Le père de Roger Federer s'est retiré en toute discrétion
Par son jeu, Roger Federer a enchanté des millions de passionnés. Il a remporté des titres, battu des records et redéfini l’histoire du tennis. De New York à Londres en passant par Paris, chacune de ses apparitions déclenchait une vague d’enthousiasme. Pourtant, si le Suisse semblait seul sous les projecteurs, il ne s’est jamais considéré comme un homme isolé.
Lorsque Roger Federer rencontre Mirka Vavrinec il y a 26 ans, celle qu’il épousera en 2009 et avec qui il aura quatre enfants, il est encore loin d’être la figure planétaire du tennis, ambassadeur de marques de luxe et milliardaire. Il n’a même pas encore remporté le moindre titre.
Sans son épouse, sa carrière ne se serait probablement pas prolongée jusqu’en 2022. Certains de ses chapitres les plus mémorables n’auraient sans doute jamais été écrits. Comme ce retour triomphal de 2017: après six mois d’absence, Federer, alors âgé de 35 ans, remporte l’Open d’Australie en battant son grand rival et ami Rafael Nadal en finale. Il décroche ainsi son 18e titre du Grand Chelem, le premier après cinq ans et demi d’attente. Deux autres suivront encore.
Si Mirka a joué un rôle déterminant dans cette longévité exceptionnelle, d’autres ont rendu cette trajectoire possible dès le départ: Roger lui-même, grâce à son talent, son travail et sa discipline, mais surtout ses parents, Robert et Lynette Federer.
Durant ses années de formation, ils le conduisent aux entraînements, l’accompagnent dans les tournois et l’encouragent sans relâche. Ils ne lui mettent jamais de pression excessive. Une défaite ne les inquiète pas. Ce qu’ils exigent, en revanche, c’est de l’engagement et de l’investissement.
Roger ne répond pas toujours à ces attentes. Robert Federer se souvient notamment d’un tournoi disputé un dimanche d’hiver:
Les sacrifices sont aussi financiers. Pour soutenir la carrière de leur fils, Lynette Federer augmente son temps de travail. Entre 13 et 17 ans, les parents de «RF» paient environ 30'000 francs par an, en plus du soutien de la fédération.
Roger Federer n’a jamais oublié ces efforts. Il les a récompensés par des cadeaux, comme une Harley-Davidson offerte à son père, mais surtout par une profonde reconnaissance. Les liens familiaux restent très forts. Les vacances se passent souvent ensemble et, récemment encore, Federer assistait avec sa mère Lynette à un quart de finale du Championnat du monde de hockey sur glace à Zurich.
Pendant la carrière du Maître, ses parents occupaient également une place centrale dans sa gestion. Avant que Tony Godsick ne transforme Federer en marque mondiale, Robert et Lynette assuraient eux-mêmes son management. Ils avaient créé une société, répondaient au courrier des fans et participaient à la mise en place d’une fondation dédiée aux enfants en Afrique.
Créée en 2004, la Roger Federer Foundation intervient aujourd’hui dans plusieurs pays d’Afrique australe ainsi qu’en Suisse. Elle a distribué plus de 100 millions de francs à des projets éducatifs. Comme souvent dans l’univers Federer, cette aventure est aussi une affaire de famille: Mirka, Lynette et Robert siègent tous au conseil de fondation. Du moins jusqu’à récemment.
À la fin de l’année dernière, Robert Federer a quitté le conseil après 22 années de présence. Interrogée par le média Schweiz heute, la directrice générale Maya Ziswiler explique qu’il a choisi de se retirer «afin de laisser la place à de nouvelles perspectives et expertises». Elle précise toutefois qu’il continuera à accompagner et soutenir la fondation.
Selon elle, Robert Federer a largement contribué à la visibilité de l’organisation et à son orientation stratégique, notamment dans le domaine de l’éducation de la petite enfance en Afrique du Sud et en Suisse. D’où une certaine surprise: son départ n’a fait l’objet d’aucune communication publique. Ni dans le rapport annuel publié en avril, où Roger Federer affirme être fier de «partager cette mission avec sa famille», ni sur les réseaux professionnels comme LinkedIn. Sur le nouveau site internet de la fondation, le nom et la photo de Robert Federer ont également disparu.
Cette discrétion correspond finalement à l’image qu’il a toujours cultivée: celle d’un père accessible mais réservé, humble et peu enclin à se mettre en avant. Jamais il n’a cherché la lumière; seule comptait la mission qu’il servait.
La fondation recherche actuellement un nouveau membre pour compléter son conseil, où siègent toujours Roger Federer, son épouse Mirka et sa mère Lynette. Maya Ziswiler indique qu’une communication plus large sera envisagée au moment de cette nomination.
Des trajets vers les tournois juniors aux années de management, puis à son engagement au sein de la fondation, Robert Federer, qui fêtera ses 80 ans à la mi-juin, a toujours été présent, bien avant que le monde ne découvre son fils. Il l’a accompagné, soutenu et contribué à façonner sa réussite. Aujourd’hui, il se retire. En silence, presque dans l’anonymat. Pourtant, sans lui, l’histoire de Roger Federer aurait sans doute été bien différente.
