La Suisse prête à boycotter la Coupe du monde
L'UEFA menace «à l'unanimité» de boycotter les prochaines Coupes du monde, a-t-elle écrit jeudi dans un communiqué après une réunion d'urgence. L'instance chargée du football européen s'oppose au projet de la Fifa de créer une société commerciale ouverte à des investisseurs privés.
«Aucune équipe nationale de l'UEFA ne participera à un quelconque tournoi de la Fifa tant que ces propositions persisteront», a déclaré l'UEFA dans un communiqué officiel à la suite d'une réunion d'urgence. La lettre commune des fédérations européennes, sous la direction de l'UEFA et de son président Aleksander Ceferin, a été signée par l'unanimité des 55 membres.
Les nations du football européen démontrent ainsi leur unité dans ce courrier. «L'UEFA et ses 55 fédérations membres se tiennent solidaires», précise le texte. «Nous rejetons unaniment et sans ambiguïté la proposition de la Fifa de transférer les droits de participation à la Coupe du monde et à d'autres tournois de la Fifa à des investisseurs privés.»
«Nous n'accorderons jamais de légitimité à ce modèle. Personne n'a le droit moral de vendre quelque chose qu'il ne gère qu'afin de le transmettre à la génération suivante», a expliqué l'UEFA, précisant que même si une majorité parmi les 211 Etats membres votait en faveur de l'accord d'investissement, l'Europe ne soutiendrait pas cette décision.
Une pression européenne massive
Président de la Fifa depuis plus de 10 ans, Gianni Infantino se trouve sous une pression sans précédent, quelques jours après la fin de la Coupe du monde 2026. Un Mondial sans le champion en titre espagnol et sans les autres grandes nations du football comme la France, l'Allemagne et l'Angleterre enlèverait tout intérêt sportif à l'épreuve.
Cependant, l'UEFA ne dirige pas cette menace uniquement en vue de la phase finale de 2030, qui doit être organisée en partie en Espagne et au Portugal. Elle vise tous les tournois de la Fifa, comme par exemple la Coupe du monde féminine de l'été prochain (du 24 juin au 25 juillet) au Brésil, dont les barrages devraient déjà commencer cet automne.
«A la suite des discussions d'aujourd'hui, aucune équipe nationale de l'UEFA ne participera à un tournoi de la Fifa tant que ces propositions persisteront, à moins que ce projet ne soit entièrement rejeté et que des engagements contraignants ne soient donnés selon lesquels la Fifa n'ouvrira jamais plus sa direction ou ses compétitions à des propriétaires privés», a écrit l'organisme directeur européen concernant le conflit ouvert avec la fédération mondiale.
Infantino parle d'une chance unique
La Fifa avait annoncé vouloir générer un milliard de dollars en vendant une partie de ses droits commerciaux, notamment ceux liés à la Coupe du monde. Selon des rapports concordants, la Fédération mondiale a fixé un délai pour l'approbation du projet d'investissement et a promis, en contrepartie, un paiement spécial. La date butoir pour l'approbation du projet par les 211 fédérations serait le 19 septembre.
Infantino a défendu l'entrée prévue de fonds externes comme «une chance unique d'accélérer considérablement le développement mondial du football». L'UEFA voit les choses totalement différemment. Non seulement l'idée en elle-même, mais aussi la manière dont la Fifa a procédé a suscité de vives réactions.
Les Fédérations nationales ont été totalement surprises par ce nouveau plan mardi. «Il est irresponsable et injustifiable qu'une proposition aussi importante pour le football ait été élaborée et presque adoptée dans le secret, sans même avoir consulté les autres acteurs du football», a indiqué l'UEFA.
Le président de l'ASF impressionné
Au nom de l'Association suisse de football (ASF), le président central Peter Knäbel et le secrétaire général Robert Breiter ont participé à la réunion de l'UEFA. Knäbel s'est déclaré impressionné par la façon dont les fédérations européennes ont unanimement rejeté les projets de la FIFA, une fois que toutes les informations sur la démarche et l'ampleur de cette initiative ont été portées à leur connaissance.
«Le développement du football nécessite sans aucun doute des ressources financières», a indiqué Knäbel. «Mais tout aussi importants sont la responsabilité, la transparence, les processus démocratiques et le contrôle.»
(ats/roc)
