Immobilier: Voici ce qui bloque la baisse des taux d'intérêt en Suisse
Malgré une inflation modérée et une politique monétaire souple de la Banque nationale suisse (BNS), les hypothèques à taux fixe ne devraient pas baisser dans les prochains mois, affirme Comparis. Le comparateur pointe trois raisons à cette persistance: la hausse des taux d'intérêt à long terme sur le marché des capitaux, l'endettement public élevé et les risques géopolitiques.
Les taux indicatifs publiés par plus de 30 établissements de crédit pour les hypothèques à taux fixe sur dix ans s'élèvent actuellement à 1,86% (au 8 juin), soit 0,07 point de pourcentage de moins qu'en début d'année (1,93%).
Une exception suisse qui a ses limites
Les coûts de refinancement des banques, appelés «swaps», ont peu évolué sur la même période: le swap sur 10 ans en CHF se situe à 0,68%, contre 0,33% en début d'année. Le rendement des obligations à 10 ans de la Confédération a, pour sa part, augmenté de 0,15 point de pourcentage, passant de 0,33% à 0,48%. Le taux d'inflation suisse s'élevait quant à lui à 0,6% en mai sur un an.
Si la Suisse reste une exception grâce à la solidité de ses finances publiques et à son statut de valeur refuge, elle ne peut pas se soustraire entièrement aux évolutions des marchés internationaux des capitaux, où les rendements des obligations d'Etat à long terme ont également progressé en Europe ces derniers mois.
Comparis s'attend donc à ce que les taux indicatifs des hypothèques à taux fixe restent stables ou augmentent légèrement. Pour Dirk Renkert, expert Argent chez Comparis:
L'économie et l'inflation suisses comme plus-value
L'économie suisse continue de faire preuve de résilience malgré les nombreuses incertitudes. La croissance reste certes inférieure à la moyenne, mais aucune récession ne se profile à l'horizon.
Le marché du travail est robuste, le chômage faible et le climat de consommation s'est stabilisé. En comparaison, de nombreuses économies européennes peinent encore avec des problèmes structurels. Dirk Renkert analyse:
L'inflation modérée est l'une des principales raisons de la stabilité de la Suisse. Malgré les tensions au Moyen-Orient, qui ont temporairement fait grimper les prix de l'énergie et perturbé les chaînes d'approvisionnement mondiales, l'inflation demeure dans la fourchette cible de la BNS (0 à 2%), souligne Comparis.
La demande accrue de francs suisses, liée aux incertitudes sur les marchés financiers internationaux, a par ailleurs renforcé la monnaie helvétique, ce qui compense une partie du renchérissement mondial en faisant baisser le coût des importations.
Des signaux d'alerte
Si l'inflation suisse s'est apaisée, les taux d'intérêt à long terme restent sous pression à l'échelle mondiale. En cause: l'explosion de la dette publique dans de nombreux pays industrialisés. Les Etats-Unis sont particulièrement concernés, avec une dette publique qui approche les 40 billions de dollars et des besoins de financement en augmentation.
En Europe également, les vastes programmes de dépenses pèsent sur les budgets publics. Résultat: les investisseurs exigent des primes de risque plus élevées sur les emprunts d'Etat à long terme, ce qui fait grimper les rendements.
Tous les yeux rivés sur le Moyen-Orient
Au-delà de la dette publique, la situation géopolitique reste le principal facteur d'incertitude pour les mois à venir. Les tensions au Moyen-Orient sont suivies de près par les marchés financiers. Une nouvelle escalade pourrait faire bondir les prix de l'énergie et provoquer de nouvelles difficultés pour le commerce mondial.
Le tableau qui se dégage pour le marché hypothécaire suisse est contrasté. D'un côté, la faible inflation, la stabilité économique et la politique monétaire inchangée de la BNS jouent en faveur des emprunteurs.
De l'autre, la hausse des dettes publiques, les risques géopolitiques et la progression des rendements sur les marchés internationaux des capitaux empêchent toute baisse significative des taux hypothécaires à long terme. Dirk Renkert conclut:
(ysc)
