Les supporters de l'équipe de France se sont fait une raison. Pour revoir la starlette en crampons mériter son salaire, il faudra sans doute attendre la rentrée et son nouveau maillot. Hormis un bête pénalty contre la Pologne, Kylian Mbappé s’offre par l’absence. Si l'on ne voit quasiment que lui sur la pelouse, ce sont ses galères qui crèvent l'écran. Ce masque noir Oakley intronisé par la culture pop, des soupirs plus gros que ses occasions, un ballon dans la tronche plutôt que dans les filets ce week-end, sans oublier ce satané Bardella qui hante des nuits allemandes manifestement compliquées.
On serait tenté de l'envoyer au Club Med avant l'heure, tellement l'enfer qu'il se mange depuis le début du tournoi ruissèle entre ses traits tirés. Oui, le gosse est exténué, ça n'a rien à voir avec le football et ça pue le burn-out des puissants de ce monde. Trop de pression à dégonfler, de papelards à signer, de thune à négocier, de fans à rassasier, d'emmerdes à gérer, de larmes parisiennes et qataries à sécher, de babioles à déménager.
Et dire que papa Macron, qui le somme à demi-mot de revenir avec la coupe pour lui sauver les miches, voulait encore le traîner de force sur les quais de Seine pour lustrer l'image de ses JO. Minute, papillon.
Et les réseaux sociaux l'ont bien compris. Plutôt que de flinguer une prestation sportive inexistante ou de remettre en question sa légitimité de cavalier blanc des Bleus, ça blablate et ça se moque doucement. Comme à la machine à café, quand Corinne a oublié comment convertir un fichier Word en PDF.
Qui aime bien châtie bien.
Et c'est gorgé d'empathie que Le Parisien s'est amusé, lundi, à lister les démons qui torturent le crack de Bondy depuis le mois de juin: «La situation politique en France l’inquiète et mobilise une partie de ses pensées», nous dit-on notamment.
«L'excuse du siècle!» lâche un internaute. «Pire excuse depuis la création du football», ose même un autre. Pourtant, envisager le contraire serait parfaitement malhonnête, vu l'intérêt monolithique des journalistes, bien plus concentrés sur son bulletin de vote que sur ses ambitions balle au pied.
Et si personne n'ose véritablement le clouer au poteau de corner, c'est sans doute parce qu'il y a un peu de tous les Français dans le traînage de patte du numéro 10. Depuis la dissolution imposée par papa Macron, la France vit sur pause, figée comme un cocorico dans les phares, craignant le moindre bruit de bottes sur les Champs-Elysées. Mbappé, après une dernière saison parisienne qui n'a rien eu à envier à un sommet de l'Otan ou à un épisode de Succession, a dû charrier malgré lui le bordel politique d'un pays qui n'a jamais autant compté sur ses héros du divertissement pour les extirper du précipice.
Comme si la coupe n'était pas déjà pleine, son frangin péclote à l'épreuve du Bac, au point de devoir s'accrocher aux rattrapages, s'il ne veut pas finir sa carrière chez McDo. Une anecdote que les internautes n'ont évidemment pas laissé filer, dénichant dans cet aléa de vie une énième excuse pour que l'aîné salope sa demi-finale.
Questionnées sur la médiocrité de leur nouveau poulain dans cet Euro, les huiles du Real Madrid se retiennent très fort d'avouer à L'Equipe qu'ils n'en ont strictement rien à foutre. Tout juste s'inquiètent-elles du «risque d'aggraver cette blessure ou d'en générer une nouvelle». Il s'agirait de ne pas esquinter le bolide avant la course, la vraie.
Quand ça veut pas, ça veut pas. Pourtant, il n'est pas certain que nos voisins français lui demandent la lune. Pas même une lucarne. Et malgré le grand méchant RN muselé pour un temps. Les Bleus parviennent jusqu'ici à voguer vers la finale en évitant les cascades, avec une nonchalance et une chatte qui défient les lois de la physique. Pourquoi diable changer une méforme qui gagne? (Un constat qu'aurait pu faire papa Macron dimanche soir.)
Allons même plus loin: si Didier Deschamps voulait bien penser avec son petit cœur, il laissera le patron sur le banc, mardi soir, contre l'Espagne. Quitte à l'éloigner du Ballon d'or. A l'instar d'un Joe Biden qui hurle son bilan alors que le monde n'écoute que son asthénie, il ne faut jamais confondre compétence et capacité, quand on est au sommet du monde.
Enfin, bien sûr, on n’attend que d’être contredit par Kiki, dans cette première demi-finale de l’Euro,