboratoire de la Croix-Bleue et lui avons demandé de prendre position. Dans celle-ci, le fabricant de cigarettes critique les «limites de l'évaluation méthodologique» du rapport. L'entreprise basée à Lausanne rappelle:

«Lorsque l'on tire des conclusions à partir de données scientifiques, il est important de prendre en compte les données comparatives afin de s'assurer que les résultats sont présentés dans le bon contexte.»

L'Iqos serait destiné aux fumeurs adultes qui continueraient sans cela de fumer du tabac brûlé. Selon Philis Morris, les aérosols Iqos devraient donc toujours être comparés à la fumée de cigarette traditionnelle. Une analyse des substances nocives contenues dans l'Iqos sans cette comparaison – comme l'a fait la Croix-Bleue – pourrait créer la confusion chez les consommateurs et entraver les efforts de réduction des risques pour les fumeurs, estime l'entreprise internationale.

Philip Morris note que «les évaluations de l'aérosol IQOS, qu'elles soient menées par Philip Morris International ou par des organismes indépendants, ont montré de manière cohérente que le produit libère en moyenne 90 à 95% de composants nocifs et potentiellement nocifs en moins que les cigarettes». En outre, l'organisation critique le fait que l'étude de la Croix-Bleue n'a pas fourni de confirmation claire des identités chimiques, ce qui pourrait conduire à une identification erronée des produits chimiques désignés.

Une étude dépassée comme preuve

En ce qui concerne les plus de 40 substances trouvées par la Croix-Bleue dans son rapport, le fabricant de cigarettes écrit:

«La majorité des substances chimiques mentionnées par la Croix-Bleue ont été identifiées et détectées dans les résultats de recherche de Philip Morris, soumis à une évaluation par les pairs, à des niveaux bien inférieurs à ceux de la fumée de cigarette ou en dessous du seuil toxicologiquement préoccupant.»

Mais cela signifie qu'une partie des substances peuvent être présentes dans les Iqos à des concentrations plus élevées que dans les cigarettes. Philip Morris ne précise pas de quelles substances il s'agit.

La Croix-Bleue suppose que l'acétylfurane est l'une de ces substances, qui est traitée et donc inhalée en plus grande concentration dans l'Iqos Iluma que dans les cigarettes. Et ce, parce que cette substance donne probablement leur arôme aux bâtonnets de tabac. Markus Wildermuth, de la Croix-Bleue prévient toutefois:

«Nous ne pouvons malheureusement pas étayer cette thèse»

Il faudrait pour cela mener d'autres études. En tout cas, la substance acétylfurane est connue du géant des cigarettes. Dans le cadre d'une caractérisation chimique complète de l'aérosol Iqos, que Philip Morris a présentée à la Food and Drug Administration (FDA) américaine, en 2019, des traces d'acétylfurane ont pu être détectées, selon l'entreprise elle-même. Mais cela en quantités plus faibles que dans la fumée des cigarettes combustibles. La FDA aurait conclu:

«Bien que certaines des substances soient génotoxiques ou cytotoxiques, ces substances sont présentes en très petites quantités, et les effets potentiels sont compensés par la réduction considérable du nombre et de la quantité de composants nocifs, par rapport à ceux présents dans les cigarettes combustibles.»

Markus Wildermuth n'est pas convaincu par cette réponse. En effet, selon lui, l'analyse de la FDA citée par Philip Morris, qui date de 2019, est obsolète. L'étude de la Croix-Bleue a porté sur le dernier modèle Iqos Iluma. Celui-ci possède un système à clic qui n'est utilisé que depuis 2021 chez Iqos Iluma. Avec ce système, il faut comprimer les bâtonnets de tabac à un certain endroit pour libérer les arômes du bâtonnet.

«Pour des raisons de transparence, nous aurions souhaité que Philip Morris publie les résultats d'analyse les plus récents concernant son nouvel Iqos Iluma», déclare le responsable Prévention de la Croix-Bleue.

De nombreuses questions sans réponse

Lorsqu'on demande à Philip Morris s'ils ont étudié les effets de l'acétylfurane sur les voies respiratoires et s'ils peuvent présenter des résultats à ce sujet, l'entreprise ne répond pas, malgré les relances. Au lieu de cela, le cigarettier fait référence à des «études approfondies» qui montrent que l'Iqos est une meilleure alternative pour les fumeurs adultes que de continuer à fumer des cigarettes traditionnelles.

La Croix Bleue a trouvé du goudron dans l'Iquos
En 2022 déjà, la Croix-Bleue avait fait analyser les cigarettes électroniques de Philip Morris. A l'époque, les résultats de son laboratoire avaient montré que la fumée de l'Iqos Iluma contenait des goudrons cancérigènes, tout comme les cigarettes traditionnelles.
Philip Morris critiquait déjà à l'époque la procédure de test du laboratoire mandaté par la Croix-Bleue. Sans doute parce que le cigarettier promettait le contraire à ses consommateurs, à savoir que les Iqos ne faisaient pas ingérer de goudron. Encore une fois, ceci parce que le tabac n'y est pas brûlé, mais seulement chauffé. Or, Markus Wildermuth explique que chacun peut vérifier cela par lui-même: «Si on ouvre les sticks après avoir fumé, on voit du tabac noir près de la pièce métallique». Le responsable Prévention de la Croix-Bleue n'accepte pas non plus les critiques sur sa méthode de test. Selon lui, les laboratoires mandatés travaillent correctement et utilisent des méthodes de mesure connues des spécialistes.

Et que signifie ce débat pour les consommateurs? Les fumeurs d'Iqos Iluma s'exposent-ils simplement à un risque différent, mais tout aussi élevé pour leur santé que s'ils fumaient des cigarettes normales? Ou à un risque encore plus grand? Markus Wildermuth explique:

«La recherche n'a malheureusement pas encore de réponse à cette question, car nous ne savons tout simplement pas quels sont les effets à long terme de l'acétylfurane et d'autres substances – encore non découvertes – sur le corps lorsqu'on les inhale. Et encore moins si on les inhale régulièrement.»

Avec son rapport, le responsable Information et Prévention de la Croix-Bleue souhaite avant tout attirer l'attention sur le fait qu'il faut davantage d'études indépendantes sur les substances utilisées par les fabricants de tabac dans leurs alternatives aux cigarettes. Mais aussi que les ingrédients des produits du tabac devraient être davantage réglementés. Actuellement, les fabricants peuvent, en effet, utiliser dans leurs produits toutes les substances autorisées pour les denrées alimentaires. Et ce, bien que celles-ci ne fassent souvent pas l'objet d'études scientifiques sur leurs effets en cas d'inhalation.

Traduit et adapté de l'allemand par Tanja Maeder

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