Remco Evenepoel a fermé des bouches
Il y a d'abord cette phrase de Juan Ayuso, co-leader de la formation Lidl-Trek, prononcée face à la presse le 15 juillet:
Dix jours plus tard, le talentueux coureur espagnol avait peut-être parlé un peu vite. Au soir de cette étape dantesque vers l'Alpe d'Huez, ce sont les jambes, cette fois, qui ont eu le dernier mot – et le classement général en a fait l'implacable constat: Ayuso a pris l'eau, relégué à près de 18 minutes en 7e position, tandis qu'Evenepoel démontrait, une nouvelle fois, qu'il n'avait qu'un seul maître: Tadej Pogačar.
Le Belge a fait montre de tout son caractère et de sa (désormais) science de la course pour glaner deux succès d'étape sur cette édition du Tour de France. Ni Seixas, ni Del Toro n'ont réussi à lui faire mal, ni à l'envoyer dans les cordes. Non, il planait au-dessus du lot, meilleur dans tous les compartiments. Jonas Vingegaard aurait-il pu rivaliser avec lui durant cette troisième semaine? Rien n'est moins sûr. Mais ça, on ne le saura jamais.
C'est surtout une belle revanche sur les grands penseurs, ces experts de la petite reine qui en connaissent pourtant un rayon. La vérité de la course leur a donné tort: cette fois-ci, ils se sont tous trompés. On entendait souvent dire que Remco Evenepoel n'était plus un coureur de Grands Tours – nombreux sont ceux qui oublient son sacre sur la Vuelta 2022. On lisait aussi, après son début de saison un peu timide (3e du Tour des Flandres, vainqueur de l'Amstel Gold Race...), que le Belge n'avait plus sa place à la table des favoris pour le podium du Tour.
Mais le Brabançon est revanchard. Sa coupure de deux mois sans course après Liège-Bastogne-Liège – où il avait quand même terminé sur le podium – lui a permis de revoir sa copie, de repenser son programme, de se forger le corps d'un athlète paré pour trois semaines de course. Et sur le vélo, c'est un cycliste transformé que l'on a vu, au coup de pédale rageur et clinique, lors de cette étape qui comptait près de 5450 mètres de dénivelé, avec des sommets culminant à plus de 2000 mètres d'altitude. Remco avale les grands cols alpestres qui demeuraient un territoire incertain pour lui, et se permet même un numéro dans les dernières pentes de l'Alpe d'Huez, ce samedi, pour tenter d'arracher un troisième succès d'étape. Mieux: on le sentait frais, le visage à peine marqué.
Il conclut cette Grande Boucle avec une fraîcheur qu'il n'avait pas lorsqu'il montait sur le podium du Tour en 2024. Surtout, il semble être entré dans une nouvelle dimension, de quoi glisser enfin une réponse à ses détracteurs:
Le cycliste de 26 ans a prouvé sa valeur sur la bicyclette. Il a surtout fait taire une bonne partie des suiveurs, encore obnubilés par les Del Toro ou Seixas – qui n'ont jamais réussi à accrocher sa roue. Chez Evenepoel, l'esprit revanchard a la main rugueuse et le regard qui tue, rivé désormais sur un sacre en Grande Boucle, pour le jour où l'ogre slovène brillera par son absence.
