Le freeride rejoint les JO, et son boss suisse a versé «une petite larme»
C'est officiel: le freeride sera au programme des prochains Jeux olympiques d'hiver en 2030, dans les Alpes françaises. C'est le Comité internationale olympique (CIO) qui l'a annoncé ce mardi après-midi, durant une conférence de presse.
De quoi offrir un joli nouveau divertissement aux spectateurs et téléspectateurs, tant cette discipline est spectaculaire. Les skieurs et les snowboardeurs dévalent des pentes abruptes, hors-piste évidemment, en se frayant un chemin entre les rochers. L'objectif? Obtenir la meilleure note des juges, qui tranchent sur la difficulté de la ligne choisie, sa créativité (sauts, par exemple) et la fluidité de la glisse.
Chaque année, les Romands ont l'occasion de (re)découvrir ce sport à l'occasion de l'Xtreme de Verbier, véritable Mecque du freeride. Les Suisses y ont d'ailleurs brillé cette année, avec le sacre du snowboardeur fribourgeois Liam Rivera et la 3e place de la skieuse valaisanne Sybille Blanjean.
Justement, le co-fondateur de l'événement valaisan, Nicolas Hale-Woods, a longuement milité pour l'intégration du freeride aux JO. Le Romand (56 ans) est une figure majeure de la discipline, en tant que pionnier et actuel directeur du Freeride World Tour, le circuit principal. Pour lui, l'émotion était forcément forte quand il a su que son sport allait figurer au prochain programme olympique. «J'ai presque eu une petite larme», confie-t-il.
C'est peu dire qu'il y a eu du chemin parcouru entre ces balbutiements du freeride dans les années 1990 et son intégration aux JO, ce mardi. «On était une bande d'amis, sans expérience d'organisation d'événements. Et là, notre sport va être présenté sur la plus grande scène sportive de la planète», peine à réaliser Nicolas Hale-Woods.
Le tournant de 2022 et un moment-clé en Valais
Pour rejoindre les JO, le freeride a dû s'institutionnaliser. Le tournant a eu lieu en 2022, quand la discipline a pu se greffer à la Fédération internationale de ski (FIS), condition sine qua non. «Cela a été possible quand Johan Eliasch a été élu président. Sous son prédécesseur Gian-Franco Kasper, c'était inconcevable», explique le boss du Freeride World Tour.
S'en sont suivies de nombreuses discussions entre les dirigeants du freeride, le CIO et le comité d'organisation des JO 2030 (COJO). «A la base, on visait même les Jeux de Milan-Cortina cette année, mais le timing était trop court», confie Nicolas Hale-Woods.
Entre-temps, les premiers Championants du monde de freeride, estampillés FIS, ont eu lieu en Andorre début 2026 et «se sont bien passés». Dans la foulée, fin mars, l'Xtreme de Verbier a servi de vitrine, avec la visite d'une délégation du CIO. Un événement déterminant.
Des points fondamentaux. Pour convaincre le CIO de l'intégrer aux JO, un sport doit notamment posséder une grande base de pratiquants – «En freeride, on a 11 000 licenciés, issus de 73 pays», souligne Nicolas Hale-Woods – et son public être le plus large possible.
Pas d'épreuve «au rabais»
Il restait encore un aspect crucial à régler ce printemps, avant la validation officielle: le format de l'épreuve, fortement lié au site. Pour le freeride, il s'agissait d'éviter en quelque sorte de devoir «rider sur une piste bleue». Plusieurs experts de ski-alpinisme avait critiqué le format «dénaturé» et trop simpliste de leur sport pour sa première aux JO, à Milan-Cortina.
Il n'y aura «aucun risque» de ce genre pour le freeride, assure Nicolas Hale-Woods.
Le Romand et ses collaborateurs ont organisé en avril des visites de sites avec le COJO et le CIO. Deux ont été retenus: La Grave et Montgenèvre. «C'est probablement Montgenèvre (Hautes-Alpes) qui accueillera les compétitions, notamment car la station est plus accessible pour le public et plus facile logistiquement». Plusieurs événements-tests auront lieu sur place avant les JO.
Des effets positifs pour tout le milieu
Pour le freeride, faire partie du programme olympique n'est pas qu'une question de prestige. Ce sport et ses acteurs vont profiter d'effets bénéfiques très concrets. «Il y aura davantage de ressources financières pour les athlètes», se réjouit Nicolas Hale-Woods. Via des sponsors privés, mais aussi par le biais des fédérations de ski nationales.
Au final, c'est tout le freeride qui profitera de cet élan et de cette large visibilité. Y compris son industrie (magasins, équipementiers, stations). «Je pense que dans les cinq prochaines années, le nombre de licenciés va tripler dans le monde», anticipe Nicolas Hale-Woods. Il poursuit:
Le Vaudois d'origine et ses compères ne comptent pas se reposer sur leurs lauriers ces quatre prochaines années: «Elles vont être très excitantes! Ce n'est pas parce qu'on est aux JO qu'on a fini notre travail. On va désormais tout mettre en œuvre pour faire connaître notre sport au plus large public possible».
Les freeriders descendent les montagnes, mais ils savent aussi les soulever.
