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A l'ombre du géant français, le rugby suisse galère

L'équipe suisse de rugby face à l'Allemagne durant Rugby Europe Men's Trophy 2021/2022.
L'équipe suisse de rugby face à l'Allemagne durant le Rugby Europe Men's Trophy 2021/2022.Jürgen Kessler

A l'ombre du géant français, le rugby suisse galère

Alors que nos voisins de l'Hexagone s'enthousiasment pour la Coupe du monde de rugby, qu'en est-il du développement du ballon ovale en Suisse? Du club régional amateur à la Fédération suisse de rugby, tour d'horizon et état des lieux.
09.10.2023, 18:3209.10.2023, 20:32
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Ils sont une vingtaine à se disputer le ballon ovale avec rudesse sur un terrain du parc des sports de la ville de Morges. Le lieu est relativement facile à trouver, «il suffit de suivre l'éclairage qui n'est pas au max», lance taquin Clément Cauquil, entraîneur et joueur de l'équipe de rugby de Morges. Le ton est donné, on fait de l'humour, mais on n'hésite pas à dénoncer les moyens jugés «insuffisants» proposés au rugby morgien.

Comparés aux éclairages dont bénéficient les équipes de foot qui s'entraînent au même moment sur les terrains voisins, ceux des rugbymen sont, avouons-le, un peu moins bien fournis.

«C'est bien la preuve que le rugby n'est pas encore considéré comme un sport important dans la région»

Est-ce vraiment le cas? Des terrains morgiens à la Fédération suisse de rugby, nous avons voulu savoir comment se portait le ballon ovale en Suisse.

XV de la Tulipe, rugby club de Morges
XV de la Tulipe, équipe de rugby de Morgescynthia ruefli watson

Des immigrés à la rescousse

Que ce soit aux abords du terrain morgien avec Clément Cauquil ou au téléphone avec Aurélie Lemouzy, présidente du Comité Central de la Fédération suisse de rugby, l'accent du Sud-ouest de la France n'est jamais très loin lorsque l'on évoque le ballon ovale, et ce n'est pas Vincent Ducros, président et membre fondateur du rugby club de Morges, lui-même Français, qui dira le contraire.

En effet, en 2011, il crée l'AS Rugby Morges avec un patron de bar de la ville, ancien rugbyman amateur de l'AS Clermont Auvergne et un Morgien «pur souche». Il y avait encore tout à faire dans la région, «le rugby était assez méconnu», ajoute-t-il. Qu'en est-il douze ans après?

«Nous importons encore des compétences techniques françaises, mais l'objectif a toujours été de créer un rugby pour les Suisses et par les Suisses»
Vincent Ducros, président AS Rugby Morges
Les compétences techniques françaises, exemple.

Du côté de la Fédération suisse de rugby, on note que les choses sont en train de changer. «Il y a dix ans, au haut niveau en Suisse romande, on avait une sorte de "dépendance" au rugby français, car la plupart des coaches et des joueurs venaient de France», explique Aurélie Lemouzy. Elle précise que c'est de moins en moins le cas aujourd'hui, grâce notamment à une formation d'entraîneur de rugby via le programme Jeunesse et sport, financé par la Confédération.

Elle ajoute qu'en allant au bord des terrains romands, l'accent du Sud-ouest se fait entendre, mais que du côté alémanique, ce sont les Australiens, les Sud-Africains et les Néo-Zélandais qui contribuent au développement du rugby en Suisse.

Des pratiquants en hausse et un focus

Avec près de 4900 licenciés sur la saison 2022-2023 et un nombre de clubs passés de 31 à 51, le rugby suisse est «en progression», se réjouit la présidente du Comité Central de la Fédération suisse de rugby. Depuis 2011, le nombre de pratiquants a doublé en Suisse, mais les objectifs étaient nombreux: «Il fallait tout d'abord structurer la pratique du rugby en développant les associations régionales, puis créer des académies pour les jeunes et augmenter sa visibilité auprès des médias et de la population en général».

Ce sport, qui reste amateur dans notre pays, doit non seulement faire naître des vocations, mais aussi améliorer ses résultats au plus haut niveau.

«Notre financement est très dépendant de la performance des équipes nationales»
Aurélie Lemouzy, présidente du Comité Central de la Fédération suisse de rugby

Pour ce faire, la Fédération suisse de rugby a misé sur le développement du rugby à 7. Un jeu plus dynamique avec des phases de course plus importantes et une durée de match plus courte, soit 14 minutes au lieu de 80 pour le rugby à XV. Selon la fédération, le format à 7 attirait aussi plus de pratiquantes dans les régions où le rugby à XV avait du mal à se développer.

Les joueuse de rugby à 7 courent très, très vite.
Un diamant pour l'ovalie morgienne
En 2021, l'école de rugby de Morges s'est vu décerner le label Diamant par la Fédération suisse de rugby. Ce label distingue la qualité de la formation de son école du rugby. «Le club a toujours eu comme vocation de former les jeunes. Nous allons dans les écoles, proposons des initiations et partageons les valeurs du rugby». Après plus d'une décennie d'existence, Vincent Ducros sait qu'il y a encore du chemin à parcourir car «convaincre les Suisses de jouer au rugby, c'est toujours un challenge».

Ce format à l'effectif réduit a aussi un avantage indéniable: il a fait son entrée aux Jeux olympiques en 2016 et ce statut lui permet un soutien financier plus important.

«On devait montrer à Swiss Olympic, l'un de nos principaux bailleurs de fonds, qu'on avait des équipes de qualité et les résultats sont plutôt bons aujourd'hui»
Aurélie Lemouzy

Une mauvaise image à changer

Retour sur le terrain de Morges. «Attention les gars, le but, c'est pas d'arriver à fond et de mettre une cravate au mec, je ne veux pas voir de plaquage haut, d'accord?», lance Clément Cauquil. Les encouragements fusent, mais les rappels à l'ordre aussi. L'entraîneur ne le cache pas, il pratique «un sport de contacts», mais ce n'est pas «un sport violent pour autant, pas plus que le hockey».

Le plaquage était beaucoup trop haut là.

La rudesse et la violence des impacts empêchent-ils les Suisses de s'y intéresser? Pour la Fédération suisse de rugby, les blessures ne sont pas plus nombreuses ni plus graves que dans d'autres sports et cette mauvaise réputation n'est pas justifiée.

«Les règles sont différentes car on ne joue pas en Suisse comme on joue à la Coupe du monde. Dans le niveau au-dessous, on a des règles adaptées.»
Aurélie Lemouzy

Elle ajoute qu'à l'échelon inférieur, comme le championnat suisse, les protocoles en cas de blessure à la tête vont plus loin que ceux décrétés par World Rugby, l'instance internationale. Aurélie Lemouzy comprend certaines réticences mais conseille de venir assister à un match ou à une initiation. «Aujourd'hui, il est plus difficile de convaincre les parents que les enfants qui, eux, prennent beaucoup de plaisir».

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