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Mondial: J’ai retrouvé ma passion pour les vignettes Panini

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J’ai retrouvé ma passion pour les vignettes Panini

J’adorais passionnément les albums Panini lorsque j’étais plus jeune. Au fil des années, cette passion s’est toutefois peu à peu éteinte. Mais elle vient de se rallumer, et de façon spectaculaire.
09.06.2026, 11:5809.06.2026, 12:03
Reto Fehr
Reto Fehr

La flamme ne brillait plus. Devenue bleuâtre, elle tentait de survivre, vacillant de compétition en compétition, privée de l’oxygène qui lui permettait autrefois de brûler.

Je collectionne les vignettes Panini depuis la Coupe du monde 1986. Depuis cette date, j’ai rempli chaque album, que ce soit pour l’Euro ou pour le Mondial. Même à l’âge adulte, je suis resté fidèle à cette tradition. Bien sûr, mon enthousiasme diminuait d’année en année.

Les dérives du football professionnel, l’augmentation du nombre d'images, la hausse des coûts et la prise de conscience du caractère finalement assez futile de tout cela ont progressivement refroidi ma fièvre de collectionneur. Lors des dernières phases finales, il ne s’agissait plus que de tenir bon pour ne pas rompre la série.

Avant même la Coupe du monde 2026, je me demandais: est-ce vraiment encore nécessaire? Près de 1 000 vignettes, pour les seuls regards en coin de ma femme, surprise que je m’obstine encore à les collectionner.

J’ai alors élaboré un plan. Peut-être que mes trois garçons pourraient m’aider. L’aîné ne s’intéresse pas au football. Le deuxième est à l’école primaire, et le plus jeune à la maternelle. Tous les deux sont de grands fans de football. Avec l’absence d’émotion qui me caractérise désormais depuis quelques années, je me suis procurer, dès la sortie des albums, une boîte de 100 paquets de vignettes. J’en ai pris 20 et les ai déposés avec l’album dans notre appartement, de manière à ce que les garçons tombent forcément dessus.

Je n’ai rien dit et j’ai attendu de voir ce qui se passait.

Si leur intérêt est absent, je déballerai moi-même les vignettes une dernière fois pour les coller dans l’album. J’échangerai les vignettes manquantes au bureau ou les commanderai sur internet. Ce serait pour moi une conclusion tout à fait acceptable. Car, après la Coupe du monde 2030, lorsque Panini se retirera, j’arrêterai de toute façon. Cependant, si mes garçons se prennent au jeu, je les laisserai faire.

Il ne faut pas longtemps avant qu’ils découvrent l’album. Je leur explique qu’ils peuvent ouvrir les paquets et coller les vignettes à l’intérieur. Ils se précipitent joyeusement dans la pièce et se mettent au travail. J’entends tous ces: «Waouh, regarde, une dorée!», «J’ai un Suisse!», «Mais c’est quel pays, ça?», «Regarde comme celui-là a l’air drôle!». Instantanément, cela me replonge 40 ans en arrière. Après quelques minutes seulement, ils accourent vers moi pour me demander si j’ai encore d’autres paquets. Tellement excitant.

Les enfants s'approprient les cartes.
Les enfants s'approprient les cartes.image: reto fehr

Je leur explique qu’ils doivent d’abord coller les vignettes. Bien sûr, non sans leur montrer précisément comment procéder dans les règles de l’art: vérifier deux fois le numéro, ne pas coller les images n’importe comment, commencer par les coins, éviter les plis et ne pas faire chevaucher deux vignettes.

Ils acquiescent avec enthousiasme. Même le petit de cinq ans. Je sais que cela ne va pas bien se passer. Mais je les laisse faire.

Bientôt, la moitié de l’album est remplie. Leur enthousiasme ne connaît aucune limite. Même mon aîné est brièvement contaminé par la fièvre du football. D’ordinaire, la seule chose qu’il fait en lien avec ce sport consiste à m’agacer en me demandant qui doit gagner lorsque le Bayern Munich affronte le FC Zurich. Il sait que je ne souhaite même pas un but à l’un ou à l’autre, encore moins une victoire. Cette fois, il s’exclame: «De l’équipe dont tu es le plus fan, on a fait le plein: l’Allemagne». C’est évidemment ironique.

L’équipe d’Allemagne est au complet.
L’équipe d’Allemagne est au complet.image: Reto Fehr

J’ai presque le cœur brisé lorsque j’ai enfin le droit d’examiner l’album à moitié rempli. Ils me préviennent à l’avance: «Certaines vignettes ne sont pas très belles. Le garçon du voisin a aussi aidé». Je ne crois pas que le «garçon du voisin» ait collé de nombreuses vignettes.

Beaucoup sont de travers: parfois légèrement, parfois au point de se chevaucher. Certaines images sont froissées. Trois ont été collées en double, côte à côte. Dans le cas des Tunisiens, les deux sont de travers et présentent toutes deux des plis.

Et le couronnement: ils ont confondu le Sénégal et le Ghana. Pour moi qui suis passionné par l’Afrique, cela fait évidemment particulièrement mal. C’est comme être mené 3-0 à la 80e minute. Mais bon, il y a toujours une solution: arracher et recoller. L’album Panini devient une école de la vie. Les garçons ne risquent pas d’oublier que le Ghana est le pays avec l’étoile noire.

La vignette de Ricardo Rodríguez est un peu de travers.
La vignette de Ricardo Rodríguez est un peu de travers.image: reto fehr

Apprendre les drapeaux, les abréviations et les pays: c’est justement l’un des rôles de cet album. Des nations comme Curaçao, le Cap-Vert et la Jordanie, je suis certain que je ne les connaissais pas encore à l’âge de sept ans. La lecture est elle aussi stimulée, et ils savent désormais que l'on dit «Canadien» et non «Canadais», «Allemand» et non «Germanien», ou encore «Sénégalais» et non «Sénégalien». Je crois qu’ils apprennent ici des choses qui leur serviront toute leur vie.

Mais le plus beau, c’est bien sûr cette joie que peut provoquer la passion de la collection. Je l’avais presque oubliée. Aujourd’hui, je me revois en 1986, lorsque j’ai collectionné des vignettes Panini pour la première fois. Comme nous le faisions à l’époque, ils feuillettent l’album 100 fois et doivent, à chaque page, dire quel joueur ils voudraient être et lequel ils ne voudraient surtout pas être.

Chaque jour, nous classons les doubles des photos d’équipes selon leur niveau ou selon notre sympathie pour elles, et nous nous réjouissons chaque fois que quelqu’un place l’Autriche en bas du classement.

Les garçons feuillettent l’album et rient quand ils découvrent certaines images. A la vue de Nico Williams, ils disent: «Regarde, il a l’air vraiment terrible», puis qualifient les cheveux de Yamal de «spaghettis».

La coiffure de Lamine Yamal fait réagir les garçons.
La coiffure de Lamine Yamal fait réagir les garçons.image: reto fehr

Selon eux, l’Arabie saoudite a de beaux maillots. Et ce qui me réjouit particulièrement: mon deuxième fils sait qu’Abedi Pelé a joué autrefois pour le Ghana. Il possède un maillot à son nom et a retrouvé ses deux fils dans l’album.

Le Paraguay serait «l’équipe popcorn», parce que les joueurs portent des maillots qui ressemblent à des paquets de pop-corn. Tout simplement.

Et en regardant le gardien paraguayen, le plus jeune me dit: «Toi, tu es celui-là, parce qu’il a le même regard que toi quand tu veux dire quelque chose de sérieux». Sans Panini, je n’aurais jamais appris ce genre de choses.

Moi lorsque je dis quelque chose de sérieux.
Moi lorsque je dis quelque chose de sérieux.image: reto fehr

Bien sûr, il faut ensuite échanger les doubles. Pour cela, nous écrivons une liste des numéros manquants. Pendant des années, je les ai saisis en ligne. C’était tellement stérile, tellement dépourvu d’amour. Maintenant, tout est à nouveau noté à la main puis rayé au fur et à mesure. Il y a toutefois tellement d’équipes qu’à partir de la France, je dois aider un peu, parce que la main de mon fils lui fait mal à force d’écrire.

La pile de vignettes en double ne cesse de grandir. J’essaie régulièrement d’y mettre un peu d’ordre. Mais elle peine à diminuer. Car les garçons ne peuvent pas emporter toutes les cartes à l’école pour les échanger.

Mon deuxième fils me dit: «Si la maîtresse voit la pile, elle me la confisquera jusqu’à la fin de l'année». Je ne sais pas si cela est vrai. Mais il insiste sur le fait qu’il ne peut emporter que le nombre de vignettes pouvant tenir discrètement dans la poche de son pantalon. Il prend généralement celles dorées, à savoir les stars comme Yamal, Haaland, Ronaldo ou Messi, ainsi que les équipes dont il sait qu’elles sont populaires. Selon lui, cela permet de mieux échanger.

Notre première liste de joueurs manquants.
Notre première liste de joueurs manquants.image: reto fehr

Les vignettes Panini ont aussi un autre pouvoir: elles apportent du calme. Une rareté avec trois garçons d’âges rapprochés. On les voit rarement aussi concentrés que lorsqu’ils ouvrent de nouveaux paquets, trient les vignettes et les collent.

Je me réjouis déjà du moment où nous pourrons inscrire les résultats dans l’album pendant la Coupe du monde. Ma flamme Panini est définitivement ravivée. J’espère même qu’il y aura plus de vignettes pour le prochain album.

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