Cette footballeuse a dû trouver un job pour revenir en Romandie
Sandrine, c’est le grand retour aux sources pour vous! Qu’est-ce qui a motivé votre départ de Floride? Vous en aviez déjà marre des Etats-Unis?
Sandrine Gaillard: Non, pas du tout. La vie est facile là-bas pour une sportive, vous aviez d’ailleurs pu le constater sur place. A Tampa, j’étais athlète professionnelle, pas besoin d’un job à côté, un staff nombreux et hyper efficace, une météo qui fait rêver.
La Suisse vous manquait à ce point?
Disons que c’est d’abord une histoire de calendrier. Notre championnat en USL Super League allait changer d’organisation pour se caler sur la ligue MLS des hommes (ndlr: où évolue Messi avec l’Inter Miami), du mois de février à octobre.
Vous avez donc pesé le pour et le contre...
Exactement. Soit c'était un contrat de plus de 18 mois, soit je zoomais sur un projet qui était de toute façon dans un coin de ma tête: revenir à la maison et retrouver le club où j'ai eu mes premières minutes de jeu en élite, Yverdon.
En Floride, vous aviez intégré une équipe qui venait de remporter le championnat. De retour en Suisse, vous voilà dans un club brillamment promu en Super League. Vous avez du flair en tout cas!
Ce n’est pas la promotion qui a guidé ce choix de revenir à Yverdon, les premières discussions ont eu lieu bien avant. J’avais également reçu quelques autres propositions et j’ai eu le temps de bien réfléchir.
Une saison seulement aux Etats-Unis. Vous avez eu le temps de profiter de cette courte nouvelle vie?
Absolument! Surtout qu’avec mon mari, nous n’avions pas à trouver un logement ou nous démener avec l’administration américaine. Nous étions dans le bain dès le premier jour, ça laisse le temps de profiter à fond.
Le bon et le moins bon de cette aventure américaine?
Le bon, c’est sans conteste la professionnalisation du football et du sport en général aux Etats-Unis, mais aussi la ferveur qui entoure les équipes. L’équipe technique et l’encadrement du club sont incroyables là-bas, tout est fait pour que tu puisses te concentrer sur le foot. Sans oublier les supporters et la communauté qui donnent énormément à leur équipe.
Et le moins bon?
Toujours au niveau sportif, je dirais que j’aurais aimé poser un peu le jeu à Tampa, que ce soit moins physique et un peu plus tactique.
Votre retour s’accompagne d’une contrainte que vous connaissez bien, mais à laquelle vous avez pu échapper durant votre année aux Etats-Unis: trouver un boulot à côté. Pas trop dur de retrouver un pays qui ne vous offre pas de quoi subvenir à vos besoins?
J’ai l’habitude, maintenant. Et puis, j’ai trouvé quelque chose rapidement et j’ai de la chance. Je travaillerai à 40% au sein de l’administration de la Ville d’Yverdon.
Le job alimentaire, les entraînements toute la semaine, les matchs à l’autre bout du pays le dimanche, sans compter les convocations de la Nati, êtes-vous toujours aussi motivée par ce rythme insensé?
Oui, à fond! Bien sûr, il faut mettre des choses en place, les pions au bon endroit. Je dois aussi être très à l’écoute de mon corps, maximiser les ressources de récupération. Ce n’est pas simple effectivement. Peut-être que je louperai de nouveau des anniversaires, quelques événements qui me tiennent à cœur, j'en suis consciente, mais ça en vaut largement la peine.
Vous n’êtes pas tant dépaysée, puisque le club a changé de nom et de logo pour devenir Yverdon Sport Women. On sent la volonté d’asseoir une marque à l’américaine.
Oui, effectivement. Le propriétaire majoritaire du club, Jamie Welch, est Américain et cette envie de créer une identité forte et une vraie valeur ici, à Yverdon, est toujours bien présente. Nous allons devoir donner vie à tout ça, en bossant dur. Nous devons défendre notre promotion et l’équipe masculine va tout faire pour retrouver la Super League.
Grâce à votre expérience américaine, vous avez été accueillie en «Messi» à Yverdon Sport?
Ah, ah, ah, non pas du tout. J’espère que je vais pouvoir faire profiter un maximum mes coéquipières de mon ancienneté et de mon expérience. Il faut que je sois en forme!
Avant de plier bagage, vous avez eu le temps d’assister à un match de la Nati contre le Qatar, lors de la Coupe du monde. Votre ressenti sur place?
70 000 personnes dans un stade, c’est vraiment très impressionnant. Le hic, c’est que l’ambiance n’était peut-être pas aussi enflammée que celle qu’on peut trouver dans les grandes capitales européennes du football. C’est trop vaste et beaucoup d’Américains sont venus par curiosité, sans même choisir un match en particulier.
Vous avez sans doute entendu le coup de gueule de Davis Lemos contre la Fifa, mais aussi l’américanisation du football. Vous qui avez goûté au soccer, vous avez aussi pesté contre le show de la mi-temps devant votre télévision?
Ah, ah, ah, non, nous l’avons regardé avec plaisir, c’était super. C’est vrai que les joueurs ont dû rester au vestiaire près de 30 minutes, mais ils y étaient préparés et je ne crois pas que ça a bouleversé le jeu en seconde mi-temps.
Et les travers soulignés par Lemos au sujet du business de la Fifa?
J’ai tiqué face aux prix exorbitants des billets. Pour un sport aussi populaire que le football, qui draine des supporters qui peuvent aller jusqu’à s’endetter pour voir un match, c’est un problème. On aurait aussi pu se passer des pauses fraîcheur, mais, voilà, c’est ainsi que fonctionnent les Etats-Unis.
Et en même temps, c’est aussi ce côté business du sport qui vous a permis de vivre du football pendant une saison.
Vous avez tout à fait raison. Je pense que la clé, comme souvent, c’est de réussir à trouver un juste milieu.
La saison démarre le 7 août prochain, à domicile, contre Zurich. Yverdon Sport Women est partie pour régner en Super League?
Ah, ah, ah, ne parlons pas trop vite! On va déjà essayer de jouer le mieux possible et de marquer des buts. Le reste suivra, si on fait les choses bien!
