Des chasseurs de singe appelés aux Mondiaux de badminton
Organisés en Inde pour la première fois depuis 17 ans, les Mondiaux de «bad», qui réuniront les meilleurs joueurs, se déroulent au stade couvert Indira Gandhi, à New Delhi. Lors de l'India Open en janvier, un singe avait fait irruption dans les tribunes de l'enceinte, tandis que des fientes d'oiseaux et des débris de nid avaient perturbé le déroulement des matches, déclenchant une avalanche de moqueries.
Les organisateurs ont donc pris des mesures pour éviter de nouvelles critiques en recrutant des «monkey wallahs» (effaroucheurs de singes) qui imitent les cris des langurs, de grands primates au visage noir, pour tenir les macaques à distance. «Nous exerçons ce métier depuis des générations. A l'origine, nous faisions des spectacles de rue avec des singes et des ours», a expliqué à l'AFP Khan, un des quatre membres de l'équipe déployée sur le site de la compétition.
Puis cela a été interdit et «pour continuer à subvenir aux besoins de nos familles, nous nous sommes reconvertis dans l'éloignement des singes».
Un métier à risques
Longtemps, des hommes ont patrouillé dans les rues de New Delhi accompagnés de langurs dressés, mais cette pratique a pris fin, un tribunal ayant jugé qu'il était cruel de les maintenir en captivité. Les familles comme celle de M. Khan n'avaient alors guère plus que leur expérience, leur regard affûté et leur répertoire de cris d'animaux pour accomplir leur tâche.
Autour du stade «il y a trois ou quatre singes et deux gros que beaucoup disent dangereux», affirme M. Khan, qui se montre serein car «nous connaissons notre métier». Son travail ne se limite pas à chasser les primates mais également «les chiens errants... nous les attrapons et nous les sortons du stade. Mais nous veillons à ce qu’aucun animal ne soit blessé», assure le sexagénaire fier de son petit-fils qui fait partie d'une équipe chargée d'éloigner les singes des bureaux du Premier ministre indien Narendra Modi.
Ce travail n'est pourtant pas sans risques. «Il nous arrive de nous faire mordre», explique à l'AFP Faryad Ali, neveu et collègue de M. Khan, en montrant des cicatrices de morsures dans le bas du dos. Dans ce cas, «pas d'injections, rien du tout. On met simplement un peu de poudre de piment sur la blessure et on retourne au travail», confie-t-il sur un ton bravache.
Un gel non toxique utilisé
L'annonce du recours à ces chasseurs de singes lors des championnats du monde de badminton a été moquée sur les réseaux sociaux. Mais la star indienne et médaillée olympique P.V. Sindhu a défendu cette initiative.
La championne a rappelé qu'à Wimbledon, Rufus, un faucon, est depuis longtemps utilisé pour chasser les pigeons des mythiques courts en gazon. «Chaque grand événement sportif présente ses propres défis», a-t-elle souligné. Les organisateurs du championnat insistent sur le fait que cette main-d’oeuvre inhabituelle n’est qu’une partie d’un plan plus vaste visant à éviter les perturbations qui ont entaché l’India Open en janvier. Un gel non toxique a été appliqué sur les structures de toit et les conduits pour empêcher les pigeons de s’y poser.
Le secrétaire de la Fédération indienne de badminton, Sanjay Mishra, a indiqué ne vouloir courir aucun risque. «Je suis absolument certain que, cette fois, les problèmes liés aux pigeons, ou à quelque oiseau ou animal que ce soit, ne surviendront pas lors des championnats du monde», a-t-il assuré.
