Il révèle la vérité sur le cerveau des hommes et des femmes
Dans quelle mesure nos sentiments ou nos capacités sont-ils influencés par notre sexe? Le célèbre neuropsychologue Lutz Jäncke se penche sur cette question dans son nouveau livre. Une conversation sur l'idylle de l'âge de pierre, les personnes transgenres et le pouvoir des stéréotypes.
Le débat sur le genre fait rage depuis des années: qu'il s'agisse de l'astérisque gender, des personnes transgenres dans le sport ou des «manfluencers» ou «tradwives» qui propagent des rôles traditionnels. Qu'est-ce qui vous a poussé à apporter des bases factuelles au débat?
Lutz Jänke: Aucun de ces sujets. Après plus de 35 ans de travail scientifique, je voulais plutôt mettre par écrit tout ce qui m'avait frappé comme intéressant sur le thème du genre.
Qu'est-ce qui dérange, aujourd'hui comme hier?
Le fait que les femmes et les hommes ne présentent aucune différence, ou seulement des différences minimes, malgré leurs différences biologiques en termes de performances cognitives, de capacités, mais aussi de fonctions psychiques.
Mais cela signifie aussi que les femmes doivent assumer leurs responsabilités.
Selon vous, dans quels domaines les femmes se sous-estiment-elles?
Aujourd'hui encore, l'idée selon laquelle «je suis une fille, respectivement une femme, je ne sais pas faire de maths» persiste. C'est un grand classique.
Bien que d'importants investissements aient été réalisés dans la promotion, relativement peu de femmes choisissent ces matières. Cela n'a rien à voir avec l'intelligence.
Lorsque la culture populaire et la vie quotidienne nous répètent sans cesse que les femmes aiment moins les mathématiques ou les maîtrisent moins bien, il n'est guère surprenant que leur taux soit plus faible.
Exactement.
Il faut donc changer les mentalités, mais aussi trouver des modèles. Je ne pense pas qu'un quota soit très efficace, il faut plutôt motiver les filles à découvrir par elles-mêmes les sciences naturelles. Produire des images stéréotypées comme celle de la neurobiologiste nerd dans «Big Bang Theory» ne nous aide pas.
Aujourd'hui encore, on continue de penser que certains comportements sont dus au fait que les hommes étaient autrefois des chasseurs et les femmes des cueilleuses. Qu'en pensez-vous?
Cette idylle de l'âge de pierre est une interprétation complètement exagérée. Les découvertes archéologiques modernes indiquent que les hommes et les femmes avaient alors des activités beaucoup plus similaires qu'on ne l'avait longtemps supposé.
En tant que chercheur sur la plasticité du cerveau, je peux seulement dire que le cerveau est un organe d'apprentissage incroyable.
Pourquoi continue-t-on aujourd'hui encore à mettre l'accent sur ce qui sépare les sexes?
C'est la question à un million de dollars. Je suppose que cela tient à la forte attraction entre les femmes et les hommes, qui est un moteur de la sexualité. D'un point de vue purement biologique, la sexualité constitue le but ultime de l'existence humaine.
Comment les hormones sexuelles influencent-elles le cerveau?
Notre cerveau est truffé de récepteurs hormonaux. Les hormones sexuelles, telles que l'œstrogène, la testostérone ou la progestérone, jouent un rôle biologique important dans l'activation cérébrale. Cela se manifeste, par exemple, dans le cycle menstruel de la femme. Ainsi, pendant la phase folliculaire, caractérisée par un taux élevé d'œstrogènes, on constate une augmentation des performances cognitives.
Dans le titre de votre livre, vous demandez si l'ordre binaire des sexes est un modèle dépassé. Quelle réponse avez-vous trouvée?
Cela dépend de la façon dont on considère la question. En neurosciences, il est courant d'analyser les êtres humains sous deux angles différents: celui de la première personne et celui de la troisième personne. Ce dernier correspond au niveau scientifique objectif.
En tant que spécialiste du cerveau, je m'intéresse toutefois particulièrement à la perspective à la première personne.
Donc, comment une personne se perçoit-elle elle-même?
Exactement. Cette perspective décrit la manière dont quelqu'un s'interprète lui-même.
Nous, les humains, pouvons imaginer ou inventer toutes sortes de choses, nous pouvons générer des opinions et en être convaincus, même si elles sont objectivement fausses d'un point de vue tiers. Un même fait peut donc être présenté de manière complètement différente.
Puisque nous parlons de genres: faites-vous référence aux personnes transgenres et non binaires?
Oui. Mais je tiens à préciser d'emblée que je n'ai pas écrit ce livre sur les personnes transgenres. Ce phénomène y est abordé, mais il est extrêmement complexe. Il existe de premières tentatives d'explication, mais aucune conclusion définitive.
Pourquoi ce sujet suscite-t-il autant d'émotion?
Nous en revenons à nouveau à la biologie, à notre sexualité. L'intérêt de la société pour les LGBTQ est sans doute énorme parce qu'il joue avec la binarité. Comme on le sait, celle-ci est à la base de la reproduction. Pour revenir à votre question précédente sur le modèle obsolète:
