Les pauses fraîcheur au Mondial auront des effets cachés
Aux joueurs la gourde d'eau, aux téléspectateurs une pub pour du soda! Les pauses fraîcheur instituées par la Fifa lors du prochain Mondial promettent de juteuses recettes supplémentaires aux chaînes de télé qui diffusent le tournoi, un pas de plus pour le foot vers le sport spectacle.
«Les trois minutes» de répit au milieu de chacune des deux périodes du match, «ça coupe tout mais les diffuseurs sont contents, il y a plus de publicité», a résumé le sélectionneur des Bleus Didier Deschamps, à la fin du match amical contre le Brésil fin mars.
La Fifa justifie cette coupure pour protéger la santé des joueurs face aux fortes chaleurs en plein été aux Etats-Unis, au Mexique et au Canada.
Mais en les rendant obligatoires, quelle que soit la météo, et en autorisant les diffuseurs à couper l'antenne pour introduire de la publicité, l'institution alimente le soupçon de vouloir générer encore plus d'argent, alors que les droits télé de cette Coupe du monde devraient lui rapporter près de 4 milliards de dollars, selon ses dernières prévisions, contre 2,9 milliards en 2022 au Qatar.
L'inflation des pays qualifiés (de 32 à 48) et donc des rencontres (de 64 à 104) fait déjà de ce tournoi, organisé pour la première fois dans trois pays, une édition de la démesure. «C'est assez peu surprenant que (ces nouvelles interruptions) interviennent sur cette Coupe du monde qui se déroulera majoritairement aux Etats-Unis», où le diffuseur est Fox Sports, analyse Christophe Lepetit, directeur au Centre de Droit et d'économie du sport (CDES).
Des moments extrêmement stratégiques
Il souligne:
Christophe Lepetit fait allusion à la NBA (basket-ball) et à la NFL (foot américain), dont les rencontres sont très souvent entrecoupées de temps morts tactiques pouvant durer plusieurs minutes.
«Des coupures en plein match, ce sont des écrans hyper puissants» pour les marques, renchérit Philippe Bailly, président du cabinet NPA Conseil. «Le niveau d'attention (du téléspectateur) est élevé, et on ne va pas s'éloigner beaucoup de la télé», contrairement aux quinze minutes que dure la mi-temps, prédit-il.
Résultat, les tarifs pour ces nouvelles fenêtres seront les plus chers des matchs, selon l'offre commerciale publiée sur son site par M6 Unlimited, la régie publicitaire du groupe privé qui va diffuser 54 rencontres en France.
Il en coûtera jusqu'à 425 000 euros (390 000 francs suisses) les 20 secondes en cas de présence des Bleus en finale. Seuls les écrans lors d'éventuelles prolongations ou tirs au but auront plus de valeur (450 000 et 500 000 euros). Les sponsors de la Fifa et du tournoi, dont Coca Cola et le pétrolier saoudien Aramco, sont prioritaires dans l'achat de ces espaces.
M6, qui a déboursé 120 millions d'euros (110 millions de francs suisses) pour les droits de la Coupe du monde, selon plusieurs médias sans que la chaîne ne confirme ce chiffre, prévoit une minute à l'intérieur de chaque temps mort. Sans craindre d'agacer les mordus de foot devant leur télé.
«On joue quatre quart-temps»
«Une minute, c'est court. Il n'y aura ni dégoût, ni départ au moment de la publicité», a assuré le directeur des antennes et des contenus du groupe Guillaume Charles, en précisant que le reste des trois minutes serait consacré «au débrief» et à «revoir quelques images». Et d'insister sur le fait que «ces pauses ont été faites pour les joueurs».
La chaîne britannique ITV a renoncé de son côté à ajouter des temps de pub pendant ces pauses, qui auraient pu lui faire dépasser les limites autorisées par le régulateur (Ofcom). ITV avait innové et fait débat cette année en insérant des réclames sur une partie de l'écran avant des mêlées lors du Tournoi des Six Nations de rugby.
Sur le terrain, le changement ne sera pas anodin. «On joue quatre quart-temps» et non plus deux périodes, le rythme séculaire du foot, a résumé Didier Deschamps. Le sélectionneur de l'équipe de France a enchaîné:
«Ça modifie l'expérience de l'ensemble des parties prenantes», spectateurs dans les tribunes, téléspectateurs, joueurs, entraîneurs... «Je ne sais pas si c'est une décision qui a été très bien appréhendée par la Fifa», se demande Christophe Lepetit.
(afp/yog)
