Pogacar ne suffira pas à sauver le Tour de Suisse
Seulement cinq étapes au lieu de huit chez les hommes; les femmes et les hommes réunis chaque jour; des circuits à la place d'étapes classiques, avec un lieu de départ et d'arrivée identique: le Tour de Suisse, organisé pour la première fois en 1933, se réinvente. Parce qu’il le veut, mais surtout parce qu’il le doit. Depuis des années, la course fait face à des difficultés financières, peine de plus en plus à trouver des sites hôtes et subit une pression concurrentielle croissante.
Autrefois, le Tour de Suisse était considéré comme la course par étapes la plus prestigieuse derrière le Tour de France, le Giro et la Vuelta. Ces dernières années, l’épreuve a toutefois perdu de son éclat. Les raisons sont multiples. Alors qu’ailleurs, des routes sont spécialement construites pour des courses cyclistes ou que des régions entières sont fermées pour accueillir de grands événements, les restrictions temporaires de circulation suscitent une opposition grandissante en Suisse.
S’ajoutent à cela les accidents mortels de Gino Mäder lors du Tour de Suisse 2023 et de la junior Muriel Furrer aux Championnats du monde 2024 à Zurich. Ces deux tragédies ont profondément ébranlé le cyclisme suisse et marqué la manière dont il est perçu par le public.
Pogacar offre une visibilité mondiale
Lors de ces deux courses, l’Argovien Olivier Senn assumait la responsabilité de l’organisation. Malgré cela, il continue de se battre – pour son sport et pour le Tour de Suisse. Début juin, deux semaines avant le départ de la 89e édition, l’homme de 56 ans se montre plus optimiste pour l’avenir qu’il ne l’a été depuis longtemps.
Car cette fois, la chance est de son côté. Après avoir déjà disputé et remporté le Tour de Romandie, Tadej Pogacar prendra pour la première fois le départ du Tour de Suisse. Le Slovène, véritable superstar du vélo, est le meilleur cycliste du monde actuellement.
Avec Pogacar, la course bénéficie exceptionnellement de cette attention mondiale dont elle rêve depuis des années. Le quadruple vainqueur du Tour de France (28 ans) ne pourra certes pas faire disparaître les défis structurels du Tour de Suisse. Mais il n’en demeure pas moins une véritable aubaine pour cet événement.
«Quand il est là, l’attention est incomparablement plus grande», affirme Olivier Senn. «Cela nous donne la possibilité de présenter notre nouveau concept». Celui-ci se veut durable et en phase avec son époque. Le directeur du Tour de Suisse enchaîne:
Le fait que le Slovène arrive précisément maintenant est toutefois sans doute davantage lié à son agenda personnel qu’au prestige de l’épreuve. Pour Pogacar, le Tour de Suisse représente une ligne manquante à son palmarès. Une fois qu’elle sera comblée, il n’existera que peu de raisons sportives de revenir.
Des initiatives et une fête populaire
Sa présence est une bénédiction, mais elle ne sauvera pas la course. Gabriela Buchs, directrice générale de Cycling Unlimited, l'entreprise qui chapeaute le Tour de Suisse, en est elle aussi consciente:
Sa solution: des parcours plus compacts, davantage d’«expérience» pour les fans, plus de proximité avec les athlètes ainsi que l’organisation conjointe des épreuves féminines et masculines.
Etape 2: 18 juin à Locarno (158 km / 105 km)
Etape 3: 19 juin à Bad Ragaz (158 km / 120 km)
Etape 4: 20 juin à Aarburg (contre-la-montre de 23,8 km)
Etape 5: 21 juin à Villars-sur-Ollon (151 km / 100 km)
A cela s’ajoutent des Family Days, une Coupe des mascottes, des courses pour enfants, une fan zone, une présentation des équipes durant laquelle les talents culinaires des coureuses et coureurs sont mis à l’épreuve, ainsi que la traditionnelle caravane publicitaire.
Le Tour de Suisse fait contre mauvaise fortune bon cœur. Grâce au nouveau concept, les coûts diminuent et l’attractivité augmente. L’intérêt des sites potentiellement candidats serait important, affirme Senn, «y compris de la part de grandes villes. Nous ne sommes plus seulement une course cycliste, mais un événement».
Mais on n’en est pas encore là. Les villes-étapes s’appellent Sondrio en Italie, Locarno, Bad Ragaz, Aarbourg et Villars-sur-Ollon – et non Berne, Bâle, Lucerne ou Zurich.
Les organisateurs espèrent que le Tour de Suisse sera davantage qu’une course cycliste: une fête populaire, un lieu de rencontre, un événement. Tadej Pogacar permet au monde entier de tourner les yeux vers cette manifestation. Mais il faudra attendre que le Slovène soit passé à autre chose pour savoir si la réforme est un succès.
Adaptation en français: Yoann Graber
