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ATP: le coaching va en aider certains et en dégoûter d'autres

ATP: le coaching va en aider certains et en dégoûter d'autres
Les consignes les plus évidentes (genre «réfléchis deux secondes», de Nicolas Massu) sont parfois les plus percutantes.

Le coaching dans le tennis va en aider certains et en dégoûter d'autres

A compter de ce lundi 11 juillet, l'ATP autorise le dialogue et le langage des signes. Une mesure qui fera beaucoup causer, sur le court comme en dehors.
11.07.2022, 18:5111.07.2022, 18:51

Jusqu'ici, quand un coach babillait ou gesticulait, l’arbitre avait le devoir d'interpréter le sens du propos, notamment s'il prenait la direction du joueur. Toute forme de communication entre le box et le court était formellement interdite par le règlement de l'ATP: le staff ne pouvait envoyer ni messages, ni signaux, ni pigeon voyageur. Dès ce lundi, le dialogue est ouvert pour une période exploratoire de six mois.

Fumette et tennis,
même combat

C'est un peu comme la dépénalisation du cannabis: il s'agit de tolérer une pratique que les autorités ne parviennent plus, souvent n'essaient même plus de proscrire.

«Les arbitres sont parfaitement au fait de ces usages et ferment les yeux (dans leur immense majorité) si le coaching ne devient pas trop voyant»
Patrick Mouratoglou sur Sky Sports

Avec les années, les coachs ont développé des modes de communication paranoïaques, fondés sur l'onomatopée et le mime, dont certains semblent empruntés à Grégoire Lecomte et Johnny English. Langage codé: grattement d'oreille pour la direction du service (droite ou gauche). Langage des signes: scier un arbre (slicer), caresser un chat (bomber les trajectoires).

«Je ne vais donner aucun nom mais même les joueurs réputés pour être les plus grands guerriers du circuit sont aidés par leur box pendant un match. Ils ne s’en sortent pas tout seuls», cafte le coach Patrick Mouratoglou.

Suivez son regard: au moindre doute, Rafael Nadal convoque l'avis de ses coachs - d'un simple froncement de sourcil. «Quand j’affrontais Rafa, je savais exactement où il allait servir sur une balle de break. Je regardais son oncle en train de parler et je comprenais», rapporte Richard Gasquet dans son autobiographie.

Toni et Rafael Nadal.
Toni et Rafael Nadal.

Comme la dépénalisation du cannabis, le nouveau règlement fait l'objet d'un vaste débat de société: les uns y voient la fin d'une hypocrisie, les autres une capitulation, contraire à l'esprit du sport. «L'ATP change les règles pour ne plus avoir à faire la police», dénonce Enzo Couacaud (ATP 207) sur francetvinfo. «Le coaching, la pause toilette, les 25 secondes au service: l'ATP n'arrive pas à faire respecter les consignes aux meilleurs.» Alors elle change les consignes.

Dans Le Temps, le spécialiste Laurent Favre résume avec poésie: «On compare souvent le match de tennis à une pièce de théâtre, avec une scène, des acteurs, des actes, un public. Il y aura désormais un souffleur, ce qui est somme toute assez logique, mais au théâtre il reste caché.»

Pas d'esclandre

Les échanges «verbaux et non verbaux» ne seront autorisés qu'à partir du box, à savoir les sièges attribués officiellement au staff du joueur. Ces interventions ne devront pas excéder quelques phrases ni offenser l'adversaire, fusse de manière détournée (genre: «Tu ne vas quand même pas reculer devant ce service de ouistiti»).

Autre restriction: entraîneur et joueur ne pourront dialoguer que sur le même versant du court. Les gestes, eux, seront admis partout, toujours en veillant à ne pas heurter l'adversaire. Seule exception: le coaching reste interdit dès lors qu'un joueur quitte le court, quelle qu'en soit le motif. Une pratique toujours plus répandue.

Par ces précisions, l'ATP entend dissuader toutes tentatives de déstabilisation, mais aussi les engueulades obscènes qui, de plus en plus souvent, opposent des joueurs à leur box (Medvedev, Kyrgios, Murray).

Les grands gagnants

Ceux qui trichaient dans des langues usitées, telles que l'anglais ou l'espagnol, n'auront plus à masquer ni leurs lèvres, ni leurs intentions: leur parole est libérée.

Le coaching avantage également tous ceux qui, à un moment ou un autre, manquent de lucidité ou de confiance en eux, «soit à peu près... 99% des joueurs de tennis», selon les estimations de Nick Kyrgios. Certains plus que d'autres: Nadal, Wawrinka, Tsitsipas, Auger-Aliassime.

Certes, les mots ne sont pas toujours châtiés et sophistiqués. Il ne faut pas surestimer la portée d'un conseil dont le principe général consiste à mettre plus ou moins de rythme, à frapper plus ou moins près de la ligne. «Souvent, ce sont des mots très simples, très basiques, mais qui font du bien parce qu'ils remettent les idées en place ou redonnent du courage», nous confiait Stan Wawrinka à l'Open d'Australie 2014, à une époque où Séverin Lüthi lui lançait encore des «va chercher, va chercher!» comme d'autres lancent une balle à leur chien.

Stefanos Tsitsipas et son père ont toujours eu une communication très directe.
Stefanos Tsitsipas et son père ont toujours eu une communication très directe.

C'est tout le danger du coaching à la demande: il pourrait favoriser chez les plus vulnérables une forme de dépendance toxique, voire une emprise insidieuse, au détriment de l'instinct joueur, de la faculté d'adaptation et de l'esprit d'initiative, subséquemment de l'autonomie.

Les grands perdants

Ceux qui trichaient en grec (au hasard) ou en Suisse allemand (noms connus de la rédaction) perdent un avantage concurrentiel certain: en parlant un langage que très peu d’arbitres comprennent, les pères, surtout, pouvaient faire passer leur coaching pour du paternalisme (genre: «Mets de la crème solaire»).

Les joueurs créatifs, aux intuitions géniales, doués d'une grande compréhension du jeu, sont les autres perdants. Certains en particulier: Federer, Djokovic, Murray, Kyrgios.

«On voit des joueurs qui ont des capacités d'analyse aux changements de côté. Ces capacités leur permettent de trouver des solutions, ce qui est une qualité, explique Arnaud Clément sur Eurosport. Là, un regard extérieur va leur enlever le petit plus qu'ils avaient par rapport aux autres. Je trouve ça un peu dommage.»

Avec des prérogatives étendues, les coachs prendront davantage de place, puis d'importance et d'argent. Chantre des inégalités de classe, Enzo Couacaud le déplore haut et fort: «Un coach, parfois payé super cher car c'est un ancien top 5 ou top 10, va donner les clés à son joueur. Ce coaching va dénaturer le tennis.» Réponse dans six mois.

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