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«Trop à gauche, c'est inacceptable»: l'UDC prévoit d'attaquer la SSR

Depuis des mois, le président de l'UDC Marco Chiesa boycotte la radiotélévision de Suisse italienne RSI. Ce n'est qu'un signe avant-coureur d'une attaque à l'échelle nationale. Un comité d'initiative se forme déjà.
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07.02.2022, 17:14
Othmar von Matt / ch media

La colère de Marco Chiesa était immense. «Honte à vous, RSI», a déclaré le président de l'UDC Suisse le 1er août dans une vidéo publiée sur Facebook. Il s’y plaignait notamment de la télévision publique de la Suisse italienne.

Que s'est-il passé? L'UDC du canton du Tessin avait célébré la fête nationale au Grotto Arla da Covin à Lugano. Chiesa était présent. La RSI ne l’était pas. La chaîne n'avait pas couvert l'événement.

image: Oscar Alessio/Keystone/Montage CH Media

Cela a provoqué des différends entre l'UDC tessinoise et la RSI, qui persistent en partie jusqu’à aujourd'hui. Ce même 1er août, l'UDC a exigé la démission du chef de l'information de la RSI, Reto Ceschi, pour «partialité manifeste». Marco Chiesa a menacé de réduire la redevance de concession de la SSR à 200 francs. Ceci par le biais d'une initiative de réduction de moitié.

Le chef de l'information de la RSI, Ceschi, s'étonne de la mésentente avec le président de l'UDC. Chiesa a toujours entretenu de bonnes relations avec la RSI, dit-il. Ce n'est qu'en tant que président de l'UDC Suisse que sa relation avec la SSR «a, selon notre perception, changé». Pour Ceschi, une contribution de l'UDC le 1er août n'avait aucun sens. Il s’agit d’une fête nationale et «pas d’un congrès du parti».

Ceschi affirme connaître très bien Marco Chiesa. Mais le président de l'UDC n'a plus participé à aucune émission d'information de la RSI depuis octobre jusqu'à aujourd'hui. «Et il ne nous parle plus non plus».

«La SSR décrit le monde sous un angle de gauche»

Les représentants de la RSI estiment que les attaques de Chiesa s'inscrivent dans un contexte plus large. Elles seraient le signe avant-coureur d'une attaque contre l'ensemble de la SSR comprenant les chaînes nationales SRF, RTS et RSI. Elle devrait suivre après la votation sur la loi sur les médias.

Que dit Marco Chiesa lui-même à propos de son désaccord avec la RSI? Je ne sais rien d'une «discorde», affirme-t-il. «Nous critiquons simplement le fait que la SSR, le média le plus puissant de Suisse, décrit le monde majoritairement sous un angle de gauche», déclare-t-il à CH Media. «C'est inacceptable à tous points de vue. C'est pourquoi une initiative populaire visant à réduire de moitié la redevance obligatoire à 200 francs devrait bénéficier d'un large soutien au sein de la population».

Un affront à la SSR se profile. Des recherches montrent qu'un comité interpartis se forme en coulisses. Avec comme but une initiative populaire qui vise à réduire de moitié la redevance SSR à 200 francs.

Le comité comprend le conseiller national UDC Thomas Matter ainsi que Hans-Ulrich Bigler (PLR), directeur de l'Union suisse des arts et métiers (Usam). Des politiciens nationaux du PLR devraient également être à bord. L'initiative devrait être lancée dans les quatre mois suivant la votation sur la loi sur les médias.

Gros mécontentement

Le mécontentement de l’UDC à l'égard de la SSR est considérable. Le 21 août 2021, le président de l'UDC Marco Chiesa s'est plaint par écrit au directeur général de la SSR Gilles Marchand. Son reproche est intervenu après l'assemblée des délégués sur la révision de la loi Covid. Selon lui, le «téléjournal» s'est davantage préoccupé de savoir combien de délégués ne portaient pas de masque que de son contenu.

Mi-janvier, le chef du groupe parlementaire Thomas Aeschi était également intervenu. Il s’est adressé à la directrice de la SRF, Nathalie Wappler, directrice générale adjointe de la SSR. Aeschi a critiqué le fait que la radio SRF ait fait d'une phrase du conseiller fédéral Ueli Maurer le gros titre de l'assemblée des délégués du 15 janvier. Un entretien entre Chiesa, Aeschi et Wappler est désormais prévu pour le mois d'avril.

Un entretien aura lieu en avril entre Nathalie Wappler, directrice de la SRF (photo), Marco Chiesa, président de l'UDC et Thomas Aeschi, chef du groupe parlementaire UDC.
Un entretien aura lieu en avril entre Nathalie Wappler, directrice de la SRF (photo), Marco Chiesa, président de l'UDC et Thomas Aeschi, chef du groupe parlementaire UDC.image: KEYSTONE

L'UDC a également été irritée par le fait que deux «clubs» de la SRF consacrés à l'accord-cadre aient eu lieu sans représentation de l'UDC. Le conseiller aux Etats UDC Werner Salzmann et le conseiller national UDC Thomas Hurter sont intervenus avec le président du PLR Thierry Burkart auprès du médiateur. L'intervention concerne l'émission «Rundschau» du 2 février.

Le reportage, qui traitait de scénarios d'attaque pour le nouvel avion de combat F-35, viole les principes d'objectivité et de transparence. C’est ce qu’indique la lettre, dans laquelle la SRF est qualifiée «de soutien au groupe Suisse sans armée et aux fabricants en situation d'infériorité».

A la SSR, on souligne que toutes les parties ont le droit d'exprimer leur mécontentement à propos de contributions. Elles peuvent également s'adresser au médiateur. «La SSR se prête en tout temps à cette discussion», déclare Edi Estermann, chef des médias de la direction générale. «Nous sommes toujours, et actuellement aussi, en discussion avec l'UDC à différents niveaux».

«L'indépendance reste non négociable»

Estermann ne se montre toutefois pas conciliant sur un point: «L'indépendance des rédactions et des programmes reste non négociable». Des médias indépendants et un paysage médiatique diversifié sont une condition préalable au bon fonctionnement de la démocratie et à la libre formation de l'opinion, souligne-t-il. «La SSR est attachée à cette indépendance et est convaincue de son importance».

A la RSI au Tessin, le conflit avec l'UDC a atteint son point culminant en novembre et décembre. Le 27 novembre, l'UDC tessinoise a fait savoir par communiqué qu'elle ne donnerait plus d'informations qu'aux représentants des médias privés le dimanche de la votation.

Le boycott a été considéré comme une «affaire grave» par la RSI. Le public ne recevrait plus l'intégralité des informations. Le directeur général de la SSR, Gilles Marchand, a immédiatement été mis au courant. Et la conférence des rédacteurs en chef de la SRF, de la RTS et de la RSI a écrit au président de l'UDC Marco Chiesa. Elle demande une rencontre.

«La conférence des rédacteurs en chef de la SSR et Marco Chiesa prévoient d'échanger leurs points de vue sur des sujets d'actualité concernant les programmes», explique Reto Ceschi, chef de l'information de la RSI. Mais la date de rencontre avec le président de l'UDC n'est «pas encore» fixée.

L'UDC tessinoise a tout de même récemment assoupli son boycott envers la RSI. Pietro Marchesi, conseiller national et président de l'UDC tessinoise, est apparu le 31 janvier dans l'émission de discussion «Democrazia Diretta» de Reto Ceschi. Celle-ci portait sur la loi sur les médias. Lundi soir il sera à nouveau l'invité de l'émission de débat de Ceschi «60 minuti» à propos du Covid.

Mais une personne continue à se tenir à l'écart de la RSI: Marco Chiesa, le président de l'UDC Suisse.

Traduit de l'allemand par Julie Rotzetter

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