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Trop fortes, les joueuses trans font peur au rugby

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Trop fortes, les joueuses trans font peur au rugby

Jugées dangereuses pour leurs adversaires en raison de leur puissance et leur gabarit, les rugbywomen trans sont parfois interdites de compétition. La question revient dans tous les sports: que fait-on des athlètes qui bousculent les codes?
10.04.2021, 08:3311.04.2021, 16:33

Le rugby a toujours prôné des valeurs de tolérance et d'intégration. Ceux qui en défendent la pratique rappellent souvent que c'est un sport ouvert à tout le monde, quels que soient sa taille, son poids ou ses capacités physiques. Mais ce n'est pas tout à fait vrai: le rugby n'a pas vraiment de place pour les joueuses transgenres, c'est-à-dire les personnes nées dans un corps masculin et qui ont ensuite transitionné.

La Fédération internationale leur interdit carrément de disputer des matches, au motif qu'elles représentent un danger pour leurs adversaires. Elle souligne qu'il y a «au moins 20 à 30% de risque supplémentaire» de blessure lorsqu'une rugbywoman est plaquée par une femme qui aurait eu une puberté masculine. Pour la Fédération, ces joueuses «sont 25 à 50% plus fortes, 30% plus puissantes, 40% plus lourdes et environ 15% plus rapides que les athlètes assignées femmes à la naissance».

Les instances internationales ne se prononcent toutefois pas sur la pratique de ces joueuses dans les championnats nationaux. Concrètement: chaque pays est libre d'autoriser ou non les transgenres à participer. On appelle ça botter en touche.

Les différentes divisions établissent donc chacune leurs propres critères de sélection. La Suisse compte environ un millier de licenciées. Il y a quelques années, une trans alémanique avait sollicité la Fédération pour obtenir une licence. «Une discussion s'était engagée entre le staff du club, les partenaires, etc. se souvient Aurélie Lemouzy, manager de l'équipe de suisse féminine. Il fallait que tout le monde soit d'accord. Elle avait été autorisée à jouer.»

«En Suisse, l'acceptation des joueuses trans est gérée au cas par cas par la commission médicale de la Fédération»
Aurélie Lemouzy

La première division française a aussi fait bon accueil à Alexia Cerenys. La participation de cette solide joueuse offensive (1m78 pour 98 kg) est ardemment défendue par Jean-François Lombard. Le président de son club de Lons, que nous avons contacté par téléphone, ne voit pas très bien au nom de quoi on interdirait sa protégée.

«Alexia a peut-être des capacités physiques un peu différentes, mais elle est confrontée à des joueuses aussi musclées et athlétiques qu'elle. Je la vois tout aussi souvent que les autres un genou à terre. Et puis, quand une adversaire vient mettre un gros caramel sur une de mes ailières, qui fait 45 kg avec les crampons, c'est tout aussi dangereux. De toute manière, nous ne sommes pas là pour juger les gens. Nous devons accepter tout le monde. Le sport est une manière de s'épanouir, quel que soit le genre.»
Alexia Cerenys dans ses oeuvres.
Alexia Cerenys dans ses oeuvres.Image: DR

La pratique sportive ne peut toutefois s'affranchir de règles, faites pour garantir l'équité entre toutes les participantes. Or que faire lorsque des athlètes viennent bousculer les codes et les catégories? Cette question, c'est celle que pose Alexia en rugby, mais aussi l'handballeuse transgenre Hannah Mouncey (interdite de compétition en Australie) ou l'athlète hyperandrogène Caster Semenya.

Il y a plusieurs manières d'y répondre:

  • La première est celle choisie par le président de Lons. Elle consiste à faire de la place pour tout le monde et à accepter les inégalités qui, de facto, existent dans n'importe quelle compétition: les personnes verticalement contrariées n'ont jamais eu les mêmes chances que les autres en basket ou en volley-ball, si?
  • La deuxième prône l'exclusion. C'est la position de World Rugby mais aussi celle du gouverneur du Mississipi. Ce dernier vient de signer un projet de loi interdisant aux athlètes transgenres de participer à des compétitions féminines. Tate Reeves entend «protéger les jeunes filles», fatalement incapables de «rivaliser avec des hommes biologiques» se déclarant femmes. Le Républicain est soutenu par le collectif «Sauver le sport féminin».
  • La troisième se veut plus nuancée. Elle consiste à accepter les joueuses trans mais sous certaines conditions. Le championnat de rugby anglais a défini ces conditions: il leur fait une place si elles suivent une hormonothérapie afin de baisser leur taux de testostérone en dessous de 5 nmol/L pendant au moins douze mois. Celles qui pèsent plus de 90 kilos ou mesurent plus d'1m70 pourraient bientôt subir un examen afin de déterminer si elles représentent un risque pour la sécurité des autres joueuses.
Quelle solution a votre préférence?
Au total, 165 personnes ont participé à ce sondage.

Cette dernière approche, prudente et nuancée, est celle que défend Aurélie Lemouzy dans un sport durement touché par les commotions.

«Les athlètes sont de plus en plus forts, rapides, explosifs. Comment accompagner cette évolution afin de garder un sport safe à tous les niveaux?»
Aurélie Lemouzy

Le président de Lons estime que c'est un argument qui peut «être entendu». Mais il n'envisage pas pour autant de se séparer de sa protégée. «C'est un plaisir d'avoir Alexia dans l'équipe, car c'est une belle personne et son expérience force le respect. Elle va au bout de ce qu'elle entreprend, elle est solide dans ses décisions. Elle ne se ment pas à elle-même.» On voit venir le plaquage et il arrive: «Peu de gens peuvent s'enorgueillir de ce genre de qualités. Elle a beaucoup à apprendre aux autres.»

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