Ce prof de tennis romand participe à un Championnat d'Europe très spécial
Imaginez: vous n'avez jamais essayé un sport et, le lendemain, vous disputez un match de Championnat d'Europe dans le sport en question. C'est exactement ce qui est arrivé à Fabien Lévi l'année dernière. C'était en POP tennis, l'une des nombreuses nouvelles disciplines dérivées du tennis.
«Depuis enfant, j'adore les sports de raquette. J'en ai pratiqué plusieurs. Mais jusque-là, je n'avais pas prêté attention au POP tennis», explique ce prof de tennis de 46 ans, qui habite à Divonne-les-Bains mais enseigne dans le canton de Vaud, notamment dans le célèbre club de Bonmont, sur les hauts de Nyon. Un malentendu va tout changer.
Curieux de découvrir ce sport de ses propres yeux et de revoir son ami, Fabien Lévi s'exécute. Il ne se doute toujours pas de ce qui l'attend. «En juillet, un mois avant le tournoi, Fabrizio me rappelle. Il me demande: "Tu as trouvé un partenaire de double?" Je suis resté sans voix. Je pensais que j'y allais uniquement comme spectateur!»
Le natif de Montpellier répond évidemment «non», puisqu'il n'a même pas pensé à en chercher un. «C'est pas grave, tu ne joueras que le simple. Tu es inscrit!», lui rétorque son pote transalpin. Fabien Lévi accepte et tente quand même de trouver son binôme pour le double, en France et en Suisse, parmi ses nombreux amis adeptes de sports de raquette. En vain.
Peu importe, le prof de Bonmont, lui, s'y rend. «J'ai tapé les premières balles de POP tennis de ma vie la veille de mon premier match, en faisant deux sets d'entraînement», se marre-t-il.
Fabien Lévi nous présente le POP tennis, en vidéo
Et autant dire que la confiance n'est pas au rendez-vous. «Je pensais que j'allais me faire écraser, parce que je ne connaissais rien à ce sport! Quelques jours plus tôt, j'avais juste lu les règles, mais il y avait beaucoup de nouvelles choses techniques et tactiques à assimiler».
Gestes plus courts et une règle différente
A sa plus grande surprise, Fabien Lévi s'en sort très bien: il atteint les quarts de finale en simple comme en double. Mais ce n'est pas vraiment un hasard. «En comparaison du padel, du pickleball et du beach tennis, le POP tennis est la discipline qui ressemble le plus au tennis», observe l'expert, qui a atteint un très bon niveau de tennisman («entre N4 et R1» à son top).
La raquette, pleine, ressemble à celle du padel. La balle – molle – aussi. Le nom «POP tennis» vient d'ailleurs du son de l'impact entre la sphère jaune et la raquette en plastique dur. Contrairement au padel, il n'y a ni vitre ni grillage autour du terrain. Le court est nettement plus petit et le filet légèrement plus bas qu'en tennis. Mais le score se compte de la même manière qu'en tennis. Et un point se marque d'une façon similaire: un coup gagnant (un seul rebond possible) ou une faute de l'adversaire (une balle dans le filet ou hors des limites).
Une règle importante diffère toutefois: l'enchaînement service (qui se fait systématiquement à la cuillère)-volée est interdit. Avec une conséquence majeure:
Les coups sont les mêmes qu'au tennis, avec néanmoins une petite adaptation nécessaire, comme le souligne Fabien Lévi: «Il faut une préparation des gestes plus courte, étant donné que le terrain est plus petit et les échanges par conséquent plus rapides.»
DJ, convivialité et balbutiements
Si le POP tennis a de fortes ressemblances avec son grand frère, l'ambiance d'un Championnat d'Europe n'a, elle, rien à voir avec celle d'un Grand Chelem de tennis. «Il y a de la musique pendant les matchs, avec un DJ qui joue son set. Il n'y a que des amateurs, l'ambiance est très conviviale et on forme avant tout une grande famille d'amoureux de sports de raquette», s'enthousiasme le professeur vaudois.
A tel point qu'il va remettre ça en juin, en participant à la deuxième édition de ces Européens de POP tennis, qui ont lieu cette année à Arvika en Suède, du 25 au 28 juin.
Et cette fois, il ne sera pas pris au dépourvu. «Je connais depuis longtemps mon partenaire de double, qui sera mon ami italien Fabrizio Zonca». Fabien Lévi enchaîne, en se marrant:
Comme l'an dernier, il n'a trouvé aucun Suisse pour l'accompagner, alors qu'«il suffit d'avoir un niveau amateur correct en tennis pour être à l'aise en POP tennis», assure le tennisman de Bonmont. Certes, il faut mettre «environ 1 000 francs» de sa poche pour le voyage et l'hôtel, et prendre cinq jours de congé.
Mais s'il n'y a aucun Helvète inscrit pour le moment (les inscriptions sont ouvertes à tout le monde jusqu'au 15 juin), c'est surtout parce que ce sport est totalement inconnu dans notre pays. Il n'existe aucun terrain, aucun club et encore moins une fédération.
Même au niveau mondial, la discipline n'en est qu'à ses balbutiements. L'International POP Tennis Association a vu le jour, mais les Championnats d'Europe sont organisés par des petits comités indépendants. Nouveauté notable: cette année, il y aura pour la première fois des tableaux de simple et de double féminins.
Plus accessible que le tennis
Pour l'instant, le POP tennis a surtout pris en Italie. «Parce que des passionnés de sports de raquette y ont notamment vu l'opportunité d'un business», précise Fabien Lévi. Et pour cause: tous ces nouveaux sports dérivés du tennis, moins exigeants physiquement et plus accessibles techniquement que leur grand frère, sont susceptibles d'attirer beaucoup plus de pratiquants. «Sans compter qu'ils sont aussi plus conviviaux, car ils se jouent principalement en double», ajoute Fabien Lévi.
En Scandinavie aussi, le POP tennis gagne en popularité. «J'ai entendu qu'en Suède, le padel s'essouffle déjà et commence à être remplacé par le POP tennis», fait savoir le quart de finaliste européen. Le tournoi suédois, fin juin, aura d'ailleurs un prestigieux ambassadeur local: Magnus Norman, ex-numéro 2 mondial en tennis et actuel coach de Stanislas Wawrinka.
Si la star vaudoise décidait à son tour de prêter son image au POP tennis, Fabien Lévi pourrait sans doute trouver beaucoup plus facilement des participants pour l'accompagner à un prochain Championnat d'Europe.
Même sans ça, grâce à cette ambiance conviviale, il connaît désormais suffisamment de joueurs pour ne plus avoir à découvrir son binôme seulement cinq minutes avant le premier coup de raquette!
