Dévoilées en février 2024, les médailles qui orneront le cou des cadors des Jeux olympiques et paralympiques permettront aux athlètes de ramener un bout de Paris avec eux. Littéralement. Toutes, en effet, auront un morceau de la tour Eiffel taillé en forme d'hexagone incrusté en leur centre.
L'équipe de Paris 2024 s'est tournée vers la Société d'exploitation de la Tour Eiffel (SETE) pour récupérer des fragments du monument, retirés lors de rénovations au 20e siècle et provenant exceptionnellement d'un seul tenant. Ces plaques de fer étaient jusqu'à présent conservées dans un lieu tenu secret et devaient servir à pallier d'éventuelles rénovations, précise Le Monde.
Pour la première fois dans l'histoire des Jeux olympiques, c'est un joaillier qui s'est occupé de la conception des médailles. Et pour cause: le groupe LVMH a signé un contrat de sponsor d'un montant de 150 millions d'euros avec le Comité d'organisation (Cojop), s'assurant ainsi que certaines de ses marques soient «mises à contribution pour habiller les sportifs» en échange d'une immense visibilité.
Parmi les grands noms détenus par le groupe de Bernard Arnault – comme Bulgari ou Tiffany –, c'est Chaumet qui s'est vu confier la prestigieuse tâche en raison de son ancrage français. Première joaillerie à s'être installée sur la place Vendôme en 1812, elle comptait parmi ses clients un certain Gustave Eiffel, qui a d'ailleurs commandé en 1890 un collier de perles fines pour le mariage de sa fille.
Voici pour l'anecdote. Revenons maintenant au 21e siècle.
Pendant plus d'une année, cinq des trente artisans de la maison ont travaillé dans le plus grand des secrets à la création des médailles. Avec, pour guide, un brief très précis fourni par le Comité olympique: l'objet devait faire 85 millimètres de diamètre, peser 455 grammes pour le bronze et jusqu'à 539 grammes pour l'or, et contenir uniquement 18 grammes de fragments de la tour Eiffel – des plaques de fer puddlé, c'est-à-dire débarrassé de l'excédent de carbone.
Un challenge pour Chaumet, qui n'avait jusqu'à présent réalisé des médailles que pour des mariages ou des congrès dans le courant du 20e siècle. Les artisans vont dès lors se plonger dans les archives de la maison, étudier des dessins de diadèmes – l'une des pièces phares du joaillier – réaliser des croquis et des prototypes en résine jusqu'à arriver au résultat final.
Grâce à des rayons en relief, irréguliers, qui partent de l'hexagone en fer, un effet de mouvement est créé, permettant à la médaille de renvoyer la lumière au maximum et de faire scintiller l'athlète qui la porte, décrit Clémentine Massonnat. Un graphisme spécial cher à Chaumet et directement inspiré de celui qui apparaissait sur des diadèmes datant de la fin des années 1800 et du début des années 1900.
Les 5084 médailles seront frappées au cœur de la capitale par la Monnaie de Paris. Sur le revers des celle des Jeux olympiques figurera, comme le veut la tradition, la déesse de la victoire Athéna Nikè auprès du stade Panathénaïque et de l’Acropole. Chaumet a toutefois pris la liberté de mettre, en fond, la tour Eiffel.