«Les frissons»: ce jeune retraité a commenté un moment fou du foot romand
Marcel Neuenschwander était très ému le 20 mai dernier, dans le studio de RTN. Et il y avait de quoi: c'était sa dernière émission, après 37 ans passés comme journaliste sportif à la radio neuchâteloise. Ses yeux sont devenus humides et sa voix nouée en écoutant l'hommage de ses collègues, en direct à l'antenne.
«Ça m'a beaucoup touché. Quand j'ai vu ma collègue Sarah Massy commencer à pleurer, j'ai eu les larmes aux yeux», rembobine le tout frais retraité (65 ans). Les émotions, ça a d'ailleurs été son moteur tout au long de sa longue et belle carrière.
On ne peut que lui donner raison quand on réécoute ses commentaires du fameux 2 juin 2019. Ce jour-là, Neuchâtel Xamax réalise l'un des exploits les plus fous de l'histoire du foot suisse. Voire du foot tout court. Battus 4-0 chez eux au match aller du barrage contre Aarau, les «Rouge et Noir» renversent totalement la situation au Brügglifeld et sauvent leur place en Super League aux tirs au but. «Rien que d'en parler, j'en ai encore les frissons», s'émeut Marcel Neuenschwander au bout du fil.
Grand fan de Xamax depuis son enfance, le natif de Neuchâtel a assisté à de nombreux matchs de l'équipe de la Maladière, y compris les deux titres de champion (1987 et 1988) et les folles épopées européennes des années 1980 et 1990. Mais ce Aarau-Xamax du 2 juin 2019 aura toujours une place particulière.
Pourtant, quand il entre dans l'enceinte argovienne, le commentateur de RTN n'imagine pas du tout les montées d'adrénaline qu'il aura dans la suite de l'après-midi. «Comme tous les Neuchâtelois, j'étais convaincu que c'était plié, qu'il n'y avait aucune chance». Et pourtant...
Des micros qui saturent et des Argoviens aphones
Xamax marque le 1-0 à la 20e minute, puis rapidement après le 2-0. «C'est là que j'ai commencé à y croire, que j'ai senti qu'il était en train de se passer quelque chose», s'enthousiasme Marcel Neuenschwander, encore sept ans après. Cet espoir retrouvé s'entend dans les commentaires: quand les filets tremblent après ce coup de tête du défenseur neuchâtelois Marcis Oss, le journaliste et son compère d'antenne Nicolas Bandelier hurlent dans leur micro. Ils le feront encore plus sur le 3-0 juste avant la mi-temps.
«La pause nous a permis de souffler un peu et de nous hydrater», rigole Marcel Neuenschwander. Un court répit plus que bienvenu. Car le cœur et la voix des deux commentateurs de RTN seront soumis à encore plus rude épreuve dans la suite de ce match suffocant. Et la chaleur de ce début juin n'aide pas.
Les highlights de ce fameux match, avec les commentaires de RTN 🔊
«Bizarrement, je n'ai pas perdu ma voix ce jour-là», précise le néo-retraité. Les fans du FC Aarau ne peuvent pas en dire autant. «Les Argoviens autour de nous ne disent plus rien, et nous on gueule comme des malades!», lâche à l'antenne Nicolas Bandelier, alors que les journalistes de RTN commentent en plein milieu de la tribune principale du Brügglifeld.
«Il n'y a eu aucune animosité contre nous de la part du public argovien qui nous entourait», se souvient Marcel Neuenschwander.
Le bisou, le bazar et un drôle de hasard
Le coup de massue suivant arrive à la 72e minute, quand Geoffrey Tréand inscrit le 4-0 pour Xamax et remet les équipes à égalité sur l'ensemble des deux matchs. Forcément, les commentateurs de RTN explosent, et on a l'impression que leurs micros aussi. Ceux-ci ne sont pas les seuls à saturer. «On a cassé le standard de la radio, à cause de toutes les écoutes simultanées! Plus Xamax remontait au score, plus il y avait d'auditeurs», se marre Marcel Neuenschwander. La suite appartient à la légende.
C'est le moment des tirs au but fatidiques. Geoffroy Serey Dié, l'acharné milieu de terrain des «Rouge et Noir», a la balle de maintien en Super League au bout du pied.
C'est le bazar sur la pelouse et derrière les micros de RTN. «Avec Nicolas, on avait convenu que je commentais les tirs argoviens et lui les neuchâtelois. Mais avec les émotions, on n'a rien respecté de tout ça», rembobine Marcel Neuenschwander.
Il ne se souvient plus très bien de l'après-match, ni des jours qui ont suivi. «Je sais juste qu'il m'en a fallu plusieurs pour me remettre de ces émotions». Les extraits magiques des deux compères de RTN font le buzz sur les réseaux sociaux. Même Neuchâtel Xamax les ajoute à sa vidéo officielle, par-dessus les images du match. Mais ce que retient Marcel Neuenschwander, ce sont surtout les interviews des Xamaxiens. Complètement improbables, comme ce match.
Un autre moment de ce 2 juin 2019 est passé à la postérité. Cette phrase de Nicolas Bandelier à son collègue, juste après le tir au but victorieux:
Le tout frais retraité tient à préciser, en se marrant: «Il n'y a pas eu de véritable bisou, mais on s'est serré dans les bras».
C'est aussi au côté de Nicolas Bandelier que Marcel Neuenschwander a commenté le dernier match de sa carrière, le 1er mai. Et c'était aussi, hasard du calendrier, contre... Aarau, à la Maladière.
Cette fois, Xamax s'est incliné (1-3), mais il n'y avait plus aucun enjeu pour les Neuchâtelois. Cela n'a pas empêché le résident de Cudrefin (VD), père de trois garçons adultes, de se prendre complètement au jeu une dernière fois. Et de partager aux auditeurs de RTN plein d'émotions, comme il a adoré et su brillamment le faire ces 37 dernières années.
