L'équipe de Suisse est entrée dans une nouvelle époque
Il est 15h46 à Vancouver, bientôt une heure du matin en Suisse, quand Manuel Akanji s'avance vers le point de penalty. Djibril Sow l'accompagne quelques mètres. Il essaie sans doute de chasser les démons qui font inévitablement douter le défenseur. N'a-t-il pas raté ses deux dernières tentatives dans le terrible exercice des tirs au but, en quart de finale des derniers Euros contre l'Espagne puis l'Angleterre?
Jamais deux sans trois, Akanji envoie le ballon largement au-dessus du but colombien. Il s'écroule sur la pelouse. Le scénario semble écrit d'avance: la Suisse va encore échouer en 8es de finale d'une Coupe du monde. Sauf que non, pas cette fois. Gregor Kobel répare l'erreur de son coéquipier en plongeant du bon côté, puis Cedric Itten et Ruben Vargas ne tremblent pas, comme Granit Xhaka et Zeki Amdouni avant eux. La Suisse va affronter l'Argentine en quart de finale du Mondial.
Le raté de Manuel Akanji a été pratiquement la seule erreur du vice-capitaine, qui avait déjà eu le malheur de concéder une déviation fatale lors du 8e de finale perdu 1-0 contre la Suède en 2018.
Face aux Cafeteros, Akanji et son compère Nico Elvedi, de loin le meilleur Suisse ce mardi, ont confirmé la montée en puissance de la défense helvétique dans cette Coupe du monde. Celle-ci n'a pas encaissé de but depuis le début de la phase à élimination directe.
Il fallait avoir les nerfs particulièrement solides jusqu'à la fin des prolongations, qui se sont terminées presque sans surprise sur le score de 0-0. C'est que les deux équipes jouaient gros, très gros, et ont limité les prises de risque tout le match. Ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de retrouver les quarts de finale du Mondial, que ce soit 12 ans (pour la Colombie) ou 72 ans (pour la Suisse) après la dernière fois.
Défensive, la Suisse l'a aussi été en raison des circonstances. Le forfait de Johan Manzambi a été un énorme coup dur. La mise en place tactique avait été effectuée avec le phénomène genevois, avant qu'il ne se blesse lundi en toute fin d'entraînement. «C'était difficile de compenser son absence en si peu de temps, car on a dû adapter notre plan de match au dernier moment», a expliqué Yakin en conférence de presse.
C'est surtout la créativité, la capacité à accélérer le jeu de Manzambi qui a fait défaut à l'équipe de Suisse. Sans lui sur le terrain, la Suisse n'a pas marqué le moindre but depuis le début du Mondial, si l'on omet le penalty transformé par Breel Embolo contre le Qatar. Le constat s'applique pareillement à Ruben Vargas, lui aussi touché lundi à l'entraînement et qui n'a pas pu entrer en jeu avant les prolongations.
Manzambi sera-t-il rétabli à temps pour disputer le quart de finale contre l'Argentine, samedi à Kansas City (20h00, dimanche à 3h00 en Suisse)? Il souffre d'une contusion au genou gauche, selon l'ASF, mais Murat Yakin était plutôt pessimiste mardi après le match:
Pour venir à bout des champions du monde, Yakin aurait pourtant bien besoin du renfort de son «meilleur joueur». Et d'un peu de chance, comme celle de Kobel, sauvé par sa transversale contre les Colombiens durant les prolongations. Ce sera la première fois que la Suisse affrontera l'Argentine depuis le Mondial 2014 au Brésil. A l'époque, en 8es de finale, l'Albiceleste s'était imposée 1-0 grâce à un but d'Angel di Maria à la 118e, Blerim Dzemaili touchant le poteau sur une reprise de la tête à la 120e.
Granit Xhaka et Ricardo Rodriguez étaient déjà là. Lionel Messi aussi. Mais cette Suisse qui perdait à São Paulo, c'était celle d'un autre temps, d'une époque définitivement révolue. C'était celle qui n'avait encore jamais remporté un match à élimination directe dans un grand tournoi. La nouvelle Suisse, celle qui joue dans la cour des grands, en a remporté deux en l'espace d'une semaine.
