La Suisse reconsidère son soutien à Gianni Infantino
Gianni Infantino peut voir venir. A l’approche du 18 novembre, date butoir pour le dépôt des candidatures à la présidence de la Fifa, il est à ce jour le seul prétendant à sa succession.
En outre, le Valaisan peut compter sur le soutien de trois confédérations: la Confédération sud-américaine (Conmebol), la Confédération africaine (CAF) et la Confédération asiatique (AFC). Elles lui assurent, avec 111 voix sur l’ensemble des 211 fédérations membres de la Fifa, la majorité absolue lors du scrutin qui se tiendra en mars 2027 à Rabat, au Maroc.
Quid de l'Europe? Au lendemain de l'affaire Balogun, il se murmurait que certains dirigeants au sein de l'UEFA cherchaient à faire émerger un candidat crédible pour défier le Suisse.
Or selon The Guardian, plus de 200 fédérations auraient déjà apporté leur soutien à Infantino par lettre. Cela inclut donc bon nombre des 55 nations européennes que compte l’UEFA. «Seules quelques-unes des 211 associations membres de la Fifa n’ont pas encore adressé de lettre de soutien à Infantino», écrit le quotidien britannique, qui ajoute:
Contactée par watson, l'Association suisse de football (ASF) indique faire partie des nombreuses fédérations qui ont envoyé une lettre de soutien à Gianni Infantino.
Les polémiques en Amérique du Nord, notamment celle autour de l'attaquant Folarin Balogun, gracié par la Fifa sur demande de Donald Trump, semblent toutefois avoir relancé en interne la réflexion sur le soutien à Gianni Infantino. D'autant que la lettre ne constitue pas un engagement définitif: elle peut être retirée ou réattribuée à un autre candidat jusqu'au 18 novembre. L'ASF, qui avait appuyé la candidature du Valaisan lors de la précédente élection, doit donc encore arrêter sa position finale.
Elément notable: la fédération helvétique souhaite également échanger à ce sujet avec ses «partenaires externes». Elle désigne par là «d'autres fédérations» membres de l'UEFA.
Il n'est pas impossible que l'ASF consulte aussi ses principaux sponsors, dans un contexte où la popularité de Gianni Infantino s’est fortement dégradée, comme l’illustre le succès de la campagne «Reboot FIFA» menée par l’organisation FairSquare.
La dimension politique n’est pas à négliger non plus. Si elle venait à ne pas accorder son soutien à l’enfant du pays, pourtant annoncé comme grand favori à sa propre succession, la Suisse ferait un choix fort. Elle prendrait toutefois le risque de froisser une instance qui a récemment renforcé sa présence à l’étranger et modifié ses statuts pour se donner la possibilité de quitter son siège zurichois.
Un risque que la Fédération française de football (FFF) ne semble pas prête à prendre. D’après L’Equipe, la FFF votera en faveur de Gianni Infantino lors du scrutin de mars 2027. Son président, Philippe Diallo, est «extrêmement pragmatique», constate le quotidien français.
«Il sait très bien (...) que si vous allez frontalement contre le président de la Fifa, vous en payez forcément les conséquences», ajoute L'Equipe. Or la France ambitionne d'organiser la Coupe du monde 2038, 100 ans après l’édition de 1938 et 40 ans après celle de 1998.
Le président de la Fédération française de football sait aussi «très bien qu’il n’y aura pas de candidat contre Gianni Infantino», précise le journal, qui relativise les informations de talkSPORT selon lesquelles de hauts responsables des fédérations bosnienne, norvégienne, suédoise, allemande et espagnole seraient favorables à une candidature du propriétaire du Legia Varsovie, Dariusz Mioduski. La Belgique, lésée dans l’affaire Balogun, et la Pologne auraient de leur côté apprécié le profil de Nasser Al-Khelaïfi, qui ne souhaiterait toutefois pas se porter candidat, à l'image du président de l'UEFA, Aleksander Ceferin.
En temporisant depuis les événements survenus outre-Atlantique, l'Association suisse de football, qui souhaite avoir «un nouvel échange personnel avec le président de la Fifa», et qui suit «de près l'évolution de la situation au sein de l'instance», semble quelque peu se rapprocher de la position allemande.
La Fédération allemande de football (DFB) n'a pas adressé de lettre de soutien à Infantino. Elle n'a pas non plus répondu favorablement aux sollicitations d'un membre du comité exécutif de la Fifa, Elkhan Mammadov, qui aurait approché, durant la Coupe du monde, les nations européennes engagées aux Etats-Unis, au Canada et au Mexique afin de récolter des signatures en faveur d'Infantino.
L'association est ainsi perçue par certains comme l'une des plus critiques à l'égard d'un nouveau mandat du dirigeant valaisan, même si elle s'est pour l'instant contentée d'évoquer, comme la Suisse, la nécessité d'une réflexion approfondie auprès de l'agence de presse allemande SID.
On ne sait pas encore ce que décidera l'ASF, l'affaire Balogun ayant visiblement rebattu les cartes. Une chose est néanmoins sûre: quelle que soit l'issue des discussions, Gianni Infantino demeurera en position de force avant le scrutin de mars 2027.
