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Le sélectionneur national a rappelé Shaqiri sur le banc samedi face au Pays de Galles.
Le sélectionneur national a rappelé Shaqiri sur le banc samedi face au Pays de Galles.Image: Keystone
Nati

Xherdan Shaqiri, le génie qu'on désespère d'attendre

Quand il traverse ses matches sans coups d'éclat, ce qui lui arrive de plus en plus souvent, «XS» n'est qu'un joueur moyen, presque inutile. Et si Vladimir Petkovic le faisait débuter sur le banc, mercredi soir face à l'Italie?
16.06.2021, 06:0420.06.2021, 15:16
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Stéphane Henchoz a toujours défendu les performances de Xherdan Shaqiri en équipe de Suisse. Mais depuis samedi et le match nul contre le Pays de Galles (1-1), il n'est plus très sûr de vouloir encore le faire. «Avant cette rencontre, cela ne faisait aucun doute, Shaqiri devait commencer la partie. Mais puisqu'il n'a rien apporté sur le terrain, ni avec le ballon, ni dans le repli défensif, la question de sa titularisation contre l'Italie se pose

Michel Pont est lui aussi saisi d'un doute. Ce joueur, qu'il appelle «Shaq», il l'a vu grandir, flamber. Il lui a témoigné beaucoup d'affection et ce n'est pas fini. «Je l'aime encore aujourd'hui», dit-il.

Un instant de complicité en 2014.
Un instant de complicité en 2014.Image: KEYSTONE

Mais l'ancien adjoint de la sélection est un homme de football, et il en connaît les règles. Alors, quand on lui demande si son protégé est toujours indispensable à la nation, il hésite. «J'ai toujours pensé que oui, mais je ne sais plus.»

Vladimir Petkovic n'a pas d'autre joueur avec le même profil dans son effectif («sinon Shaqiri ne jouerait pas», dit Henchoz sans ambiguïté), mais il a suffisamment de solutions sur le banc pour modifier son plan de jeu.

«Avec Zakaria et Freuler dans un 3-5-2, on gagnerait en sécurité sans le ballon, ce qui ne serait pas négligeable face à une formation comme l'Italie, soutient Henchoz. Or dans ce système, il n'y a pas de place pour Shaqiri.»

Ce n'est pas la première fois que l'immunité dont a longtemps bénéficié le «Nain magique» est remise en question. Dans un article daté du 9 juin, le Badener Tagblatt se demandait déjà si l'équipe nationale avait vraiment besoin de Shaqiri.

Ces doutes, personne n'avait osé les formuler avec autant de convictions par le passé. Parce que Xherdan Shaqiri, c'était la fierté du football suisse, le garçon au talent hors-norme que les grands clubs s'arrachaient et qui, convaincu d'un destin supérieur, débarquait face aux médias les mollets gonflés d'orgueil, un Vuitton en bandoulière sur une veste Gucci.

Quand il faisait encore l'unanimité.
Quand il faisait encore l'unanimité.Image: KEYSTONE

Mais maintenant que sa confiance est impactée par son faible temps de jeu à Liverpool (819 minutes cette saison), que ses blessures à répétition suscitent des doutes sur son hygiène de vie et que ses pieds racontent une autre histoire aux défenseurs, la défiance grandit. Même s'il est impliqué sur la moitiés des buts suisses dans les grands tournois depuis 2014, le joueur de 29 ans a traversé la plupart de ces rencontres avec une nonchalance suspecte, un dégoût du duel et une maladresse technique dont il ne semblait guère affecté. Il en résulte une impression générale de gâchis.

«Shaqiri est plus souvent très moyen que très bon»
Stéphane Henchoz

Pour supporter le «très moyen», et se réjouir du «très bon», un confrère ayant suivi l'équipe de Suisse pendant des années ne regarde plus la Nati sans une certaine dose de bière, de biscuits apéritifs et de fatalisme. «J'ai arrêté de m'énerver avec Shaqiri depuis que j'ai plus la moindre attente. Si tu en as avec ce genre de joueur, tu es forcément déçu. Soit la surprise vient, soit elle ne vient pas. »

C'est encore plus beau quand c'est inespéré 💥

«XS» a égalisé contre la Pologne d'un superbe ciseau lors de l'Euro 2016.Vidéo: YouTube/UEFA

Depuis, Shaqiri est retombé sur terre, multipliant les performances anodines. Le public en a souffert, mais pas autant que ses entraîneurs. Que faire avec un joueur dont Michel Pont souligne toute la singularité en expliquant qu'après son horrible prestation contre les Gallois, «il peut te faire la trignolette contre l'Italie?» «C'est compliqué, reconnaît Henchoz, qui a entraîné Xamax et Sion. Avec ce genre de profil, tu es toujours en train d'attendre le coup d'éclat. Et s'il ne vient pas, tu es le con qui n'a pas sorti le joueur avant.»

Ce mercredi soir encore, s'il débute la partie ou entre en cours de match, le public guettera le moindre de ses crochets, la moindre de ses transmissions avec le secret espoir que l'une de ses inspirations fasse basculer la rencontre dans l'irrationnel.

Xherdan Shaqiri doit-il débuter sur le banc face à l'Italie?

Ce n'est pas gagné car Shaqiri «n'a pas de rythme dans les jambes et n'est pas en confiance, ce qui est normal: aucun joueur au monde ne serait dans de meilleures dispositions avec si peu de matches disputés cette saison», est obligé de souligner Stéphane Henchoz, qui ne garde pas un grand souvenir de la prestation du Suisse contre West Bromwich il y a pile un mois en Premier League. «Ce qu'il a fait ce jour-là avec Liverpool, j'aurais pu le faire. Même un footballeur de 60 ans aurait pu. Il est simplement venu chercher les ballons dans les pieds des centraux avant de les redistribuer latéralement, sans pression.»

L'ancien défenseur aux 72 sélections y voit le signe d'un homme qui doute, à tout le moins d'un joueur «qui n'ose pas». Or l'audace a souvent distingué Xherdan Shaqiri de ses coéquipiers. Sans elle, il se rapproche dangereusement de ce joueur moyen dont on attend désespérément le coup d'éclat, et qui finalement ne vient jamais.

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